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Le décryptage éco. Le gouvernement lance le chantier explosif de la réforme des retraites

Les consultations commencent mardi pour la mise en œuvre d'un système universel par répartition. Le décryptage de Fanny Guinochet.

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Manifestation de retraités à Marseille, le 26 octobre 2017.
Manifestation de retraités à Marseille, le 26 octobre 2017. (BORIS HORVAT / AFP)

Le gouvernement consulte à partir de mardi 21 novembre les partenaires sociaux sur la réforme des retraites promise par Emmanuel Macron. Pour l’instant, on en est juste à la phase de consultation. Emmanuel Macron a nommé Jean-Paul Delevoye haut-commissaire aux retraites. Il va recevoir une à une les organisations syndicales et patronales pour une première prise de contact.

A charge pour Jean-Paul Delevoye de mettre en œuvre la promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Il avait expliqué vouloir remplacer la trentaine de régimes de retraite qui existent en France en un seul système universel par répartition, dans lequel un euro cotisé donnera à tous, les mêmes droits à pension.

Un changement de paradigme

Jusqu’alors, les précédentes réformes s’en étaient tenu à jouer sur les paramètres, c’est à dire qu’elles avaient repoussé l’âge de départ à la retraite, baissé un peu le niveau des pensions, allongé la durée de cotisation, etc. Macron, lui, veut changer de paradigme. Il envisage cette réforme pour fin 2018.

C’est ambitieux mais c’est très sensible. Les dernières grandes manifestations, avec plus d’un million de Français dans les rues, ont eu lieu lors de la réforme des retraites de 2010 menée par Nicolas Sarkozy. Et encore, Nicolas Sarkozy n’avait pas revu les règles de calcul de la retraite des fonctionnaires. Dans la réforme Macron, les fonctionnaires vont être impactés.

Un même système pour tous, cela veut dire qu’on efface les différences entre privé et public. Cela veut dire aussi la fin des régimes spéciaux, ces régimes spécifiques à la SNCF ou à la RATP.

Un déficit persistant

Et il y a un problème d’équilibre des comptes. Ce n’est pas un petit problème, car le passage à un système par points ne va pas effacer le déficit du régime. C’est démographique, la population vieillit et les jeunes sont moins nombreux que les plus âgés. Certes, le conseil d’orientation des retraites (COR) va publier mercredi 22 novembre un rapport qui montre que le déficit des régimes va être moins important que ce que l’on anticipait il y a quelques mois, parce qu’avec la croissance, il y a plus de gens qui travaillent les cotisations rentrent dans les caisses.

C’est une bonne nouvelle, mais ca ne veut pas dire qu’on est tirés d’affaire. Les Français vont de toutes façons devoir faire des efforts, parce qu’en 2020, il manquera encore plus de 2,2 milliards d’euros dans les caisses. Et qu’à moyen terme, le rapport du COR prévoit que les régimes ne reviendront à l'équilibre qu'en 2037. Et encore, si et seulement si la croissance est supérieure à 1,8% par an et que le taux de chômage tombe à 7% à partir de 2032

Donc on ne voit pas comment les gouvernements, quels qu'ils soient, ne seront pas obligés de toucher aux paramètres. Il y a des chances qu’ils repoussent l’âge légal de départ (62 ans en France), ou baissent les pensions, ou la durée de cotisation. C’est un sujet explosif que Macron suit de près.

Manifestation de retraités à Marseille, le 26 octobre 2017.
Manifestation de retraités à Marseille, le 26 octobre 2017. (BORIS HORVAT / AFP)