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Petit Biscuit sort "Parachute", son deuxième album : "Je suis quelqu'un de compliqué qui cherche à se comprendre"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, Petit Biscuit.

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Mehdi Benjelloun, alias Petit Biscuit, au festival des Vieilles Charrues, en juillet 2019.
Mehdi Benjelloun, alias Petit Biscuit, au festival des Vieilles Charrues, en juillet 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

Auteur-compositeur-interprète, musicien et DJ de musique électronique, Petit Biscuit sort un deuxième album : Parachute. Après le succès foudroyant de Sunset Lover alors qu'il n'avait que 16 ans, ce jeune génie de la scène électro française revient cinq ans après avec un gros sentiment de liberté en plus.

Elodie Suigo : Vous sortez un nouvel album qui s'appelle Parachute. L'envie, c'était de réveiller l'animal qui était en vous ? 

Petit Biscuit : Oui, quelque part. Enfin, il y a deux extrêmes dans cet album : il y a l'animal qui est en moi et, à la fois, l'humain le plus tendre. Je n'ai jamais été quelqu'un qui se dévoilait vraiment, qui avait conscience de qui il était. Et là, j'ai pris une pause de deux ans pour faire cet album et c'est vrai que j'ai appris beaucoup sur moi. Et ça m'a donné l'occasion d'écrire et de me dévoiler un peu plus.

Sunset Lover, le single en 2015, puis l'album en 2017, cela n'a pas été un succès trop foudroyant, trop compliqué à gérer ? 

C'est vrai que sur le moment, je me disais que c'était juste quelque chose de super. Et puis après, j'avais envie de tuer le titre. Du coup, j'ai fait des sons qui étaient très différents de Sunset Lover. Là, je pense qu'enfin, je suis en paix avec Sunset Lover et je suis prêt à sortir du nouveau son. 

Vous étiez jeune quand est sorti le premier EP : 16 ans. Succès incroyable. Aujourd'hui, les vues et les écoutes en streaming sur votre travail dépassent les milliards, c'est juste extraordinaire. Vous arrivez à mesurer ça, à prendre du recul ? 

Je prends énormément de recul, mais c'est vrai que les chiffres... Je n'ai pas l'impression que déjà, à un moment de ma vie, ça m'ait particulièrement intéressé ou excité. Ce n'est pas quelque chose qui m'excite spécialement. Mon but, c'est proposer quelque chose qui me ressemble et surtout que je me fasse plaisir, c'est plus important. 

Dans cette histoire musicale, votre père a joué un grand rôle pour vous inciter d'ailleurs à faire de la musique, n'est-ce pas ?

Oui. Mes parents, les deux.

Vous avez commencé avec le violoncelle et ensuite en autodidacte. Puis, vous vous êtes caché pendant très longtemps dans votre chambre.

Oui. Je ne sais pas... Je créais comme un cocon autour de moi et c'est vrai que je suis quelqu'un d'assez stressé, d'assez anxieux. Ça m'apaise énormément d'avoir ce cocon musical. Ça me fait penser à autre chose.

À quel moment vous avez compris que, définitivement, vous étiez dans la cour des grands ? 

Je ne me suis jamais senti dans la cour des grands. Et puis, je n'ai pas envie parce que ça ne me ressemble pas et ça ne me donne pas envie. Il y a quelque chose d'effrayant ; moi, ça m'effraie. 

Drivin Thru The Night est une chanson très particulière dans cet album, on est sur la route. Vous tracez votre route en quelque sorte ?

Oui, c'est ça. Quand j'ai écrit Drivin Thru The Night, j'étais en Islande, j'y suis parti deux mois pour partiellement écrire cet album. Je trouve, à la fois musicalement et dans les paroles, qu'il y a ce gros sentiment de liberté. 

Cet album vous correspond vraiment parfaitement ? 

En fait, cet album et les voyages qui ont accompagné l'album m'ont permis de prendre beaucoup de hauteur sur ce que j'ai déjà vécu, notamment la pression que j'ai accumulée pendant la tournée, d'autres blessures et des choses très personnelles aussi. C'est ça, Parachute. 

Un mot sur I Leave Again, je voudrais que vous me parliez de cette chanson.

C'est le premier morceau que j'ai sorti de cet album. C'est un peu cette envie parfois que j'ai de partir, ce que j'ai fait en Islande et aux Etats-Unis. En fait, je suis quelqu'un qui voit soit tout blanc, soit tout noir, je n'ai pas d'entre-deux, je ne vois pas en nuances de gris. Et quand je vois en blanc, tout va bien et à ce moment-là, j'écris des choses carrément solaires comme Burnin, par exemple, dans l'album. Et quand tout est noir, en fait, j'ai juste envie de partir et ça donne ce genre de paroles.

Vous avez ce côté-là, en fait ? 

Carrément, là-dessus, je suis assez obsessionnel. Moi, je sais que je n'ai pas eu confiance en moi pendant ultra-longtemps et aujourd'hui, c'est cool. J'ai confiance en moi, je peux le dire. Après, j'ai toujours gardé ces séquelle-là.

C'est dur de se raconter ?

C'est vrai que c'est assez compliqué, mais j'adore écrire et je me rends compte que c'est quelque chose qui va rester. Parce que la production, je considère que je la maîtrise plus ou moins. Et l'écriture, je suis parti de zéro et ça a été quelque chose de nouveau, ça a vraiment mis du piment dans mon art. J'apprends tous les jours. J'apprends énormément et là, même après l'album, je continue à faire de la musique, je sens que je progresse tous les jours et c'est vraiment excitant. 

Comment vous le vivez, justement, ce qui est en train de se passer, que ce soit au niveau du confinement ou au niveau de ce prof qui a été décapité dans la rue, Samuel Paty ?

Jje le vis très mal. Je suis quelqu'un d'assez anxieux. Moi, je restais beaucoup chez moi parce que j'avais vraiment une anxiété permanente de sortir un peu n'importe où. Je suis comme ça, c'est dans ma nature. C'est au-delà du fait que j'ai grandi trop vite, c'est surtout ma nature humaine et c'est vraiment une période assez compliquée à vivre.

La musique, elle, fait partie de la liberté d'expression. Des messages qu'on peut passer. Est-ce qu'un artiste est là pour passer des messages, pour tirer les gens vers autre chose ?

Bien sûr, pour moi, c'est un médicament. Quand j'écris, c'est vrai que je peux penser aussi à ce qui m'entoure et à tout ce contexte de société. Mais j'aime bien le raconter de manière symbolique. En fait, je trouve que ça redonne toute cette beauté, cette humanité, à des choses qui sont... Je n'ai même pas les mots, c'est horrible. 

Pour terminer, si on devait définir Petit Biscuit avec vos mots à vous ? 

Je suis quelqu'un de compliqué qui cherche à se comprendre et j'espère que les gens vont apprécier cet album. 

BELIEVE MUSIC (AU NOM D'ÉCURIE)

Mehdi Benjelloun, alias Petit Biscuit, au festival des Vieilles Charrues, en juillet 2019.
Mehdi Benjelloun, alias Petit Biscuit, au festival des Vieilles Charrues, en juillet 2019. (LOIC VENANCE / AFP)