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Le monde d'Elodie. Souleymane Cissokho : "Ma réussite : être un champion sur le ring mais aussi dans la vie de tous les jours"

Ce champion de boxe franco-sénégalais de 28 ans essaie de promouvoir le sport, même en temps de confinement.

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Le boxeur français Souleymane Cissokho, le 11 août 2016 aux J.O. de Rio.
Le boxeur français Souleymane Cissokho, le 11 août 2016 aux J.O. de Rio. (YURI CORTEZ / AFP)

Elodie Suigo : Souleymane Cissokho, vous êtes un boxeur français, médaillé olympique avec une médaille de bronze à Rio, vous êtes prétendant à la ceinture mondiale des poids welter chez les pros, 11 combats pros, 11 victoires... La vie est plutôt belle en ce moment Souleymae, même s’il y a un confinement... 

Souleymane Cissokho : Bien sûr, je suis très content. Déjà, pour quelqu’un qui a 11 victoires, être 24ème mondial, c’est bien et je pense que c’est de bon augure pour la suite. Vous êtes né à Dakar au Sénégal et vous avez grandi dans le 19e arrondissement de Paris.

Vous l’avez passé où ce confinement Souleymane ? 

Figurez-vous que j’étais aux États-Unis parce que j’étais encore à l’entraînement et je suis rentré là, dimanche dernier, donc j’ai passé la majeure partie du confinement aux États-Unis. Vous avez eu peur pour votre famille ? Oui j’ai eu peur pour ma famille, donc je les ai pas mal appelés et je leur donnais des conseils : "Ne sortez pas, faites attention, le gel Hydro alcoolique, les masques, etc... " J’en faisais peut-être un peu trop, mais c’était pour qu’ils fassent vraiment attention. 

Vous avez peur aussi pour le Sénégal, avec les projections qui sont faites sur les pays africains ? 

Au Sénégal il y a pas mal de cas et le confinement n’est pas aussi facile qu’ici. Ils ont du mal à le respecter. Ici, il y a l’État qui aide les employés avec le chômage partiel. Il y a énormément de choses ici. Dans les pays d’Afrique il n’y a pas tout ça. Donc les gens ont besoin d’aller travailler, ils sont obligés d’aller travailler et c’est très compliqué. Toutes les grandes compétitions sont mises en suspens, les J.O…

Comment arrivez-vous à garder la motivation pour continuer à vous entraîner ? 

Là, tout le monde sportif est à l’arrêt. Donc on n’a pas le choix, c’est l’urgence sanitaire avant tout. Mais c’est vrai que ce n’est pas facile, parce que, en tant que sportif de haut niveau, on se fixe des objectifs, on calcule vraiment tout. Donc là, ça décale tout. Et après, le fait que les jeux soient décalés, ça fait que les athlètes vont préparer ces jeux olympiques de façon beaucoup plus sereine. On a juste envie de reprendre le cours normal des choses. Et mentalement, ça aide en tout cas, dans mon cas, la motivation est plus grande : j’ai envie de taper tout de suite le top 10 mondial. De me dire voilà, je ne vais pas perdre de temps, je vais y aller. Ça aide à grandir. Ça permet aussi de passer beaucoup de temps avec la famille. Parce que dans la vie de tous les jours, on n’est pas beaucoup présent. On passe très peu de temps avec notre famille, en tant qu’athlète de haut niveau. Et là, on se retrouve tous, on se redécouvre tous, c’est une bonne chose. 

Qu’est-ce qu’il va changer alors après ? 

Je pense qu’il va y avoir un retour au 100 % Français. Ce virus aura aussi permis qu’on se rendre compte que l’alimentation c’est super important ; ce qu’on mange ; l’activité physique… 

Vous êtes vice-président de l’association "Secteur sport éducation" pour aider les plus défavorisés par le sport et l’éducation en France, comme en Afrique d’ailleurs. Avec une école de foot à la Médina, un quartier populaire de Dakar, vous militez pour l’intervention dans l’éducation parce que vous considérez que faire du sport ne signifie pas ne pas faire d’études. Vous êtes également ambassadeur de "Giving Back", pour promouvoir l’éducation et la culture avec la mise en place d’actions socio-éducatives dans la pratique du sport. Là, Souleymane Cissokho, c’est de plus en plus dur dans les quartiers défavorisés, avec la fermeture des "Restaus du cœur" et de toutes les associations qui aident, même si il y a eu beaucoup d’initiatives locales. Pensez-vous que le sport peut permettre aux plus défavorisés de se remettre en selle ? 

Bien sûr ! Il y a énormément de jeunes qui n’arrivent pas à s’exprimer et le fait de faire du sport, par exemple, de faire tous les dimanches une activité physique tous ensemble, ça permet à ces jeunes là de sortir tout ce qu’ils ont en eux, ça les aide et ça permet une certaine cohésion sociale dans le quartier. En fait, il y a des liens qui se créent et ils ont hâte de se retrouver le dimanche d’après pour faire leurs activités sportives tous ensemble. 

Vous êtes fier, Souleymane Cissokho d’être un exemple ?

C’est vrai qu’aujourd’hui je suis un exemple pour beaucoup. Et comme je le dis, on est des ambassadeurs de la boxe, mais aussi du sport français en général. Donc on se doit de donner une bonne image. Lorsque je boxe, il y a énormément de monde qui m’encourage. Quand tu passes dans la rue, les gens t’arrêtent, te disent "Vraiment, bravo pour ce que tu fais !" Je suis fier de ça, ma réussite, c’est de ne pas toucher uniquement les jeunes, mais aussi des personnes âgées. Il y a des gens que j’appelle Papy, Mamy... Ils sont très contents de moi, ils sont fiers. Moi, ma véritable réussite, c’est d’être un champion sur le ring mais aussi en dehors du ring, dans la vie de tous les jours. 

Comment imaginez-vous le monde d’après ? Une petite place de numéro un ? 

Exactement ! Moi, je procède par objectifs. J’avais pour objectif d’aller au Jeux olympiques et de ramener une médaille. Je l’ai fait. Le top, c’est d’être champion du monde et derrière pour moi j’aurai atteint mes objectifs. Ça sert à rien de continuer encore. Je préférerais arrêter ma carrière et je n’aurai pas de regrets parce que j’aurai vraiment fait tout ce que j’aurais voulu. 

Merci Souleymane Cissokho ! Merci à vous !

Le boxeur français Souleymane Cissokho, le 11 août 2016 aux J.O. de Rio.
Le boxeur français Souleymane Cissokho, le 11 août 2016 aux J.O. de Rio. (YURI CORTEZ / AFP)