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Le monde d'Elodie. Emmanuelle Béart : "Je ne voulais pas être "fille de". Maintenant, je suis très fière d’être la fille de Guy Béart"

L'actrice sort un album d'hommage à son père, avec des chansons reprises par des personnalités et par elle-même

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Emmanuelle Béart aux côtés de son père Guy Béart, lors de la remise de Légion d\'honneur au poète chanteur, le 27 novembre 2012 au ministère de la Culture. 
Emmanuelle Béart aux côtés de son père Guy Béart, lors de la remise de Légion d'honneur au poète chanteur, le 27 novembre 2012 au ministère de la Culture.  (THOMAS SAMSON / AFP)

Élodie Suigo : Emmanuelle Béart, vous êtes actrice, révélée en 1986 dans le drame « Manon des sources » de Claude Berri, qui vous a valu le César du meilleur second rôle féminin. Vous avez tourné avec les plus grands réalisateurs, Rivette, Chabrol, Téchiné, Brian de Palma, Anne Fontaine… Un album d’hommage Intitulé De Béart à Béart(s) sort aujourd’hui. L’occasion pour vous et pour votre sœur Eve de rendre un hommage à votre père mais aussi de lui offrir et de nous offrir bien plus que ça. Votre père disait "Je voudrais être l’anonyme du XXe siècle, je voudrais que mes œuvres durent plus que mon nom". Nous sommes en 2020 les chansons de votre père sont toujours là. C’est une grande fierté ?  

Emmanuelle Béart : Oui, ça fait partie de la beauté de cette écriture. Il y a des chansons d’amour, il y a des chansons engagées "Je suis de toutes les couleurs et surtout de celles qui pleurent". Un sujet très actuel. "Je voudrais changer les couleurs du temps". On peut tous avoir envie de changer les couleurs du temps. Mais les poètes sont des voyageurs dans le temps, donc mon père en fait partie. C’est quelqu’un qui était assez visionnaire. Tout à fait conscient du monde dans lequel il vivait. C’était très étrange parce qu’il avait à la fois la peur de l’apocalypse, du chaos total est une espérance folle. C’est quelqu’un qui avait une anticipation visionnaire.  

Cet album est un hommage mais bien plus que ça pour vous…  

C’est certain que ce disque me permet de passer de la figure paternelle à finalement l’enfant qu’il a été à travers ses mots, l’écriture… Les secrets que contiennent ses chansons. L’enfant qu’il a été, l’adolescent, l’amoureux, le jeune homme de Saint-Germain-des-Prés, donc c’est vrai que ça me permet de continuer ce dialogue magnifique que nous avons eu tous les deux.  

Quel est votre regard sur ce père, plus que sur l’artiste ?  

C’était un père qui était très présent, assez autoritaire, très cadrant et très pudique dans la façon de nous parler. C’était très joli, avec ma sœur, parce qu’on a fait ce disque à deux. Nous sommes ses deux filles et il nous parlait comme à des grandes personnes.  

Je voudrais qu’on parle des personnalités que vous avez réunies sur cet album… Vous avez gardé la structure de la chanson, avec des personnalités capables de se les approprier…  

J’ai voulu transmettre aux artistes ce que je désirais. Le mot d’ordre, c’était vraiment "Bousculez ! Décoiffez !" On travaillait les arrangements.   Il y a un grand absent sur cette album c’est Charles Aznavour qui vous avait soufflé l’envie de faire partie de cet album… Des chansons que vous avez confié à Vianney avec Il n’y a plus d’après. Il nous avait littéralement convoquées pour nous dire "Vous ne pouvez pas ne pas vous approprier cet héritage artistique. Il faut en faire quelque chose. Il faut inventer des objets autour de Guy Béart. C’est votre père, c’est votre devoir et ce sera votre plaisir". C’est lui qui a donné l’impulsion. Il devait enregistrer Il n’y a plus d’après. On avait commencé à travailler avec le pianiste et puis il est mort quatre jours avant l’enregistrement. Il a fallu penser à quelqu’un d’autre et c’est mon fils qui m’a dit "Tu sais, Vianney, c’est Papy Guy petit".   

Je voudrais qu’on parle aussi de la chanson reprise par Alain Souchon. Il y a cette pudeur que possède de votre père et en même temps cette puissance…  

Oui. Il a aimé follement, il est mort d’amour une dizaine de fois, c’était un amoureux à perpétuité, il a beaucoup écrit sur les femmes. Il y a des airs de joie, de souffrance, de revanche, il y a des choses très drôles aussi sur les femmes. Mais je crois aussi qu’inconsciemment, avec ma sœur, on a été à la source de nos naissances dans nos choix. La majorité des chansons ont été écrites pour nos mamans.  

Votre mère dans tout ça, Emmanuelle ?  

C’est marrant parce que, pendant des années, je ne voulais pas être la fille de Guy Béart. Je voulais déjà, moi,  pouvoir commencer mon métier sans être la fille de. Donc j’ai passé des années à ne pas être "la fille de" jusqu’à maintenant où je suis très fière d’être la fille de Guy Béart. Mon père disait que faire une mélodie c’était transmettre de génération en génération l’écriture, la poésie et c’est ce que ma maman a fait de son côté.  

Il y a cette chanson, Plus jamais, c’est une façon de lui dire que votre amour pour lui est éternel ?  

C’est sûr qu’il est éternel ! Mais c’est peut-être une façon de me dire que mon métier, c’est moi aussi de me laisser traverser par l’écriture des auteurs et qu’il n’y a pas de raison que je me prive du plaisir d’entendre résonner les mots de mon père. Et puis, c’est aussi une façon de terminer :  je suis la dernière à avoir enregistré. Une aventure de deux ans pratiquement. Et puis peut-être, vous avez raison, de lui dire au revoir.  

Votre album De Béart à Béart(s) sort aujourd’hui, venbredi 12 juin 2020.

Emmanuelle Béart aux côtés de son père Guy Béart, lors de la remise de Légion d\'honneur au poète chanteur, le 27 novembre 2012 au ministère de la Culture. 
Emmanuelle Béart aux côtés de son père Guy Béart, lors de la remise de Légion d'honneur au poète chanteur, le 27 novembre 2012 au ministère de la Culture.  (THOMAS SAMSON / AFP)