Cinéma : "J'y ai mis beaucoup de moi, un peu dans tous les personnages", confie Alexis Michalik, réalisateur d'"Une histoire d'amour"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’acteur, réalisateur et écrivain, Alexis Michalik. Ce mercredi 12 avril 2023, sort au cinéma, une adaptation de sa pièce créée à la Scala de Paris "Une histoire d'amour".
Article rédigé par France Info - Elodie Suigo
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Alexis Michalik, écrivain, dramaturge et metteur en scène.  (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Alexis Michalik est multi-casquettes, à la fois acteur, dramaturge, metteur en scène, réalisateur, scénariste et écrivain. Sa carrière a d'ores et déjà été couronnée de succès, mais aussi de prix, avec pas moins de cinq Molières, ce qui fait de lui l'un des metteurs en scène les plus jeunes récompensés. Il a également touché et marqué le monde de la comédie musicale, en 2021, avec sa mise en scène des Producteurs, une libre adaptation du film américain de Mel Brooks. Il aime proposer autre chose et on l'a vu d'ailleurs avec la pièce de théâtre et le film Edmond, qui racontait la création difficile de Cyrano de Bergerac par Edmond Rostand.

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Ce mercredi 12 avril 2023, sort au cinéma, une adaptation de sa pièce créée à la Scala de Paris Une histoire d'amour. C'est l'histoire de deux femmes Justine et Katia qui décident de faire un enfant. C’est Katia qui devient maman. Il va y avoir une rupture et malheureusement, 12 ans plus tard, Katia va se rendre compte qu'elle est atteinte d'un cancer et est donc condamnée. Et elle va aller voir son frère pour qu'il puisse s'occuper de sa fille.

franceinfo : Vos films naissent toujours d'une écriture, d'abord quelque part, un peu romancé, et ensuite pour le théâtre.

Alexis Michalik : Oui. Je n'en ai fait que deux, donc c'est difficile de faire une règle avec seulement deux films, mais les deux sont déjà différents dans le sens où Edmond était l'adaptation théâtrale d'un scénario que je développais. C'était un film à la base dans ma tête, alors qu'Une histoire d'amour, ce n'était vraiment pas du tout un film dans ma tête, c'était une pièce. Et c'est parce que les spectateurs et les amis m'ont dit : "Mais il faut vraiment que tu en fasses un film. Il y a un film derrière" que j'ai fini par me laisser convaincre et me dire : bon, ben, je vais essayer de l'adapter.

Ce frère, il est écrivain et il est vraiment dans ces livres. Il est complètement à côté de la plaque, mais finalement, il y a une relation extraordinaire qui va naître entre cet oncle et cette nièce. Il y a beaucoup d'émotion dans ce film.

J'ai essayé en tout cas d'y mettre un mélange d'émotions, une espèce de tourbillon. Je voulais que les gens soient émus. Je voulais essayer d'y mettre ce que moi, j'avais ressenti après une rupture. Il y avait plein de choses super qui se passaient dans ma vie et j'étais très heureux et en même temps, j'étais très triste et c'était tout ça qui se culbutait et je voulais retranscrire ça dans ce film.

Dans 'Une histoire d'amour', il y a beaucoup d'émotions, mais il y a aussi beaucoup d'humour et beaucoup d'amour. Et le but, c'est qu'on n'en ressorte non pas plombés, mais avec une vraie pulsion de vie.

Alexis Michalik

à franceinfo

Dans ce film, d'ailleurs, la relation entre l'oncle et la nièce tient vraiment par la littérature. En tout cas, c'est le point de départ. C'est l'amour commun qu'ils portent aux mots. On a l'impression que, pour vous, les mots sont rentrés très vite dans votre vie. Cette envie d'écrire, de lire et d'écrire.

Oui, c'est-à-dire que cela parle de la littérature, mais ça parle surtout du fait d'écrire, du besoin d'écrire et de 'qu'est-ce que ça veut dire d'écrire ?'. A quel point ça nous relie à notre intérieur et d'où vient ce besoin de sortir les choses ? Et à la fin du film, on comprend. Il y a une scène entre l'oncle et sa nièce, entre Jeanne et William où il lui dit : "Voilà, tu as pris toutes les choses horribles, dures, tristes qui te traversaient et tu en as fait quelque chose de beau". Et pour moi, c'est ça l'écriture.

Vos adaptations, votre écriture, vos romans, vos pièces de théâtre sont finalement comme des peintures. Votre père était peintre. Il y a quand même ce besoin de créer autre chose, de proposer autre chose, de vous évader.

Oui. Je dirais surtout de me renouveler, enfin d'aller vers des horizons que je n'ai pas encore explorés. Et c'est ça qui me meut, c'est que je n'ai pas envie de refaire continuellement la même chose. Et donc ma prochaine mission, ce sera présentateur télé aux Molières. C'est quelque chose que je n'ai jamais fait et évidemment que j'ai le trac et je me dis : tiens, qu'est-ce que ça va être ?

Votre première adaptation, c'était celle du Mariage de Figaro de Beaumarchais, avec la pièce Une folle journée. Cette première a été très forte pour vous, très fondatrice.

C'est surtout la découverte d'Avignon qui a été fondatrice, le festival Off, parce qu'en 2005, on amène cette pièce et j'ai réalisé qu'il y avait un espace de création, un endroit où simplement, avec mes petits deniers, mes économies, je pouvais amener un spectacle et le présenter à un public qui n'était pas composé de mes amis, de ma famille et donc qui était objectif et qui allait être un juge objectif. Et ça a été la première fois que j'ai touché du doigt ce qu'est de créer vraiment, avec un système fort simple. On crée, il y a des gens qui payent pour venir voir votre œuvre et après, ils la critiquent et c'est comme ça que ça marche. Et ça m'a passionné et je me suis dit : génial, je vais en faire une autre et une autre et une autre, et puis c'est devenu mon métier.

Ça représente quoi le théâtre pour vous ?

Tout. Enfin, le théâtre, c'est ma vie, c'est mon ADN.

Quand j'ai une histoire en tête, instinctivement, je la mène vers le théâtre parce que c'est ma façon de m'exprimer la plus naturelle.

Alexis Michalik

à franceinfo

On ne va pas se mentir, Une histoire d'amour est une grosse partie de vous, c'est aussi pour ça que c'est aussi convaincant. C'est que quelque part, j'ai l'impression que vous ne trichez pas sur la justesse des émotions.

Je pense que c'est tout simplement mon œuvre la plus intime parce qu'il n'y a pas des allers-retours en arrière. Ce qui fait un peu ma patte dans les autres spectacles, c'est que c'est toujours des scénarios très compliqués, avec plusieurs époques qui s'entrecroisent. Là, c'est assez linéaire, c'est assez simple. Mais par contre, effectivement, c'est une dissection du rapport amoureux. De qu'est-ce qui se passe quand l'amour se termine ? Qu'est-ce qui se passe quand on se fait quitter ? Qu'est ce qui se passe quand on est en deuil ? Et est-ce que l'amour peut revenir ? Est-ce qu'on peut retrouver l'amour ? Voilà, c'est un thème qui n'est pas forcément souvent traité dans les histoires d'amour en général, c'est celui de l'après. Et ce sont évidemment des questions qui me traversaient donc oui, j'ai mis beaucoup de moi, un peu dans tous les personnages d'ailleurs.

Tout ça pour dire que ce film, c'est vous et que donc vous êtes un Amoureux ?

Oui, c'est sûr. Je pense que quand on crée, on doit être amoureux de toute façon.

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