"La course à l'audience fait qu'on est beaucoup moins attentifs à respecter les codes de l'information", dénonce le journaliste Robert Namias

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le journaliste et auteur, Robert Namias. Il publie un troisième roman, "Mortelles comédies" aux éditions de l'Observatoire.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le journaliste Robert Namias, en novembre 2018. (LP/OLIVIER ARANDEL / MAXPPP)

Robert Namias est journaliste et auteur. Il a d'abord enseigné la philosophie avant de changer complètement de voie. Il débute sa carrière à la radio en tant que journaliste reporter, d'abord à RTL, puis à Europe 1, mais cette fois-ci en tant que rédacteur en chef et termine à TF1. Il sera, tour à tour, rédacteur en chef du journal télévisé de 20 h pendant cinq ans, puis directeur de la rédaction, voire de l'information, et enfin directeur général adjoint chargé de l'information jusqu'en 2008. Désormais, il se consacre à l'écriture.

Après Fake News en 2019 et Le brun et le rouge en 2020 , coécrits avec Michèle Cotta, il signe un troisième roman, Mortelles comédies aux éditions de l'Observatoire.

franceinfo : Dans ce thriller assez cru, qui se déroule dans les coulisses de la chaîne télé la plus puissante de France, personne n'est épargnée dans ce jeu que vous appelez "le jeu de massacre". On a des journalistes, des politiques, des tueurs en série, des innocents sacrifiés sur l'autel médiatique. L'information évolue donc mal pour vous ?

Robert Namias : L'avantage d'avoir la vie que j'ai eue a fait qu'aujourd'hui, je peux avoir beaucoup de recul pour constater que moi-même d'ailleurs, il m'est arrivé d'être impliqué dans des dérives médiatiques assez considérables et qui ont été pour moi des blessures. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on est dans un système qui, pour x raisons, y compris des raisons économiques d'ailleurs, conduit l'ensemble de l'information et pas seulement les chaînes d'info, à une course à l'audience qui fait qu'on est quand même beaucoup moins attentifs à respecter les codes qui sont ceux de l'information. D'abord la vérification de l'information et puis surtout la hiérarchie de l'information. Même pour un journaliste qui essaye de traiter honnêtement l'information, quel est le poids réel des réseaux sociaux ? C'est vrai qu'aujourd'hui, ces réseaux sociaux ont pris un poids considérable et sans doute excessifs.

Est-ce que l'écriture, la vôtre en particulier, est un cri du cœur ? Une façon de dire les choses ?

Oui, parce que, moi-même en tant que patron de TF1, j'ai mis à l'antenne un fait divers gigantesque, avec des témoignages qui n'avaient pas été vérifiés et qui se sont avérés totalement faux, mais aussi totalement destructeurs pour la personne qui était en cause. Un grand quotidien considéré comme le plus sérieux de ce pays a cru pouvoir prendre une page entière pour décrire un hangar où se seraient passées des choses atroces, qui mettaient en cause cette personnalité, des viols, des assassinats. On s'est aperçu ensuite que ce hangar n'existait même pas.

Est-ce que vous avez des regrets d'ailleurs par rapport à ça ?

Non, parce que je ne regrette évidemment pas d'avoir fait ce métier, et j'aime encore ce métier même si je ne le pratique plus.

Ce livre, au fond, est une forme de confession sur les erreurs que j'ai pu commettre et puis surtout un cri d'alerte.

Robert Namias

à franceinfo

Depuis quatre ans, honnêtement, il y a eu les gilets jaunes, le Covid où tout et le contraire de tout s'est dit pendant des semaines et des semaines par des médecins qui n'avaient aucune compétence pour le dire, mais ça ne fait rien, on les invitait quand même et eux, ils étaient tellement contents d'être sous les projecteurs qu'ils se précipitaient, bien évidemment. Mais enfin, ce n'est pas de l'information ça !

D'où vous vient cette passion pour le journalisme ? Vous êtes petit-fils d'un marchand de tissus. Il vous avait d'ailleurs proposé de reprendre le magasin familial. Vous n'avez pas souhaité le faire. Vous avez fait une licence de Lettres et un diplôme d'études supérieures de Philosophie à la Sorbonne.

Mon père était un lecteur assidu du Monde et à dix ans, je faisais semblant de lire Le Monde. Mais en fait, très rapidement, j'ai cessé de faire semblant pour le lire vraiment. C'est la passion du monde, c'est la passion de tout ce qui bouge, c'est la passion de l'imaginaire aussi sur ce qui pourrait se passer. J'ai découvert qu'au fond, ce métier, c'était aussi d'aller quêter la vérité et j'ai choisi la forme du polar parce que le polar, c'est une quête de la vérité.

Est-ce que, justement, cette quête vous a permis de mieux vous construire ?

Oui, mais ce n'est pas terminé. Ça n'est jamais terminé d'ailleurs. Et je pense que la littérature est une façon pour moi de me retrouver avec ce que je crois le plus puissant, c'est-à-dire l'imprimerie. C'est quelque chose qui demeure. Il y a cette petite trace, ces mots, mais moi, j'ai toujours eu le sentiment et je pense que c'est très partagé par beaucoup de mes confrères, que le regard qui est porté sur nous est complètement fou, complètement faussé par rapport à la réalité de ce que l'on est, de ce que l'on pense. Je pense à tout, au positionnement politique, au goût, à l'esthétique, à la façon de voir la vie.

Parfois les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs confondent la façon dont vous traitez les sujets et ce que vous êtes.

Robert Namias

à franceinfo

Progressivement, je trouve qu'avec la littérature, je me dévoile. Ça n'intéresse peut-être que moi, mais en tous les cas, effectivement, je me dévoile.

Heureux du parcours accompli ?

Il est quasiment accompli ! Professionnellement, dans le journalisme, certainement. Est-ce qu'on peut être heureux en ayant fait ce métier pendant 50 ans, en ayant vu toutes les compromissions que l'on a vu, en ayant fait non pas des compromissions, je m'y suis toujours refusé, mais des compromis ? En tous les cas, une vie riche, très remplie, qui m'a rendu heureux, je ne sais pas.

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