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Le décryptage éco. Poids-lourds : la ministre des Transports agite à nouveau le spectre d'une écotaxe

 Pour financer l'entretien du réseau routier, la ministre des Transports évoque un dispositif qui ressemble en tous points à la défunte écotaxe. Le décryptage de Fanny Guinochet (L'Opinion).

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Fanny Guinochet (L'Opinion)franceinfoRadio France

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Un portique écotaxe sur l\'autoroute A25 près d\'Armentières (Nord), en 2013.
Un portique écotaxe sur l'autoroute A25 près d'Armentières (Nord), en 2013. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Pour entretenir et moderniser les routes, Élisabeth Borne, ministre des Transports, cherche de l’argent. On peut être surpris des déclarations de la ministre des Transports, dans le Journal du dimanche, dimanche 17 septembre. Elle affirme qu’"il faut trouver une façon de faire payer les poids lourds qui transitent" sur notre territoire. Il n’en faut pas plus pour voir ressurgir le spectre de l’écotaxe.

Un sujet très sensible en France. En 2007, l’Etat prévoyait de taxer les poids lourds sur certains tronçons du réseau routier. Il avait installé des portiques sur les routes, pour détecter des boîtiers embarqués sur les camions et leur faire payer une taxe à chaque passage.

Un "gâchis" dénoncé par la Cour des comptes

L’écotaxe devait entrer en vigueur en janvier 2014, mais après d’importants mouvements des routiers, et notamment face à la mobilisation des "Bonnets rouges", en Bretagne, la taxe a été suspendue en 2013, avant d’être carrément abandonnée fin 2016.

Elisabeth Borne remet le sujet sur le tapis, parce que l’Etat a besoin d’argent. Le budget 2018 prévoit 200 millions en plus, soit au total, près de 2 milliards et demi d’euros pour investir dans le réseau routier, dit la ministre. Mais c’est loin d’être suffisant.

L’écotaxe peut permettre de vraies rentrées d’argent. Si tout s’était bien passé en 2014, elle aurait dû rapporter plus d’un milliard par an à l’Etat. Mais son abandon s’est soldé par d’énormes pertes, plus de trois milliards d’euros. L’Etat a du démanteler les portiques, un vrai "gâchis", selon la Cour des comptes.

Une ligne rouge pour les transporteurs routiers

Au final, ce sont les automobilistes qui ont supporté ce fiasco, car le gouvernement a compensé par une hausse de la taxe sur les carburants. Les grands gagnants sont les poids lourds étrangers, qui ne s’approvisionnent pas en gazole dans l’hexagone.

D’où l’idée d’Elisabeth Borne de remonter au créneau. Mardi, le gouvernement organise des assises de la mobilité. Elles vont durer trois mois et devraient aboutir à un projet de loi sur les transports au début de l’année prochaine. D’ici là, il va y avoir des concertations avec les routiers.

Le problème, c’est que les transporteurs ont déjà prévenu : l’écotaxe est une ligne rouge. Et ils sont déjà chauds bouillants contre les ordonnances qui réforment le Code du travail. Ils appellent d’ailleurs à des mobilisations cette semaine

En même temps, cette taxe sur les poids lourds est perçue comme une solution pertinente, sur le principe du pollueur-payeur. Elle avait été la mesure phare du Grenelle de l'Environnement en 2007. La plupart de nos voisins (l’Autriche, l’Allemagne, la Pologne) ont mis en place des systèmes de ce type. Avec succès. On en est bien loin en France.

Le chiffre du jour. 215 millions de dollars : c’est la recette du film d’horreur Ça, adapté d’une histoire de Stephen King, en seulement dix jours rien qu’aux Etats-Unis. Du jamais vu pour un film d'horreur. Le film sort mercredi 20 septembre en France.

Un portique écotaxe sur l\'autoroute A25 près d\'Armentières (Nord), en 2013.
Un portique écotaxe sur l'autoroute A25 près d'Armentières (Nord), en 2013. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)