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Le retour des entreprises françaises en Algérie

François Hollande doit se rendre prochainement en Algérie pour une visite officielle. Sur le plan économique, les deux pays se sont réconciliés. De multiples contrats ont été signés ces derniers mois. Comment expliquer ce revirement ?

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 Sur la situation économique de l’Algérie, je peux vous raconter deux histoires, en apparence assez divergentes et pourtant vraies toutes les deux. La première est celle d'un changement soudain : après des années de fâcherie, notamment sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la situation a évolué.

On pourrait imaginer que ce sont les nécessités de la lutte anti-terroriste au Sahel qui ont rapproché les deux pays, ou encore le choix qu’a fait le président Bouteflika de venir se faire soigner régulièrement en France, mais non ! Force est de constater que c’est bien François Hollande qui a changé la donne depuis sa fameuse visite de décembre 2012. Autant ses prédécesseurs avaient un tropisme tunisien ou marocain au Maghreb, autant François Hollande cultive depuis longtemps des relations amicales avec les dirigeants algériens et s’il est un pays où les relations personnelles sont déterminantes, c’est bien l’Algérie du président Bouteflika.

Les entreprises françaises en ont profité.

Oui, les portes se sont soudain ouvertes. Les groupes français ont profité de ce nouveau climat et d’un grand marché prometteur de 40 millions d’habitants. Alstom, Air Liquide, Renault, sans doute bientôt PSA… que ce soit dans le domaine des transports, de l’automobile, de l’ingénierie, des infrastructures, de l’irrigation… les accords se sont multipliés depuis deux ans au point qu’une bonne quinzaine de projets de coproductions industrielles devraient aussi voir le jour. Jamais la France et l’Algérie n’ont entretenu d’aussi bonnes relations économiques.

Mais alors quelle est la deuxième histoire ?

Elle est plus triste. L’Algérie vit sur un volcan. Aux incertitudes très pesantes d’une étrange situation politique où le président n’est quasiment plus visible depuis sa réélection pour un quatrième mandat il y a un peu plus d’un an (en un an, il ne s’est tenu que cinq conseils des ministres), s’ajoute désormais la menace d’une grave crise du système économique de l’Algérie. Voilà un pays assis sur de colossales réserves de pétrole et plus encore de gaz, un pays habité par la rente qui subit de plein fouet la chute vertigineuse des prix de l’énergie. Le pétrole et le gaz assurent 98% des recettes d’exportation de l’Algérie, c’est colossal, c’est 60% de son budget.

C’est dire aussi si la crise atteint le cœur d’un système économique qui est aussi très politique dans un pays dirigé par un clan galonné qui a souvent préféré détourner cette manne à son propre profit que de jeter les bases d’une économie plus diversifiée et surtout plus saine. L’économie algérienne est une sorte de boîte noire où se mélangent subventions, corruption et captations. Et pendant ce temps-là, la jeunesse pousse et se désespère souvent. Plus d’un tiers de la population a moins de 25 ans. C’est dire tout le paradoxe d’un pays à la fois très riche et très pauvre, exactement ce que les économistes appellent: "la malédiction du pétrole".

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