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Le monde d'Elodie. Stephan Eicher : "Je voulais partager une chanson sans un gramme, sans une poussière de mélancolie"

L'artiste suisse sort un single, "Ne me dites pas non", paroles de son ami écrivain Philippe Djian

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Stephan Eicher, aux Bouffes du Nord à Paris en février 2017.
Stephan Eicher, aux Bouffes du Nord à Paris en février 2017. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Élodie Suigo : Stephan Eicher,  vous êtes artiste suisse, auteur compositeur interprète. Votre nouveau single sort aujourd’hui même. Son titre : Ne me dites pas non. Que représente ce single, j’ai l’impression que c’est une réponse à ce confinement ?

Stephan Eicher : C’est une réponse, oui. Je suis un peu ému,  c’est ma première interview depuis le confinement. J’ai cru que ça allait durer beaucoup plus longtemps avant que je puisse à nouveau communiquer sur ce que je fais. Normalement, ce n’était pas prévu que je fasse cette interviewe et qu’il y ait un single qui sorte. Je déprimais, avec un grand souci de " père de famille musical",  parce que la tournée s’est arrêtée et il y a 16 personnes de mon équipe qui ne savent pas comment remplir leur frigo ! Alors j’ai commencé à utiliser mon cerveau. En plus, on a eu beaucoup de temps. J’ai trouvé ça très positif d’avoir beaucoup de temps pour réfléchir, mais je ne vous cache pas que j’ai eu de vraies mélancolies. Le matin, ça allait assez bien, je me réveillais toujours dans le même lit. J’ai remarqué que, depuis mes 18 ans, je n’ai jamais dormi dans le même lit pendant trois mois de suite ! Vraiment, c’est ma vie de saltimbanque ! J’ai vu dans mes agendas et je me suis dit "Il faut que je construise, comme un espèce de fou dans sa cave, qui commence à construire une machine contre la mélancolie. Cette chanson, que je chante depuis un certain temps et qui n’était jamais sortie, je me suis dit que j’allais faire une chanson avec pas une seule once, pas un gramme, pas une poussière de mélancolie. Je vais faire tout l’opposé de ce que je suis. Une euphorie avec une espèce de lumière…

Ne me dites pas non, c’est une chanson pour célébrer la vie ?

C’est ça. Je voulais faire une chanson de fête, quelque chose qui nous fasse sourire. Il y a eu une autre histoire, c’est l’industrie du disque qui a recommencé à me poser des problèmes : " Pendant trois mois on ne sort rien ! On veut savoir comment on s’en sort". Je leur ai dit "Mais comment vous pouvez dire "on ne sort rien"  à des artistes ? Leur dire on arrête tout, on veut voir combien on a perdu, combien on va licencier de personnes"… Je leur ai dit "Arrêtez vite la limousine, je vais faire quelques pas tout seul, à pied. Je remonterai peut-être dans une de vos voitures mais là, vous faites chier, je veux partager cette chanson". Et je me suis mis dans l’idée de sortir un single tout seul. Si ça marche c’est bien et si ça ne marche pas, c’est une nouvelle leçon, mais je vais tout faire pour que les gens entendent cette chanson.

Que représentent vos 40 ans de carrière pour vous ?

Une grosse surprise ! Que quelqu’un avec un accent pareil puisse faire une carrière de musicien de rock en venant de la Suisse... Ce n’était pas vraiment l’exemple parfait ! Et d’avoir eu cette trajectoire et d’être respecté en France, à Paris… Je ne suis pas fier, mais ça m’amuse beaucoup d’avoir eu cette vie là. Je suis vraiment reconnaissant !

Vous êtes de descendance yéniche, des semis nomades...ça représente quoi ?

J’ai ce sang en moi. Mon grand-père yéniche, même gitan, il a épousé une fille très très blonde. Vous Elodie, vous n’êtes pas assez blonde (rires). Il y a de très jolies images d’eux. En 1934, ils ont quitté l’Allemagne parce que ce n’était plus possible de vivre cette histoire d’amour là-bas. Je sens en moi ses côtés yéniches, dans mes émotions et dans ma façon de penser,  parce que les Yéniches pensent différemment d’après ce qu’on m’a dit (rires)... Ce mariage et ce qu’ils ont vécu dirige sûrement mes pas, oui. Et ça dirigera encore les pas de mes enfants et de mes petits-enfants.

C’est quoi la suite ?

Je vais aller chercher du travail en Suisse. J’ai un petit festival au programme. Il y a seulement de la place pour 240 personnes sur un hectare ! Peut-être qu’on ne mettra pas une scène. Peut-être que ce concert se passera en marchant, je n’en sais rien mais c’est ça que je vais faire maintenant. Je rentre en Suisse pour prendre la direction de ce tout petit festival, pour qu’il y ait quand même dans ce champ la possibilité d’écouter des artistes sur scène. Je vais chanter et je m’en fous un peu des conditions dans lesquelles ça va se passer, si ça n’est pas au téléphone que je chante, si j’ai des yeux et des oreilles, des corps qui m’écoutent chanter. C’est comme ça que tout va revenir. Je travaille, j’adore et ça m’enlève la mélancolie qui arrive maintenant vers 21 heures. Mais ça va, on se couche (Rires)… OK, courage à tout le monde !

Ne me dites pas non, le nouveau single de Stephan Eicher, il sort aujourd’hui.

Stephan Eicher, aux Bouffes du Nord à Paris en février 2017.
Stephan Eicher, aux Bouffes du Nord à Paris en février 2017. (JACQUES DEMARTHON / AFP)