Avec "Joséphine B.", Xavier Durringer met Joséphine Baker à l'honneur

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le metteur en scène Xavier Durringer.

Article rédigé par
Élodie Suigo - franceinfo
Radio France
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Xavier Durringer, metteur en scène. (UBBA)

La chanteuse franco-américaine Joséphine Baker entrera au Panthéon mardi 30 novembre. Cette grande femme, Xavier Durringer l'admire, il en a fait le sujet de sa dernière pièce de Théâtre, Joséphine B.

franceinfo : Xavier Durringer, Joséphine Baker c'est une femme qui a fait avancer les choses !

Joséphine Baker, c'était le combat pour la "négritude", contre la ségrégation raciale aux États-Unis. C'est ce qu'elle disait d'ailleurs : elle était reçue partout dans le monde, on lui faisait des cadeaux, elle était invitée par des présidents, des princes, des rois et reines, et aux États-Unis elle ne pouvait pas entrer dans un café et commander un chocolat. C'est ça dont on parle. Elle a mené des combats pour toutes les formes de liberté, pour le féminisme, le droit de faire ce qu'on veut avec notre propre corps, et puis ses luttes, sans arrêt, aux côtés de Martin Luther King.

C'est une femme qui a été rejetée dès le début parce qu'elle était comme elle le disait elle-même "ni blanche ni noire ni rouge". Sa mère était 50% afro-américaine et indienne, et son père 100% espagnol. Ce qui a marqué des générations entières, c'est aussi sa fantaisie. Sa manière de danser, de loucher, de se contorsionner. Elle est arrivée en 1925 pour la création de la Revue nègre à Paris, qui avait été montée par les surréalistes. Elle a cassé tous les codes dans des années où il était difficile de s'imposer. 

Le théâtre c'est un énorme coup de foudre pour vous ?

Oui, très jeune, à 18 ans je monte ma première compagnie, on va jouer dans les boîtes de nuit. À 29 ans je crée ma première pièce avec Gérald Laroche. Et puis on va avoir cette chose qu'on va nommer "les bandes". Dans les années 90, on est une vingtaine d'acteurs et de techniciens sur les routes, et puis on va jouer partout, même à l'étranger. C'était une expérience extraordinaire. Au début des années 2000, ça s'est arrêté parce que j'ai commencé à faire du cinéma.

Quelle enfance vous avez eu ?

J'ai mis longtemps à en parler, mais ma mère est morte en me donnant naissance. À partir de là, j'ai eu un parcours un peu curieux, vous imaginez ce que ça peut donner à l'adolescence, avec toutes les contestations qu'elle apporte. 

"Ce drame fait que je suis l'auteur, l'écrivain, le réalisateur qui donne la parole à ceux qui sont tellement blessés qu'ils ne peuvent pas la prendre."

Xavier Durringer

à franceinfo

Vous rêviez à quoi enfant ?

La première chose que j'ai voulu faire étant enfant, c'est vétérinaire pour insectes. Personne ne s'occupe d'eux ! En trame de fond, c'est aider ceux qu'on ne voit pas, ceux qui sont tellement petits ! L'écriture et le jeu m'ont sauvé. J'ai eu la chance de rencontrer à 18 ans Robert Cordier qui m'a pris dans sa compagnie, de jouer Savage Love, c'était quelque chose d'extraordinaire.

On dit souvent que les êtres disparaissent quand on arrête de penser à eux. Il y a toujours une partie de votre mère en vous ?

Je pense qu'on retrouve toujours les gens qu'on aime, c'est une résilience. Aujourd'hui mon parcours me donne de la force. J'ai perdu mon père il y a deux ans, et j'essaie de leur redonner vie à travers un roman, raconter leur rencontre, pour après peut-être en faire un film. Je peux redonner vie à mes parents, et refilmer ma naissance. Il y a quelque chose qui me plaît là-dedans.

Vous gardez quoi de votre père ?

L'humanisme. Celui d'aller s'occuper à 75 ans des touareg dans le désert, de les aider dans leur vie, les soigner, les accompagner. Mon ADN, mon Eden, mon paradis perdu, ce sont mes origines, ces choses qui doivent continuer à vivre à l'intérieur de moi.

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