Les confidences de Michèle Bernier, à l'affiche de "Je préfère qu'on reste ensemble" : "Mes parents formaient un couple comme j'aurais pu le rêver"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la comédienne et humoriste, Michèle Bernier. Elle est sur scène avec la pièce "Je préfère qu'on reste ensemble", de Laurent Ruquier, au Théâtre des Variétés à Paris.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
La comédienne et humoriste, Michèle Bernier. (VALERY HACHE / AFP)

Michèle Bernier est comédienne et humoriste. Elle a fait ses débuts dans le théâtre de Bouvard, dans ce fameux trio formé avec Mimie Mathy et Isabelle de Botton, mais il y a eu aussi la télé, le théâtre et le cinéma marqués par son franc-parler, héritage de son père, le professeur Choron. Elle est actuellement sur scène avec la pièce de Laurent Ruquier Je préfère qu'on reste ensemble au Théâtre des Variétés, à Paris. L'histoire de deux amis colocataires, devenus amoureux, qui ont même finis par se marier... mais entre qui la routine s'est installée.

franceinfo : Elle est très fidèle, lui est volage. Elle veut partir mais lui préfère qu'ils restent ensemble. C'est un peu une histoire universelle qui parle à tout le monde ?

Michèle Bernier : C'est l'histoire de la vie. Et aujourd'hui, on est dans une vie plus moderne où les tentations et la liberté sont plus grandes. Donc on divorce ou on s'en veut moins quand on se trompe. Il y a quand même aussi une espèce de façon d'imaginer le couple qui a un peu changé. Elle l'aime tellement, et lui aussi est fou amoureux d'elle, mais il ne peut pas s'empêcher d'être infidèle. Je pense aussi que ça correspond pas mal à l'âge de cet homme, qui a un petit peu peur de vieillir, alors que peut-être pour certaines femmes, la peur de la solitude est plus ancrée. Et puis, en même temps, les femmes sont plus entières avec ce côté : "T'es mon mec et je veux que mon mec et basta".

Quel regard vous portez vous sur la solitude de Michèle Bernier ?

Je suis fille unique et je pense que c'est ce qui m'a donné l'envie des autres.

Michèle Bernier

à franceinfo

La solitude, c'est vraiment un mot qui ne me convient pas. Je suis une fille unique qui aurait besoin d'avoir 50 000 frères et sœurs et je n'en ai pas eu.

Vous en avez souffert ?

Oui, beaucoup. Mes parents travaillaient énormément, donc j'étais beaucoup livrée à moi-même, enfant. Ça a un bon côté, on va dire, parce que ça développe l'imaginaire et qu'on est plus obligé de se servir de son cerveau et de ses rêves. J'étais l'enfant gâté absolu, mais ça me manquait en fait d'avoir des frères et sœurs, au moins un ou une, pour pouvoir partager.

J'ai l'impression que vous avez toujours été touchée par cette notion de solitude, d'abandon aussi. Votre mère est partie trop tôt. Est-ce que vous avez réussi au fil du temps à combler ça ?

Je pense qu'on ne comble jamais la perte de quelqu'un qui était aussi important, parce qu'on parle toujours de papa, parce que c'était un homme d'exception et atypique. Et maman était une femme d'exception et atypique aussi pour vivre avec un homme comme lui. Mais ma mère m'a beaucoup protégée, beaucoup éduquée.

Que gardez-vous d'elle ?

Son rire merveilleux, sa franchise. C'est antinomique, ce que je vais vous dire, mais son amour de la vie. Et puis la passion qu'elle avait pour mon père. Pour moi, c'était un couple comme j'aurais pu le rêver, quoi.

Le théâtre est vraiment le point d'ancrage. Vous montez scène avec une pièce signée Laurent Ruquier. Par moment, il a eu du mal à trouver les mots, du coup, il a trouvé un subterfuge, celui d'incorporer des chansons parce qu'une chanson, en trois minutes, dit tout ce qu'on n'arrive pas forcément à dire. Cette pièce de théâtre est un peu un symbole de ce que représente finalement la vie pour vous, votre vie à vous, en tout cas. La scène, mais en famille !

Oui, je pense. Laurent a écrit pour moi cette pièce, comme il avait écrit la première, c'est vraiment du sur-mesure. Quand il écrit, il écrit une femme sensible, amoureuse de la vie, folle de chansons, mais qui a un réel besoin d'amour et je pense que c'est ce qu'il a réussi à dessiner chez moi.

Est-ce que ce n'est pas le théâtre qui vous a permis de vous trouver, de savoir davantage qui vous étiez ?

C'était un peu en moi aussi. Quand je vous disais que j'étais beaucoup toute seule, je passais beaucoup de temps à me déguiser, je regardais des films et puis je refaisais le film. J'écrivais des sketchs avec mon cousin. Je pense que j'aimais ça de toute façon, c'est sûr. Et puis après, on ne savait pas comment attraper ce métier quand on n'était pas dans ce milieu, pas dans ce réseau. Qu'est-ce qu'on fait où on va ? On entend parler de la Comédie-Française, du théâtre de boulevard, mais comment on va là ? C'était assez nébuleux dans ma tête. C'est ce qui fait que j'ai fait des études de Droit un peu en me disant : ça me laissera le temps de patienter... Et puis ça faisait effectivement plaisir à mon père. Et un jour, je suis arrivée aux cours Viriot et j'ai décidé que c'était là ma vie. Et j'ai eu le soutien total de mes parents.

Avec une arme, l'humour. C'est important d'en parler parce que dans cette pièce de théâtre, Je préfère qu'on reste ensemble. C'est l'humour qui permet de désamorcer les bombes, la crise, tout ce qui va avec. Et on se rend compte à quel point l'humour vous a toujours accompagné et sans doute permis de traverser les étapes difficiles que vous avez rencontré.

L'humour, c'est quelque chose qui entraîne de la lucidité et je pense que c'est ce qui fait peur. D'ailleurs, on le sait, il y a peu d'humoristes dans les dictatures parce que ça fait peur.

Michèle Bernier

à franceinfo

Je pense qu'à partir du moment où on sait avoir un regard un peu décalé sur les choses, on peut arriver à en rire. C'est une forme d'esprit qui fait qu'on détricote un peu le pull et qu'on finit par se dire : ce pull n'est pas si terrible que ça , il n'était pas si extraordinaire, voilà, ça deviendra des chaussettes ou ça restera dans le tiroir. Bref, j'ai l'impression qu'il y a une transformation des choses qui est importante. Si on les laisse telles quelles, effectivement, on garde des mauvais souvenirs en soi, on peut devenir aigri, malheureux et triste.

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