Antonio Sena, pilote d'avion, raconte son crash en Amazonie : "Cette expérience a changé la façon dont je vois le monde"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le Brésilien Antonio Sena, pilote d'avion. Il publie "Rester vivant jusqu’au bout" aux éditions XO Documents.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Daniel Sena, pilote d'avion brésilien. Il raconte son crash en Amazonie et ses 36 jours de survie. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)

Le Brésilien Antonio Sena est pilote d'avion depuis 2011. Il a effectué plus de 2 400 heures de vol accumulées au Brésil, mais aussi à l'étranger, notamment au Tchad, où il a accepté de ravitailler par avion des mines illégales. Le 28 janvier 2021, il part ravitailler un garimpo, un campement de chercheurs d'or en Amazonie, aux commandes d'un Cessna 210, un monomoteur. Ce jour-là, c'est le crash. Le moteur s'arrête au-dessus de cet enfer vert qu'est la forêt amazonienne. Il réussit à le crasher le plus calmement du monde parce qu’il connaît certaines techniques, notamment celle du planeur. Il raconte dans un livre, Rester vivant jusqu’au bout (éditions XO Documents), ses 36 jours en mode survie.

franceinfo : Lorsque vous vous écrasez en pleine forêt amazonienne, en janvier 2021, votre avion est totalement pulvérisé et vous vous sortez avec quelques égratignures. Quelles sont vos premières pensées quand vous ouvrez les yeux ?

Antonio Sena : Je suis vivant ! Je suis vivant ! Car malgré tout, je ne savais pas comment j'allais m'en sortir. J’ai effectivement quelques égratignures, j'avais un peu mal par-ci par-là, mais c'était un miracle. Je n'avais pas beaucoup de temps pour penser à tout ça, car la situation était encore très dangereuse et j'avais beaucoup de choses à faire.

Quand vous ouvrez les yeux, l'avion est en feu. Vous récupérez une corde, des bouteilles d'eau, des éléments qui vont pouvoir vous permettre de vivre dans ce milieu qui est hostile, extrêmement dense. En pleine forêt amazonienne, il y a énormément d'animaux extrêmement dangereux avec lesquelles vous allez vivre : les jaguars, les caïmans, les anacondas, les araignées. Vous saviez une chose, dans ces règles de survie, c'est qu'on cherche un pilote entre cinq et huit jours. Dans votre esprit : votre famille. C'est elle qui vous a permis de rester en vie ?

Certainement. Chez moi, c'était toujours comme ça. Notre famille n'était pas riche et nous avons dû lutter pour réussir, pour pouvoir nous former. Et quand j'ai décidé de devenir pilote, ils ont vendu un petit terrain que nous avions tous les trois et nous avons payé les cours de pilotage grâce à cette vente.

"Mon amour pour ma famille a été le combustible que j'ai utilisé pour pouvoir m'en sortir. Je me disais : mon Dieu, laissez-moi revoir ma famille à nouveau."

Antonio Sena

à franceinfo

Après 36 jours seul au monde, vous entendez un bruit de tronçonneuse. Là, vous vous dites : "ça y est, il y a de la vie quelque part, je vais m'en sortir". Vous avez alors parcouru près de 28 kilomètres à pied. Vos sauveurs sont des cueilleurs de noix. Je voudrais que vous nous racontiez le moment où vous retrouvez votre frère et votre sœur. La photo sur laquelle vous vous enlacez a fait le tour du monde.

Il faut expliquer le contexte de cette photo. J'ai vécu cette histoire dans la forêt et eux, ils ont vécu une autre histoire, totalement différente, à l'extérieur. Je connais mes difficultés et les difficultés que moi j'ai eu, mais je ne peux pas imaginer les leurs, à l'extérieur. Les gens me disent : "Tu es un héros" et je dis : non, les héros, c'est mon frère et ma sœur, car ils sont tellement résilients et ont gardé l'espoir pendant tellement longtemps. Ils ne m'ont pas laissé tomber alors que j'avais disparu dans la plus grande forêt du monde.

Tout le monde disait : il faut accepter qu'il soit perdu. Ils n'ont jamais accepté. Quand on a confirmé par la radio que c'était moi, je sentais leur émotion. C'était très présent. Et cette photo, cette rencontre, je leur disais uniquement : j'ai fait ça pour vous.... Pardon, mais je suis ému.

Cette histoire, cette aventure humaine a changé votre vie.

Cette expérience a changé la façon dont je vois le monde.

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