"Le dunk m'a sauvé la vie" : Kadour Ziani remonte le temps dans un documentaire qui lui est consacré

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la légende du dunk, Kadour Ziani. Un documentaire de Nicolas de Virieu, diffusé sur Canal+ ce samedi 19 février 2022, lui est consacré : "Dunk or die".

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Des ballons de basket (illustration) (LEA GIRAUDEAU / RADIO FRANCE)

Kadour Ziani est la légende française du dunk. Le dunk, c'est l'action qui consiste à claquer le ballon dans le panier après un saut. C'est l'arme fatale du basket-ball qui permet de prendre l'ascendant psychologique sur l'adversaire et de galvaniser le public. Certains joueurs y ont apporté une dimension artistique, certains parlent même d'art. Ça fait vingt ans qu'il smashe, qu'il dunke.

Considéré comme un pionnier, il inspire d'ailleurs les dunkers du monde entier. Un documentaire lui est consacré et sera diffusé, ce samedi 19 février 2022, sur Canal+ : Dunk or die de Nicolas de Virieu.

franceinfo : Dunk or die retrace votre parcours. De votre enfance à Saint-Dizier aux plus beaux stades de la NBA. Quelle belle histoire !

Kadour Ziani: C'est magique et c'est 30 ans de dunk ! Mon premier dunk, j'avais 17 ans, et aujourd'hui j'en ai 48, je dunke encore. C'est comme une épopée vers la postérité. C'est devenu complètement fou, je le sens, les gens aiment le dunk, autrement que dans le sport. Ils aiment voir quelqu'un sauter, s'élever dans les airs.

Je suis content d'avoir utilisé ce dunk comme un moyen de parler à tout le monde, de me parler d'abord et puis parler au monde. C'est magique.

Kadour Ziani

à franceinfo

On vous découvre dans ce documentaire. J'ai l'impression que vous vous découvrez aussi. Vous êtes issu du Vert-Bois de Saint-Dizier. Ce n'était pas simple. C'était même très compliqué puisqu'il y avait des tensions assez dramatiques dans votre famille, autour de vous. Vous avez même fait des cambriolages. Ça veut dire que le dunk vous a sauvé ?

Le dunk m'a sauvé la vie. C'était un moyen pour moi de sortir de cet enfer, de cette condition qui me conduisait tout droit à ce que je devais devenir, c'est-à-dire un brigand, un caïd parce que c'est comme ça. Le verbe dans les cités, c'est la dissuasion. Il faut se faire entendre et il faut faire peur, il faut être craint donc, moi, j'essayais d'utiliser ce corps et ce dunk pour m'envoler de cette dimension et voir le monde au-delà de ce quartier. C'est vrai que je l'ai échappé belle.

Je dois beaucoup au dunk, et aujourd'hui encore, je m’accomplis dans la vie. Dès le départ, j'ai compris qu'on n'était pas figé, que la personne évolue, évoluera jusqu'à la fin. On reste des étudiants, on n'est pas des professeurs et on a toujours à apprendre.

Ce qui est marrant, c'est que le dunk vous a permis de voler, vous le dites dans ce film et donc voler, pour vous, était la solution pour réussir à passer au-dessus des problèmes.

Oui. On cherche des outils, on réfléchit à un moyen de s'en sortir, on n'accepte pas. Moi, j'étais quelqu'un de très têtu, très obstiné. Je pense que cette obstination, cette détermination m'ont conduit à un destin qui, aujourd'hui, semble être beau, mais tellement insoupçonné. Un petit corps frêle, raillé, moqué. J'avais un bouton sur le nez et tout le monde se moquait de moi, je n'avais pas la côte avec les filles et je me disais : "waouh !" Et bien combien même, on peut toujours y arriver !

Ce qui est fou d'ailleurs, c'est que vous n'aviez pas du tout le physique pour ça. Pour dunker, il faut être grand.

Je fais 1,80 mètre. Quand je lève la main, je suis à 2,40 donc il y a encore un monde pour aller s'élever jusqu'au cercle. Et ce qui est marrant, c'est qu'au début, je ne pensais même pas l'accrocher. J'ai fini, en fin de carrière, a le toucher avec mon pied. J'ai battu le record du monde du kick, le coup de pied, le plus haut du monde à 3,03 mètres qui correspond au cercle.

Vraiment, il faut croire en notre potentiel, il faut le libérer, libérer cette bête sauvage. Il fallait "driver" cette bête sauvage et j'ai toujours eu cette rage, cette envie, cette frustration et le dunk m'a permis de gérer cette crise existentielle. Après avoir été le numéro 1, parce que j'ai battu un record du monde, je me suis dit : maintenant, j'ai une responsabilité, celle de faire de mon histoire une science utile pour les autres, un espoir. Je pense que maintenant, j'ai envie de parler à tous les temps, pas juste à tout le monde, rester intemporel. J'aime bien la phrase : "La célébrité, c'est quand on remarque ta présence et la notoriété, c'est quand on note ton absence."

J'aimerais bien qu'on note mon absence. Mon esprit serait encore là, mon histoire serait encore là et puis, ce serait cool d'atteindre la postérité.

Kadour Ziani

à franceinfo

Votre petit frère dit une chose incroyable : "D'être craint, c'est bien, effectivement, mais c'est surtout ne pas être heureux. Le respect est plus difficile à obtenir". Vous êtes fier d'avoir obtenu le respect au fil du temps ?

Le respect, je l'ai forcé quand même aussi. Je suis fier de l'avoir forcé et forcé les portes de Bercy, du Madison Square Garden, de la Key Arena, du United Center, de la place Rouge. J'ai marché sur la place Tiananmen avec le talent. J'ai forcé. C'était une réponse à mon frère qui me disait : "Ça y est tu es craint, ça c'est facile. Tu sors un fusil, tu braques tout le monde, tu frappes les gens, mais si tu veux leur respect, il faut le mériter". Lui, il était ma petite voix et c'est un hommage aussi pour lui et pour tant d'autres personnes qui ont misés sur moi, comme Bouna Ndiaye. J'ai dressé l'animal qui était en moi et maintenant, je suis dresseur d'animaux. Je suis fier de tout ça.

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