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Le décryptage éco. Emmanuel Macron décidé à instaurer un bonus-malus sur les contrats courts dont le patronat ne veut pas

Le chef de l'Etat s'est invité jeudi à un débat organisé avec des citoyens, à Bourg-de-Péage (Drôme). Il s'y est dit favorable à l'instauration d'un bonus-malus pour limiter le recours aux contrats courts. Le décryptage éco de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Emmanuel Macron à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019.
Emmanuel Macron à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019. (EMMANUEL FOUDROT / POOL / AFP)

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron évoque son intention de mettre en place un bonus-malus sur les contrats-courts, c’est même une promesse de campagne. Jeudi 24 janvier, lors d'un débat à Bourg-de-Péage avec des citoyens, il s'est à nouveau dit favorable à ce dispositif pour limiter le recours aux contrats courts. Il consiste à moduler les cotisations chômage de l'employeur en fonction du taux de rupture de contrats de travail.

Le bonus-malus revient à moduler les cotisations chômage des employeurs selon la durée des contrats qu’ils signent : une entreprise qui embauche des salariés en contrats durable paie moins de charges que celle qui ne fait que des CDD.

L’idée est évidemment d’inciter les employeurs à recruter en CDI, parce que le nombre des contrats courts a quasiment triplé depuis 20 ans Les contrats courts représentent neuf offres d’emploi sur dix.

La bête noire du patronat

Le patronat ne veut pas du bonus-malus et il fait tout pour l’éviter On le voit bien dans le cadre de la négociation assurance chômage qui se tient actuellement entre les syndicats et patronat, c’est le point de friction. Le patronat assure que le bonus-malus pénaliserait l’emploi, freinerait les embauches et qu’il y a des secteurs comme la restauration ou l’événementiel, où le recours aux CDD est obligatoire. Longtemps, Emmanuel Macron a laissé les branches professionnelles trouver des solutions par elles même, justement, en fonction des contraintes des filières. Mais en fait moins d’une dizaine ont joué le jeu et signé des accords pour limiter la précarité.      

Emmanuel Macron a d’ailleurs expliqué à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier, qu’il comprenait ces différences entre les secteurs. Il a souligné que le recours aux CDD pouvait ne pas être le même selon qu'on est dans le bâtiment, dans l'hôtellerie où il y a parfois besoin d'intérim quand il y a un coup de chaud et, par exemple, un secteur comme l'automobile ou l'activité est plus lisse. Mais ça n’empêche : le président a aussi bien expliqué vouloir instaurer une "norme", branche par branche, c’est à dire un curseur, une référence selon la filière d’activité. Et en fonction de cette norme, on pourra dire si l’entreprise est vertueuse ou pas, et on applique le bonus ou le malus. La pénalité ou la ristourne.

Les déclarations à Bourg-de-Péage montrent que le président a bien peaufiné son système. En l’entendant, les syndicats ont dû boire du petit lait. Et le patronat en revanche a du pâlir : cela lui met un coup de pression pour la prochaine séance de négociation de l’assurance chômage qui se tient fin janvier.

Les contrats courts pèsent sur les comptes de l'assurance chômage. Quand les gens sont en CDD, ils alternent des périodes de travail mais aussi des périodes à Pôle emploi et cela a un coût pour l’assurance chômage. Selon la ministre du Travail, Muriel, Pénicaud, c’est 8 milliards d'euros de déficit par an.

Emmanuel Macron à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019.
Emmanuel Macron à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019. (EMMANUEL FOUDROT / POOL / AFP)