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Quel est le coût économique d’une épidémie de grande envergure ?

La progression foudroyante du virus Ebola menace désormais l’économie du continent africain.

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Au drame sanitaire et humain à grande échelle, s’ajoute pratiquement toujours un désastre économique. Bien avant la mondialisation, des épidémies ont ravagé des populations entières. Songez que les victimes de variole par exemple se sont comptées par centaines de millions. C’est d’ailleurs dans l’histoire de l’humanité, l’épidémie qui a tué le plus grand nombre de personnes, jusqu’à son extinction à la fin du XXème siècle.

La grippe espagnole fut la première pandémie de l’ère moderne, avec 30 millions de morts entre 1918 et 1919. Aujourd’hui l’épidémie la plus mortelle, c’est celle du sida, qui a déjà emporté plus de 20 millions de malade, et réduit sévèrement l’espérance de vie dans plusieurs pays africains.

La menace que fait aujourd’hui peser le virus Ebola n’a pas la même échelle, mais sa progression est foudroyante. Et le tableau fait par l’institut Pasteur, cette semaine, avait des traits apocalyptiques : bien plus que le nombre de cas - 4269 dont 2288 mortels répertoriés en Afrique de l’Ouest – c’est le rythme de propagation qui est dévastateur : les chercheurs de l’institut qui ont modélisé l’épidémie et sa propagation, redoutent que les contaminations se comptent rapidement en milliers par semaine. Au Libéria par exemple, la situation est déjà si critique, que son président a évoqué à la tribune des Nations Unis la possible disparition pure et simple de son pays qui compte aujourd’hui quatre millions et demi d’habitants.

Est-ce qu’on peut commencer Vincent à mesurer et à chiffrer les conséquences économiques de cette épidémie ?

Très difficile bien sûr, sans savoir quand la propagation de ce virus sera stoppée. Même des «petites» épidémies ont des effets considérables dans les secteurs du tourisme, du transport et dans les services. En 2003, l'épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), bien que finalement limitée, avait coûté 40 milliards de dollars à l'économie mondiale. Pour Ebola, le président de la Banque africaine de développement a déjà estimé que l’épidémie devrait couter entre un point et quatre points  de PIB aux pays les plus touchés comme le Libéria, la Sierra Leone ou la Guinée.

Mais entre le rythme de propagation du virus qui s’accélère et la peur panique qu’il propage, c’est une grande partie de l’économie africaine qui menace d’être gravement perturbée. Les premiers signes sont déjà perceptibles : hausse des denrées alimentaires, paralysie du commerce, fermetures des frontières, mesures de restrictions des compagnies aériennes, pénurie de main d’œuvre…

En l’absence de vaccins et d’une mobilisation internationale à la hauteur, c’est une machine infernale qui est en train de s’emballer.

Le paradoxe, c’est que cette épidémie arrive au moment même où l’Afrique connaissait un véritable décollage économique ?

Il y a comme une malédiction africaine. Focalisés par les quelques pays en guerre, nous avons souvent tendance à ne pas voir la puissante mutation à l’œuvre dans une grande partie du continent. Le FMI estime ainsi que la croissance africaine devrait dépasser celle de l’Asie en 2016, le continent devenant alors la région la plus dynamique du monde. L’Afrique, et ses 54 pays, nouvelle frontière de l’économie mondiale : c’est une prévision faite juste avant la réapparition d’Ebola. L’Afrique risque une nouvelle stigmatisation au moment même où le continent vit enfin son décollage économique. L’absence de réelle mobilisation internationale n’est pas seulement une faute, c’est aussi une grave erreur économique.

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