Nadine Trintignant raconte son histoire d'amour avec Jean-Louis dans son livre "C'est pour un moment ou c'est pour la vie?"

écouter (5min)

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la cinéaste et écrivaine Nadine Trintignant. Elle publie "C'est pour la vie ou pour un moment ?" aux éditions Bouquins.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
La réalisatrice, scénariste et écrivaine Nadine Trintignant à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) le 1er décembre 2012 (ERIC DULIERE / MAXPPP)

Nadine Trintignant a été tour à tour réalisatrice, scénariste et écrivaine. Le cinéma lui a offert plusieurs métiers, mais surtout l'occasion de faire de belles rencontres. Certaines sont devenues de grandes histoires d'amour comme avec Jean-Louis Trintignant et Alain Corneau. Sa vie a aussi été marquée par des drames dont la perte de ses deux filles, Pauline et Marie.

Depuis quelques années, l'écriture est son exutoire, son refuge. Elle publie C'est pour la vie ou pour un moment ? aux éditions Bouquins, le récit de son histoire d'amour avec son premier mari, Jean-Louis Trintignant.

franceinfo : Jean-Louis Trintignant a donné son accord avant que vous ne commenciez cet ouvrage. Ce qui en ressort, c'est que cet amour est indestructible malgré la séparation.

Nadine Trintignant : Tout amour est indestructible, s'il est vrai. On s'arrête d'être amoureux, on ne s'arrête pas d'aimer. Si on aime, on aime. Je suis toujours étonnée quand je vois des couples qui s'aimaient et qui, tout d'un coup, ne peuvent plus se supporter. Je ne comprends pas.

Que vous a apporté Jean-Louis Trintignant ?

Beaucoup de bonheur. L'humour, la joie. On a fait beaucoup de choses ensemble, des enfants. Jean-Louis n'a pas tout seul le sens du bonheur. Mais si on l’a, il l'attrape très vite. Il est exceptionnel. Il m'a souvent déroutée, mais dans le bon sens. Bien sûr, il m'a fait du mal et je lui en ai fait aussi. Il y a une différence entre la passion et l'amour. La passion, on se fait du bien et du mal avec une bonne santé, avec vigueur. Et l'amour, c'est magnifique, on se fait du bien, mais on ne se fait pas tellement de mal, c'est autre chose.

Il y avait une complicité très forte entre vous. Un jour, il vous dit que plutôt que d'avoir des mots durs, vous allez vous parler en alexandrins.

Quand on n'était pas d'accord, Jean-Louis m'a dit : "Écoute, au lieu de se disputer, on se parle en alexandrins." C'était vraiment une idée d'acteur ! On cherchait le bel alexandrin pour faire le plus beau. Du coup, on ne savait plus pourquoi on n'était pas d'accord.

Grâce à l'humour, deux êtres peuvent donc s'aimer 17 ans ?

Pendant presque 20 ans. Fortement. J'ai compris pourquoi un jour ça n'a plus été possible. On a perdu Pauline, notre petite fille qui avait 10 mois. J'ai lu après, dans des tas de livres, que ça arrive à beaucoup de couples. Quand ils perdent un enfant, ils perdent la possibilité de donner du bonheur à l'autre et c'est ce qui nous est arrivé. On n'arrivait plus à être vraiment heureux ensemble, la dernière année.

On comprend mieux d'ailleurs, en parcourant ce livre, pourquoi vous avez réussi à rester debout malgré les deux drames que vous avez traversés. Vous dites : "Je n'ai jamais fait le deuil de personne. Je déteste cette expression".

Qu'est-ce que ça veut dire, "faire le deuil" ? Oublier ? Ça ne s'oublie pas. Les sentiments forts, les choses qui nous remuent, celles qui nous font avancer dans la vie ne s'oublient jamais. Et tant mieux.

"Il faut apprendre à vivre avec ses plaies sans chercher à les refermer, car elles ne se referment jamais. Se lamenter ne sert à rien. Se plaindre est insupportable pour les autres et pour soi-même."

Nadine Trintignant

dans "C'est pour la vie ou pour un moment ?"

Dans ce livre, on apprend plein de choses sur vous, sur votre enfance aussi. Vous n'étiez pas bonne en classe et un jour, votre frère vous dit : "Mais arrête l'école, va faire du montage". C'est comme ça que vous rentrez dans le cinéma.

Oui, Christian, mon frère, a eu énormément d'influence sur moi. C'était mon héros.  Ma famille est très bohème. On vivait au jour le jour avec cinq enfants, six après puisque ma dernière sœur est née, j'avais 12 ans. C'était le bonheur à la maison. Je dois beaucoup à mes parents parce qu'ils nous ont donné le sens de la vie. Même pendant la guerre, ils chantaient joyeusement. Maintenant, quand je lis leurs lettres, je vois qu'ils ne pensaient qu'à une chose, c'est de trouver de la nourriture. On était tous en pleine croissance. J'ai eu de la chance avec mes parents.

Vous avez gardé cette force de continuer à avancer malgré les difficultés ?

Je n'ai jamais songé au suicide ou à des choses sombres comme ça. Mais le chagrin, on ne peut pas être comme avant. Si on perd un enfant et alors si on en perd deux... Non, on ne peut pas oublier, ça ne s'oublie pas. Ça reste présent, ça reste là, il faut l'accepter. Il ne faut pas se plaindre, je déteste qu'on se plaigne.

Que vous a apporté le cinéma dans cette vie ?

Un bonheur fou. Quand Marie est partie, j'ai dit "Je ne veux plus faire de films" parce que mes derniers films, je les écrivais et les tournais avec elle. Et puis, je n'avais plus aucune force, et j'ai dit, je m'arrête, je ne vais qu'écrire. Et c'est peut-être une bêtise parce que j'adore ça.

Que vous apporte l'écriture aujourd'hui ?

Elle m'apporte énormément. Sans l'écriture, je serais très angoissée. Quand je suis angoissée, je vais à mon ordinateur et je travaille, tous les jours. J'aime écrire.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.