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USA : Amazon lance le contrat de travail sans couverture sociale

Amazon, le géant de la vente en ligne, vient de lancer pour ses livreurs aux Etats-Unis un nouveau type de contrat de travail, ultra flexible, sans aucune couverture sociale. De quoi s’agit-il ?

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Après Uber, c’est au tour d’Amazon d’inventer un statut sans garantie pour certains employés, ni couverture sociale, ni retraite, ni droit à des indemnités chômage, un statut sans filet, une sorte d’hyper-flexibilité. Et du coup, on se demande si cette nouvelle initiative d’un autre géant du web n’est pas la confirmation qu’un nouveau capitalisme est en train de reconfigurer totalement le monde du travail. Au point que certains parlent déjà de la fin du salariat tel qu’on l’a connu depuis l’ère industrielle.

Alors de quoi s’agit précisément ? Amazon propose à ceux qui le veulent, âgés de plus de 21 ans, qui ont un véhicule et Smartphone, de devenir livreur sur des créneaux de deux, quatre ou huit heures par jour, dans leur quartier. C’est payé entre 18 et 25 dollars de l’heure, mais l’assurance du véhicule et même l’essence sont à la charge du livreur. Pour Amazon, il s’agit de mieux servir ses clients, de livrer encore plus vite ses produits.  "Il existe une population considérable qui veut travailler à la demande ", explique Amazon. A la demande, c’est à dire quand ils veulent, libres à ces employés spéciaux de mener en parallèle des études ou d’autres activités. C’est une sorte de travail à la carte.

Et ça une chance de marcher, il y aura des volontaires ?

Oui, ça c’est sûr. Amazon surfe sur une tendance de fond. Il y a certes d’un côté, et notamment en raison de la crise, une précarisation du travail, avec des temps partiels subis, des contrats courts. Mais de l’autre coté, il y a une réalité émergente plus vraiment subie, mais choisie, avec le développement fulgurant des auto-entrepreneurs. Leur nombre a bondi aux Etats-Unis, en Royaume Uni et même en France où ils sont déjà d’un million alors que ce statut n’a été créé qu’en 2009. 

C’est donc un mouvement de fond

Tout ne sera certainement pas aussi caricatural que le contrat d’Amazon, mais oui, il va y avoir de plus en plus une cohabitation de contrats différents. Ça pose d’ailleurs un vrai problème pour le financement de l’Etat providence. Vous savez juste avant la Seconde guerre, il y a un jeune économiste britannique, Ronald Coase, il aura même un prix Nobel, qui se pose une question toute simple : pourquoi existe-t-il des grandes entreprises ? Il répond en disant que si elles existent c’est parce qu’elles sont plus efficaces qu’un rassemblement d’unités indépendantes faisant chacune une partie de la tâche, la production, la vente, le marketing, etc. Et bien aujourd’hui, le numérique vient complètement casser cette logique, il favorise au contraire l’avènement de structures plus légères, il permet de tout comparer tout de suite, de mettre en relation, bref il ouvre un boulevard au travail indépendant.

Pour terminer, voici la preuve qu'entre le salarié et le consommateur, nous sommes souvent un peu schizophrènes : un cabinet de conseil vient de décerner hier soir le grand prix de l’enseigne de l’année, l’enseigne préférée des Français sur la base d’un échantillon de 5.000 consommateurs : vous savez qui a gagné ? C’est Amazon !

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