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Tahar Ben Jelloun : "Je n’ai rien eu gratuitement"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Elodie Suigo et se confie. Aujourd'hui, l’écrivain Tahar Ben Jelloun.

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Tahar Ben Jelloun à Nancy le 7 septembre 2018
Tahar Ben Jelloun à Nancy le 7 septembre 2018 (ISABELLE BAUDRILLER / FRANCE-BLEU SUD LORRAINE)

Écrivain, poète et peintre franco-marocain, ses livres sont traduits dans le monde entier. Tahar Ben Jelloun a publié le 10 janvier dernier un nouvel ouvrage, L’insomnie, aux éditions Gallimard.

Un bel exercice de style pour cet écrivain né en 1947 à Fès au Maroc, qui a reçu le Prix Goncourt pour son roman  La nuit sacrée en 1987. Ce prix a changé la vie de cet homme amoureux des mots, né dans une famille musulmane traditionnelle, et qui rêvait déjà enfant de jouer avec l’écriture. Une enfance simple, mais heureuse : "Nous étions très pauvres, mais nous ne souffrions de rien. On ne jalousait personne, on ne manquait de rien, c’est peut-être ce qui m’a aidé à être ce que je suis aujourd’hui."

En 1965, Tahar Ben Jelloun étudie la philosophie et il participe aux manifestations étudiantes à Rabat .Cette participation va lui coûter cher puisqu’il est arrêté et envoyé dans un camp disciplinaire de l’armée avec 94 autres étudiants soupçonnés d’être des ennemis du régime du roi Hassan II.

C’est là qu’il va prendre la plume pour la première fois, et écrire pour mettre des mots sur une réalité parfois difficile et injuste : "Quand on a 20 ans, se retrouver dans une prison, c’est horrible. Cela m’a donné très vite des informations sur ce qu’est l’homme. Nous étions punis bêtement pour avoir manifesté, c’est tout."

Le Maroc comme référence 

C'est son pays d’origine, le pays de son enfance, de ses souvenirs aussi. Il l'aime, et c'est aussi pour ça qu'il n’hésite pas à aborder la situation actuelle avec beaucoup d’inquiétude : "Le Maroc, c’est mon pays, mon espoir, parfois ma faiblesse et parfois ma colère. J'ai tellement envie qu'il sorte un peu du lot arabe, parce que le monde arabe est dans une telle tragédie..."

La plus belle leçon que j’ai reçue de mon enfance, c’est que la religion ce n’est pas tout ce folklore qu’on voit autour d’elle, c’est surtout des valeurs de respect des autres.

Tahar Ben Jelloun

à franceinfo

Ce qui transparaît aussi, ce sont ses valeurs. L’éducation transmise par ses parents a été décisive dans son évolution et dans ce besoin permanent de transmettre, de dire les choses le plus justement possible.

Famille pauvre certes mais avec un regard sur la vie souriant et simple : "Ils m’ont transmis des valeurs de respect, d’honnêteté, ne pas voler, ne pas mentir, faire le bien autant que possible."

Aujourd’hui, son franc parler lui vaut des menaces d’une violence inouïe, mais Tahar Ben Jelloun garde le cap. "J’ai des ennemis solides chez les islamistes, je ne donne pas d’importance à ça parce que je ne veux pas tomber dans cette situation où je vais vivre sous la menace. J’ignore."

Tahar Ben Jelloun à Nancy le 7 septembre 2018
Tahar Ben Jelloun à Nancy le 7 septembre 2018 (ISABELLE BAUDRILLER / FRANCE-BLEU SUD LORRAINE)