"Un petit peu d'amour" : l'hommage d'Eddy Mitchell à son ami Johnny Hallyday

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le chanteur et parolier Eddy Mitchell.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Le chanteur et acteur Eddy Mitchell à Lyon (Rhône) le 14 octobre 2017  (JEFF PACHOUD / AFP)

Parolier, acteur, chanteur du premier groupe de rock français Les Chaussettes noires, Eddy Mitchell connaît le succès en 1961. Plus tard, il entame une carrière solo et devient l'un des plus grands crooners-rockers de la scène française et un des plus aimés aussi. Il a animé l'émission La dernière séance, dédiée aux classiques du cinéma américain dont il est friand. Aujourd'hui, il sort un nouveau single qui s'appelle Un petit peu d'amour en hommage à Johnny Hallyday, son ami.

franceinfo : Un petit peu d'amour est un hommage à Johnny Hallyday. Pendant plus de 60 ans, jusqu'à sa mort d'ailleurs, les deux vieilles canailles que vous étiez sont restées inséparables. Il fallait ce temps pour trouver les mots justes ?

Eddy Mitchell : Oui. Et puis, surtout trouver la musique parce que je n'écris pas sans. Quand j'ai entendu la musique qu'avait fait par Pierre Papadiamandis, j'ai immédiatement pensé à Johnny. Donc, j'ai écrit ce texte qui je l'espère, plaira.

C'est un texte qui en dit long sur cette amitié incroyable. Vous dites des mots très forts comme : "Pour moi, tu étais plus qu'un ami, un demi-frère, presque un sosie. A quoi bon remuer le passé ?"

Oui, parce que c'est la vérité. On s'est connus, il avait 15 ans, et moi, 16. Et on ne s'est jamais brouillés, jamais quittés.

"Avec Johnny Hallyday, on s'est toujours vus, toujours aimés."

Eddy Mitchell

à franceinfo

On s'est toujours bien entendus, on a toujours fait les cons ensemble. On a partagé nos familles puisque je suis le parrain de Laura et lui, de Pamela, ma toute dernière. Il fait partie de ma vie, c'est vrai.

Pourtant, la première rencontre était vraiment frappante, c'est le moins qu'on puisse dire, puisqu'il vous avait volé un disque.

Plusieurs disques. C'était à l'issue d'une surprise-party où chacun amenait ses disques et quand j'ai voulu les récupérer, ils avaient disparu. Je pars de l’endroit où on était et je vais à la loge de la concierge. Là, il y avait Johnny qui était en train de lui dire : "Je repasserai les prendre demain". Moi, je ne le connaissais pas donc je lui ai mis une tarte dans la gueule et puis on est devenus potes.

Une grosse partie de vous s’en est allée avec Johnny. Vous avez vraiment grandi ensemble. Comment vous définiriez Johnny Hallyday avec vos mots ?

Un vrai battant qui n'avait pas peur et qui essayait toujours, ce que j'explique d'ailleurs un peu dans la chanson, de se surpasser tout le temps, de faire plus.

Vous dites : "T'as brûlé ta vie. Aux petits matins en nuits blanches".

Oui, c'est vrai. C'est vrai. C'est un reproche parce qu'il en est mort, parce qu'il n'a pas survécu à sa vie. C'est en ça que je lui en veut d'ailleurs, que je lui fais des reproches parce qu'il était tellement costaud que s'il avait fait un petit peu attention, il serait parmi nous.

Que représentait l'aventure des Vieilles canailles ? On vous sentait tellement solides tous les trois.

"Les vieilles canailles, c'était une expérience extraordinaire."

Eddy Mitchell

à franceinfo

La toute première, Johnny était encore très, très en forme. Mais la deuxième, j'ai dit oui parce que c'était lui. Je ne voulais pas le faire, parce que je n'aime pas refaire les choses. Donc, par amitié pour lui, j'ai dit ok, on le fait. Bien sûr, Jacques Dutronc a suivi. Pour vous dire comme c'était un battant, l'après-midi, il faisait de la chimio, et le soir, il était sur scène. Et quand on connaît les traitements de chimio, ça fait mal, ça vous déglingue un bonhomme.

C'était un battant incroyable. Un soir sur scène, il nous dit : "Je ne me sens pas bien, il faut que je sorte". Alors, nous on ne savait pas trop quoi faire et puis il revient et ça allait. C'est après qu'il nous a avoué qu'il avait été vomir, je m'excuse du terme, parce qu'il avait faim avant d'entrer en scène et avait mangé huit boudins créoles bien épicés. Et c'est pas terrible pour chanter, je dois avouer. C'est vrai que c'est délicieux, mais pas avant de chanter.

Il avait aussi ce côté rebelle.

Oui. "Je fais ce que j'ai envie de faire."

Il y a un autre moment qui marque votre amitié, le film Salaud, on t'aime de Claude Lelouch en 2014, dans lequel vous apparaissez tous les deux à l'image. 

On remercie d'ailleurs Claude de nous avoir réunis. C'était un tournage assez bizarre parce que Claude Lelouch a une façon de travailler qui n'est pas la mienne du tout. Il aime l'impro, je n'aime pas ça. Sur la photo qui sert d'affiche, d'ailleurs, on est écroulés de rire tous les deux parce que Claude Lelouch voulait absolument que je fasse un cadeau de bienvenue au personnage qu'interprétait Johnny. Je lui offrais une montre et il me disait : "Cette montre, il faut bien la voir parce qu'il va prendre des sous le petit père Lelouch". Et il ajoutait : "Et tu lui dis que c'est une montre de telle marque". Et à chaque fois, je changeais le nom de la marque. Il était fou de rage et nous, écroulés de rire. Et puis finalement, Claude a abandonné.

Là, ça fait quatre ans qu'il nous a quittés et je sais que vous y pensez tout le temps.

Oui parce qu'il me manque. On accepte l'absence, mais pas les conditions. C'est-à-dire que s'il est parti, c'est de sa faute. Voilà ça, ça m'énerve.

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