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Le naufrage de la Russie

Si la Chine s’inquiète du ralentissement de son économie, rien à voir avec ce qui se passe en Russie, où là , l’économie s’enfonce littéralement.

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La Russie est en pleine récession. Fini le rebond du printemps dernier, la Russie retrouve le mauvais scénario de l’hiver. Sa monnaie s’est encore effondrée hier après l’annonce des dévaluations chinoises. En deux mois, le rouble a perdu 20 % face au dollar. L’an dernier, la croissance russe avait poussivement atteint les 0,8 %. Et sur un an, le PIB a déjà chuté de 4, 6 %.  Les exportations ont diminué d’un tiers au premier trimestre de cette année. Et les prix s’envolent : + 16 %. Les ventes de voitures ont aussi beaucoup baissé : 36 % de moins depuis janvier. Il y a trois ans encore, c’était le deuxième marché européen après l’Allemagne. La roue a tourné. Il n’y a que le chiffre du chômage qui soit dans le vert, mais pour combien de temps ? La banque centrale russe a eu beau abaisser récemment ses taux directeurs pour soutenir l’économie, ça ne pas suffit pas.

A l’origine de cette dégringolade, le conflit ukrainien... mais pas uniquement

On se souvient des sanctions européennes, on en parlait encore la semaine dernière : avoirs gelés des proches de Poutine en Europe, pas d’investissements européens en Crimée, pas de Mistral non plus. Et puis l’embargo sur nos produits alimentaires, qui fait du tort à l'Union européenne mais aussi aux Russes car du coup, ce qui est rare est cher, les prix se sont envolés. Les classes moyennes et populaires prennent cette crise de plein fouet. Les salaires et le pouvoir d’achat dégringolent.

Et puis il y a bien sur le pétrole. Avec le gaz, c’est l’arme diplomatique de Poutine. La demande mondiale est plus forte que jamais. L’Agence internationale de l’énergie prévoit  une demande supplémentaire de 1,6 million de barils par jour cette année. Cela devrait donc être une aubaine pour les Russes. Et bien non, car il y a trop de stock et les prix chutent parce que l’OPEP a ouvert les vannes, que le gaz de schiste fait de l’ombre et que l’Iran va revenir sur le marché.

Le rôle du secteur bancaire

Imaginez qu’en Russie , on emprunte à 25 % auprès des banques, ça ne donne guère envie d’investir. La Banque centrale avait du remonter ses taux d’intérêt pour faire face à la crise monétaire de décembre. Elle les a rebaissés aujourd’hui mais ça ne suffit pas pour que le crédit circule. A cause de la baisse des salaires, un emprunteur sur cinq est en retard de remboursement, 40 % des cartes bleues sont en retard de paiement et certains ont fait comme les riches grecs : ils ont retiré leurs fonds des banques pour les placer à l’étranger. Les recettes du secteur bancaire ont donc dévissé. Pour assainir la situation, la Banque centrale russe a fermé une dizaine banques en mal de fonds propres. Cela s’arrange doucement et les bénéfices reviennent : on parle d’un miliard et demi d’euros pour l’année en cours, mais c’est 10 fois moins qu’il y a deux ans.

Le rapprochement avec la Chine : un mauvais timing

Certes, la Russie et la Chine ont signé de nombreux accords depuis l’an dernier et notamment sur le gaz. Sur 30 ans, Gazprom devra livrer à la Chine pour plus de 300 milliards de dollars de gaz russe. Mais on ne sait plus si la Chine aura les moyens de ses ambitions demain. Poutine avait misé sur Pékin pour se trouver un autre débouché que l’Europe et financer sa guerre en Ukraine. Est-ce que cela sauvera son économie ? Pas sûr. Pour l’instant en tout cas, cela ne ternit pas son image d’homme fort. Et pour lui, c’est l’essentiel.

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