Don d'organes : "Un simple oui peut sauver des milliers de vies", souligne Marine Jeantet, directrice générale de l’Agence de la biomédecine

Marine Jeantet appelle à se déclarer donneur et entend également couper court à certaines idées reçues sur le don d'organes.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Le 22 juin 2024 est la journée nationale de réflexion sur le don d'organes et la greffe. (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

"Un simple oui peut sauver des milliers de vies", a affirmé samedi 22 juin sur franceinfo Marine Jeantet, directrice générale de l'Agence de la biomédecine, à l'occasion de la journée nationale de réflexion sur le don d'organes et la greffe. L'Agence de la biomédecine lance samedi un appel à la mobilisation sur le don d'organes. "On peut sauver entre cinq et sept vies après sa mort en disant un simple petit oui à ses proches", précise Marine Jeantet.

franceinfo : Comment expliquez-vous que les dons d'organes sont en baisse ?

Marine Jeantet : Il y a beaucoup d'explications. Mais la principale, c'est parce que les personnes n'ont pas clairement exprimé leur position vis-à-vis du don d'organes à leurs proches. On est tous présumés donneurs, mais on a le droit de s'opposer à ce don, soit en s'inscrivant sur un registre, soit en le disant à ses proches. Les médecins, quand ils envisagent un don d'organes, posent toujours la question aux proches pour connaître la position du défunt.

Malheureusement, moins de la moitié des Français ont exprimé clairement leur position auprès de leurs proches. Ce qui fait que dans près de 40% des cas, ces prélèvements ne peuvent pas avoir lieu alors que les personnes étaient potentiellement donneurs. 80% des Français sont favorables au don d'organes. Donc il faut absolument exprimer cette position auprès de vos proches pour que cette volonté soit respectée au moment où ça doit arriver. Les cartes de donneur ne sont pas nécessaires. Vous êtes par définition donneur, sauf si vous êtes opposé. Donc vous avez évidemment le droit de vous opposer. Juste un simple oui peut sauver des milliers de vies.


Est-ce qu'on peut donner tous ses organes ? Est-ce que certains sont plus recherchés ?

On cherche surtout des reins. Il y a beaucoup de patients en insuffisance rénale qui sont en dialyse et qui ont une vie assez difficile. Ces personnes attendent désespérément qu'un donneur accepte de donner ses reins. Mais tout est important. On prélève aussi des cornées. Attention, on ne prélève pas des yeux, on prend juste une petite membrane. Ça permet à des gens de revoir. On peut sauver entre cinq et sept vies après sa mort en disant un simple petit oui à ses proches.

Est-ce qu'il n'y a pas la crainte que ces organes, parfois, servent à la science ?

Il ne faut pas mélanger don d'organes et don du corps à la science. Quand on parle de don d'organes, quand les médecins viennent aborder les familles en parlant de ce sujet-là, c'est uniquement pour des patients. Il n'y a pas d'expérimentation sur les organes. C'est uniquement pour sauver des personnes qui sont en attente de greffe.

Est ce qu'il y a des raisons sociales, sociétales, religieuses qui expliquent les refus ?

On ne sait pas. Ce n'est pas exprimé très clairement. Mais c'est sûr que l'on a une opposition par les familles qui augmente sans qu'on puisse vraiment l'expliquer. C'est surtout dans les grandes métropoles. Ce dont on se rend compte surtout, c'est qu'il y a beaucoup d'idées reçues. Il n'y a pas de limite d'âge, il n'y a pas de contre-indications avec des rites funéraires. On fait très attention à restituer les corps de manière très respectueuse vis-à-vis des familles. Il n'y a pas d'opposition des principales religions en France. Il y a beaucoup d'idées reçues sur le sujet.

Le principal sujet, c'est que souvent les gens ne connaissent pas la position des proches. Donc dans le doute, les gens s'abstiennent. Parler du don d'organes, ce n'est pas parler de la mort. C'est parler de la vie parce qu'il faut penser qu'on sauve des vies. Dans sa vie, on n'a pas beaucoup de fois l'occasion de sauver entre cinq et sept personnes. Par cette générosité très simple, vous pouvez permettre à des quantités de gens de continuer à profiter eux-mêmes de leurs proches. On a plus de chance dans la vie d'être receveur un jour d'un organe que d'être donneur. Donc si jamais vos proches ou vous-même aviez besoin d'un organe, vous seriez très reconnaissants vis-à-vis des personnes qui ont dit ce simple petit oui à leurs proches.

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