Ski acrobatique : "Si j'avais regagné les Jeux olympiques, j'aurais sûrement arrêté ma carrière", confie Perrine Laffont

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la championne de ski acrobatique avec comme spécialité l'épreuve des bosses, Perrine Laffont. Ce 4 décembre débute la coupe du monde de ski acrobatique en Finlande et en février 2023, le rendez-vous est pris pour la 19ème édition des championnats du monde en Géorgie.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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Perrine Laffont après sa quatrième place en finale des Jeux olympiques de Pékin de ski de bosses, le 6 février 2022. (MARCO BERTORELLO / AFP)

Perrine Laffont est championne de ski acrobatique avec comme spécialité l'épreuve des bosses. Les Français l'ont découvert à Sotchi en 2014 alors qu'elle n'avait que 15 ans. C'étaient ses premiers JO Elle est la première Française à avoir gagné la médaille d'or olympique de l'épreuve de bosses lors des JO de Pyeongchang en 2018. Perrine Laffont a, aujourd'hui, 24 ans, soit neuf ans de carrière, des récompenses et un palmarès exceptionnel. Deux gros Globes de cristal, elle a été aussi victorieuse du classement général de ski acrobatique en 2019 et 2020. Cinq petits Globes de cristal et victorieuse du classement général de bosses en 2018, 2019, 2020 et 2021 ainsi que du classement de bosses en individuel en 2022. Ce 4 décembre débute la coupe du monde de ski acrobatique en Finlande et en février 2023, le rendez-vous est pris pour la 19ème édition des championnats du monde en Géorgie.

franceinfo : Vous cumulez 43 podiums, 26 victoires, 14 deuxième place et trois troisième place. Numéro un mondiale de 2018 à 2022. Quand on a déjà tout raflé à 24 ans, qu'est-ce qui permet de maintenir la motivation et l'envie ?

Perrine Laffont : L'amour du sport. L'amour de se surpasser, de se fixer des nouveaux objectifs. Et je pense que j'ai la chance de faire de ma passion mon métier et c'est ce qui me garde motivée aussi.

Vous êtes née en Ariège. Votre première fois sur des skis, c'était en 2000. Vous aviez deux ans. Papa, moniteur de ski et maman, présidente du Boss club des monts d'Olmes. Tombée dans la marmite bébé ?

C'est vraiment ça. Je pense que c'est ce qu'on peut dire. Mes parents étaient skieurs et j'ai suivi la famille. Ils m'ont amené tous les week-ends, toutes les vacances au ski et ce, même l'été. J'avais à peine six ans qu'ils m'emmenaient sur les glaciers en France, à Tignes, pour partager leur passion du ski.

Donc vous êtes tournée vers le ski de bosses. Une vraie évidence. Votre rêve olympique débute en 2014, vous avez quinze ans. Déjà, envie d'en découdre avec la vie, avec la compétition. D'ailleurs, comment avez-vous vécu ces premiers JO ?

Je pense que j'ai eu du mal à réaliser sur le moment parce que c'est arrivé très vite. C'est vraiment le cliché d'une gamine dans un parc de jeux. J'étais dans ce village olympique parmi les meilleurs athlètes du monde et je leur demandais des selfies, je bougeais à droite, à gauche.

"Faire les Jeux olympiques, c'était mon rêve."

Perrine Laffont

à franceinfo

Avez-vous pris le temps de grandir ?

Je n'ai pas eu d'adolescence, si on peut dire, mais le ski m'a fait grandir encore plus vite. Très jeune, si on veut réussir dans le sport de haut niveau, on a besoin d'avoir une certaine maturité. On a besoin d'être autonome. Tous les jours, on va à l'entraînement, on se fait mal. Pour moi, ça nous fait grandir parce que le sport de haut niveau est une très belle école de la vie.

Vous allez arriver 14ᵉ à vos premiers Jeux olympiques. Vous allez en repartir avec l’idée que la prochaine fois, vous allez revenir et monter sur la plus haute marche du podium.

C'est ce que je m'étais dit. Pour la petite anecdote, j'avais terminé cinquième des qualifications à Sotchi et 14ᵉ en finale. Donc pour moi, il y avait quand même une petite part de déception parce que j'avais fait moins bien qu'à la qualification et du coup, je voulais prendre ma revanche en 2018. Et je l'avais dit : dans quatre ans je reviendrai et je l'aurai cette médaille !

Et vous allez l'obtenir effectivement. Médaille d'or, championne olympique de bosses, des larmes et de la joie pour ce titre. On vous sentait tellement émue, tellement heureuse.

C'était quatre ans de ma vie que j'avais un petit peu sacrifié pour cette médaille, pour me préparer et pour arriver au top le jour J. Et en fait, quand il y a quatre ans de travail, quatre ans de mise en place qui sont récompensés par la plus belle des médailles, oui c'était l'extase. Vraiment, c'était de la joie et du bonheur. Un feu d'artifice, un bouquet d'artifice de sentiments de joie.

En 2022, vous êtes arrivé quatrième aux JO Là, vous visez la Coupe du monde en Finlande. Je voudrais juste qu'on parle de cette période qui a été très difficile. Vous avez fait une sorte de burn out. Ça va mieux aujourd'hui ?

Oui. Je sors de cette période difficile. Pour moi, tout s'est écroulé dans ma carrière. Tous les plans que j'avais mis en place, auparavant, avaient fonctionné pour atteindre mon objectif et là je n'ai pas réussi et du coup, j'ai perdu un peu tous mes repères.

C'est la première fois que vous ne réussissez pas.

Oui. Et j'ai perdu le sens de ma carrière. Ce n'était pas dans ma feuille de route. Il a fallu retrouver des bases, un équilibre qui s'est fait grâce à un super entourage.

"Je pense que les gens nous voient un peu comme des super héros. On réussit tout le temps et on doit réussir tout le temps d'autant plus avec les réseaux sociaux. Mais dans la vie, il y a des échecs, des remises en question, des erreurs qui arrivent."

Perrine Laffont

à franceinfo

Si j'avais regagné les jeux olympiques, j'aurais sûrement arrêté ma carrière. Et là, je me suis relancée, un petit peu, ce défi de continuer, de revenir au meilleur niveau, ça rallume cette flamme.

La Géorgie en 2023 est un gros objectif ?

C'est un gros objectif qui arrive au mois de février. Je pense que ça va être le point culminant de ma saison, même s'il y a toute la Coupe du monde avant. C'est une situation que je ne connais pas donc ça rajoute un petit quelque chose. On ne va pas y aller que pour ces championnats du monde. On va aussi découvrir une nouvelle piste et ça, ça rajoute de l'excitation.

C'est quoi la suite ? Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? Parce que là, effectivement, il y a la Géorgie. Mais qu'est-ce qui vous tient à cœur aujourd'hui ?

Transmettre et partager. Tout ce que m'a apporté le sport de haut niveau, j'ai envie de le transmettre aux skieurs français, aux jeunes enfants. C'est ce que j'aime faire. Tous les ans, j'ai une petite journée qui s'appelle Perrine Laffont Winter Camp et qui permet aux enfants de découvrir ma discipline qui est le ski freestyle, le ski de bosses, pour leur donner accès à tout ça, pour leur donner envie de potentiellement avoir des rêves, des rêves de Jeux olympiques, de championnats du monde comme moi, je l'ai eu parce que je souhaite au plus d'enfants possible de pouvoir vivre ce que j'ai vécu.

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