"Comme un poisson dans l’air", un premier long métrage tout en musique et en douceur pour Camille

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’artiste et réalisatrice Camille.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min.
Extrait de la bande-annonce du film "Comme un poisson dans l'air", de et avec Camille ((CAPTURE D'ECRAN))

Auteure, compositrice, interprète, actrice, Camille est désormais réalisatrice. Son premier long métrage s'appelle Comme un poisson dans l'air. La sortie en salle du film ayant été "extrêmement contrariée" par la crise sanitaire, c'est sur une plateforme internet qu'il est possible de visionner ce documentaire musical depuis le 28 juin.

franceinfo : Il a fallu vous adapter au contexte sanitaire et vous avez décidé de proposer Comme un poisson dans l'air sur la plate-forme bachibouzouk.net.

Camille : Oui. il ne sort pas en salle pour l'instant. On a fait l'avant-première en salle car je voulais vraiment vivre ce moment avec le public.

Comme un poisson dans l'air suit votre deuxième grossesse et ce rapport avec l'enfant au travers de ce qu'on appelle la voix. Que représente ce premier film pour vous ?

Depuis que je suis maman, je vois à quel point il y a une relation entre le fait d'accoucher d'un bébé et d'accoucher d'une création. Je suis très fière. Je ne pensais pas du tout réaliser un film un jour. Je crois que c'est ma passion de la voix qui m'a amenée là.

Que perçoit-on avant de naître ? C'est vrai que c'est une question qu'on se pose toutes et tous. Vous essayez de nous éclairer là-dessus, et vous par la même occasion.

Ce choix, de faire du son, me replonge dans un état originel. Je m'interroge sur ce que je pouvais entendre dans le ventre de ma mère. Comment c'était ? Et puis, quand j'ai été enceinte, je me suis posé cette question et je me suis dit : "Mais qu'entend-il ? Que perçoit-il ?" Et ce qui est formidable, c'est qu'on ne peut pas y répondre.

Comment vous définissez-vous ?

J’ai l’impression que j’ai pris corps par le chant, par la voix. C’est un peu ce que je raconte dans le film. C’est le fait d’être encore plus sensible et encore plus dans ce sentiment "tout vibration" qui me paraît tellement évident et finalement je me cogne souvent au monde réel et je me rends compte que tout le monde ne sent pas ça alors j’ai envie de le transmettre.

Vous vous accordez parfaitement avec cette sensibilité. Elle vous accompagne depuis votre enfance ?

Petite, c'était normal de faire ce qui était normal. Plus tard, j'ai pris conscience de l'effort que ça me demandait de répondre à certaines normes et à quel point je devais créer mon monde pour que le monde ressemble à mes rêves.

En devenant artiste, j'ai compris qu'on pouvait aussi changer le monde à sa manière et que j'étais un poisson dans l'air.

Camille

à franceinfo

Il y a plusieurs scènes assez fortes. À un moment donné, on vous voit chanter avec votre grand-mère et votre mère une chanson en anglais et vous posez des questions à cette dernière. C'est ça aussi, ce film, combler sa propre histoire à travers la grossesse, une naissance ?

Au début, je voulais faire un film juste sur des scènes un peu "impressionnistes" sur ce que je pouvais ressentir de l'intérieur, sur mes questions. Je ne voulais pas mettre de voix off ou me raconter. Et très étrangement, de même que mes enfants m'amènent à me raconter, le film m'y a poussée. Et j'en suis arrivée à même évoquer le deuil de mon père, d'où il vient aussi avec le fait qu'il ait été abandonné à sa naissance.

C'est en faisant le film que j'ai compris que c'est peut-être le fait que mon père ait été abandonné à sa naissance qui m'a poussée à parler ce que c'est que d'attendre un enfant pour moi.

Camille

à franceinfo

Qu'est-ce que vous gardez de votre père ? Il était musicien.

L'amour du lien. Lui-même ayant été abandonné, je crois que toute sa vie, il a tissé des liens. Il savait la valeur que cela avait.

On a l'impression qu'il n'y a aucune barrière entre vos envies, vos rêves, ce que vous souhaitez faire et la réalité.

Alors, il y a une barrière. Nietzsche le dit : "Le réel, c'est ce qui résiste" et c'est là où on est créatif. Rendre ces rêves réalité, c'est ressentir cette force opposée et la faire céder et voir le rêve devenir réalité, c'est jamais sans effort, comme un accouchement. Et c'est cela qui est beau.

Comment faites-vous pour vous protéger, on le ressent dans le film, de cette sensibilité qui vous habite ?

Déjà en faisant des films sur la douceur comme celui-ci. C'est très difficile de faire un film sur la douceur, sur la douceur d'un couple parce qu'il est aussi question de mon compagnon. Comment je peux être complètement dans mon délire et dans mon monde, accompagnée sans être envahie, mais juste avec une présence, quelqu'un qui est là, juste là et qui me laisse être ?

Quand j'ai commencé mon métier, j'avais une tendance à être beaucoup en force pour imposer mes idées, mes envies, etc. Et petit à petit, je me suis dit : "Je n'ai pas envie d'être sur ce ton-là". Évidemment que j'exprime ma puissance et que j'ai envie d'embarquer tout le monde, mais il faut du temps et de la maturité pour accepter de faire avancer les choses en douceur. Il faut beaucoup de force pour la douceur.

Que souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?

Ce que j'ai envie de transmettre à mes enfants, c'est de l'amour et je crois que l'amour, c'est de leur dire les choses et de leur dire qu'ils peuvent dire les choses.

Camille

à franceinfo

J'espère que mon film ira à mes petits-enfants ou à mes arrière-petits-enfants !

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