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Le décryptage éco. Grèce : les risques d'un acharnement européen

L'Europe doit demander à la Grèce de faire encore des efforts financiers. C'est ce qui doit ressortir d'une réunion des ministres des Finances lundi à Bruxelles.

Article rédigé par France Info, Vincent Giret
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Alexis Tsipras, Premier ministre grec, au Parlement à Athènes, le 10 février 2017. (YANNIS KOLESIDIS / ANA-MPA)

Nouvelle inquiétude pour la Grèce : une réunion importante des ministres des Finances de la zone eurose tient lundi 20 février à Bruxelles. Les Européens semblent demander de nouveaux efforts aux Grecs (couper encore dans les retraites et aides sociales) pour débloquer une nouvelle partie du plan d’aide en cours, le troisième depuis 2010. Comme si les Grecs n’en faisaient jamais assez pour convaincre leurs créanciers.

Le paradoxe, c’est que la Grèce commence enfin à aller un peu mieux, l’économie grecque a retrouvé de l’oxygène, elle est enfin sortie d’une longue et terrible récession, selon les premières estimations, la croissance est revenue en 2016, et elle affiche un petit mais positif 0,3%. Et surtout le rebond devrait se poursuivre fortement en 2017, la Commission européenne elle-même pronostique une croissance de 2,7% et même de plus de 3% en 2018.

L’économie se remet donc à tourner. Le gouvernement d’Alexis Tsipras considère qu’il a largement fait sa part du job, en appliquant les mesures d’austérité et de restructuration exigées par les créanciers : réforme du marché du travail, libéralisation du marché de l’énergie, privatisations d’entreprises publiques. Bref, Tsipras veut passer aux choses sérieuses, c’et à dire la renégociation de la dette, une dette grecque qui atteint près de 180 % du PIB et donc chacun sait qu’elle est tout simplement insupportable.

Les créanciers demandent un nouvel effort sur les retraites

Les retraites ont été depuis le début un sujet très sensible dans cette négociation. Il y a bien eu dans le passé, c’est vrai, un système totalement laxiste. Dans certains cas, les Grecs pouvaient commencer à toucher une retraite dès lors qu’ils avaient travaillé seulement 15 ans. Près de 600 professions bénéficiaient d’un régime de faveur qui permettait de partir à la retraite dès l’âge de 50 ans. Certaines professions comme les médecins ou les ingénieurs avaient leur propre régime de retraite mais ne cotisaient pas. On était en plein dans le système clientéliste qui a coulé la Grèce.

Au total, le poids des retraites pesait dans les charges de la nation, aussi lourd en pourcentage que celui de l’Italie ou de l’Autriche, des pays dont l’économie est bien plus puissante. Depuis, cela a été en grande partie corrigé : il y a eu six réformes des retraites, avec des coupes drastiques dans les pensions. Mais surtout, dans ce pays qui a été dévasté par la crise, où il y a encore près 25% de chômeurs, le système de retraite est une sorte de substitut à toute la politique sociale, un ultime filet social de secours. Il y a des familles entières qui ne vivent plus que grâce à la retraite de leurs ainés.

L'Allemagne ne cèdera pas sur la dette

Derrière un débat assez technique sur le niveau de l’excédent budgétaire primaire, demandé à la Grèce, c’est à dire la croissance des recettes publiques, hors charge de la dette, se cache le vieux débat tabou sur la restructuration de la dette. La plupart des pays européens sont prêts aujourd’hui et au nom des efforts déjà consentis à convenir avec les Grecs d’un agenda de renégociation de la dette dès 2017. Mais jusqu’ici l’Allemagne a bloqué : c’est  "non", en raison notamment d’un problème de confiance. Mais surtout parce que les Allemands ne se sont jamais résolus à restructurer cette dette. Cest contraire à leur doctrine, les Allemands ne veulent pas créer de précédent dans la zone euro.

Il y a des élections décisives cette année en Allemagne et le gouvernement d’Angela Merkel ne veut montrer aucune faiblesse qui lui serait immédiatement reproché par ses adversaires.

On en est là : les pays européens sont-ils capables de faire pression sur l’Allemagne et de la faire céder ? C’est tout l’enjeu du moment. Mais il faut le dire : les Européens, globalement, ne sont pas loin aujourd’hui de l’acharnement vis-à-vis de la Grèce. Cela est injuste, inefficace, et surtout cela devient difficilement compréhensible.


Grèce : les risques d'un acharnement européen par franceinfo

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