Le décryptage éco, France info

Le décryptage éco. En Allemagne, un mouvement de grève historique dans l'industrie

En Allemagne, des salariés de l'industrie réclament de passer à la semaine des 28 heures. On croirait rêver dans un pays qui a souvent donné des leçons à la France sur les efforts à faire.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Manifestation d\'ouvriers de la métallurgie pour une hausse des salaires le 24 janvier 2018 à Hamburg, au nord de l\'Allemagne.
Manifestation d'ouvriers de la métallurgie pour une hausse des salaires le 24 janvier 2018 à Hamburg, au nord de l'Allemagne. (DANIEL BOCKWOLDT / DPA)

Les salariés de l’industrie, de la métallurgie, de l’électronique demandent des hausses de salaires, mais aussi une réduction du temps de travail. Le syndicat IG Metall réclame la possibilité de travailler 28 heures dans la semaine, pour ceux qui le souhaitent, avec des compensations salariales. Ces dernières pourraient aller jusqu'à 200 euros. IG Mettal appelle toute cette semaine à des grèves de 24 heures. Ces mouvements vont toucher des entreprises emblématiques comme BMW, Porsche, Siemens. Un mouvement à prendre au sérieux : IG Metall représente à lui seul 4 millions de salariés. L’Allemagne n’a pas connu un conflit social comme celui-ci depuis 15 ans.

Bras de fer avec les patrons

Les directions refusent d'entendre les revendications des salariés. Le pays a pourtant la réputation de bénéficier d'un dialogue social établi, d'une forte culture de la négociation, où l'on arrive à trouver des compromis.

Mais là, c’est le blocage. Les patrons sont prêts à consentir à des hausses de salaire, mais pas au-delà de 4%. Sur le temps de travail, ils ne veulent pas entendre parler d’un passage à 28 heures. Ils craignent des discriminations avec ceux qui resteraient aux 35 heures. Ils ont également peur d’un effet global de la réduction du temps de travail qui, tout à coup, concernerait des milliers de salariés.

Risque d'impact sur l'économie allemande

Pour l’instant, les débrayages qui ont eu lieu dans plusieurs secteurs, comme l'automobile, ont duré à peine quelques heures. Ils n’ont pas trop affecté la production. Mais si le mouvement se durcit, comme cela semble se dessiner, il y aura des répercussions. L’économie allemande tourne à plein régime, avec des carnets de commandes pleins et avec des entreprises qui n’arrivent pas à répondre à la demande, tant elles ont du mal à embaucher. Mais c’est une économie où il y a très peu de stocks. C’est bien parce que le pays a une économie en pleine croissance qu’IG Metall monte au créneau. Le syndicat sait qu’il est en position de force. Après des années d’efforts demandés aux salariés, avec les lois Hartz, il veut récolter les fruits de la croissance. Au début des années 2000, IG Metall avait accepté qu’une partie des salariés de l’industrie travaille 40 heures par semaine pour que les entreprises gagnent en compétitivité.

Des grèves limitées à l'industrie

Pour le moment, on ne voit pas de risque de contagion à d'autres secteurs que celui de l'industrie. À côté des salariés allemands de l’industrie qui ont la possibilité de faire grève, il y a des milliers de travailleurs pauvres, pour qui la question de la réduction du temps de travail est tout bonnement impossible.

Manifestation d\'ouvriers de la métallurgie pour une hausse des salaires le 24 janvier 2018 à Hamburg, au nord de l\'Allemagne.
Manifestation d'ouvriers de la métallurgie pour une hausse des salaires le 24 janvier 2018 à Hamburg, au nord de l'Allemagne. (DANIEL BOCKWOLDT / DPA)