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Le décryptage éco. Donald Trump peut-il imposer un nationalisme économique ?

"America first", "l'Amérique d'abord", fut l'un des principaux slogans de la campagne de Donald Trump. Que dit-il du programme économique du nouveau président des Etats-Unis ? Le décryptage de Vincent Giret.

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Donald Trump en campagne dans le Michigan, le 31 octobre 2016. 
Donald Trump en campagne dans le Michigan, le 31 octobre 2016.  (JEFF KOWALSKY / AFP)

L’un des principaux slogans de la campagne de Donald Trump, "America First", "l’Amérique d’abord", laisse penser que le nouveau président des Etats-Unis va défendre le nationalisme économique. Mais Trump n'a pas présenté de programme structuré, ni chiffré. Il est seulement l'auteur d'une suite de déclarations tonitruantes, de postures, d’attaques violentes...En ce sens, cela ressemble à la campagne du Brexit, où l’on avait vu que les partisans du divorce avec l’Union européenne n’avaient pas de plan pour mettre en application leur choix politique. 

Une ambition isolationniste

Si l’on prend au mot Trump et ses déclarations à l’emporte pièce. Il y a bien une continuité, c’est la défense d’un nationalisme économique, la défense très âpre des intérêts américains, la défense donc d’un isolationnisme, et d’un certain protectionnisme.

Première cible, les accords de libre-échange : Trump a accusé le commerce mondial d’avoir provoqué chômage et délocalisations sur le sol américain. Il s’est dit déterminé à renégocier, voire révoquer les grands accords commerciaux existants. Au premier lieu l'Alena (en anglais le Nafta) signé en 1994 par Bill Clinton et qui réunit les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Ensuite, Trump a assuré qu'il ne ratifierait pas le traité commercial avec la zone pacifique (le TPP), tout juste signé par Barack Obama. Cerise sur le gâteau, Donald Trump se dit même prêt, si nécessaire, à sortir de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Trump peut-il vraiment revenir sur les accords de libre-échange ? 

Techniquement rien ne l’en empêche. Mais avec une obligation : tout ce qui concerne la politique commerciale doit passer par le Congrès, c’est la loi américaine. Donc Trump devra convaincre d’abord sa propre majorité, les élus républicains, qui depuis toujours ont été favorable au libre-échange. Comment un président protectionniste va cohabiter avec une majorité favorable au libre-échange ? Quel compromis vont-ils trouver ? Mais comme c’est le cœur du programme Trump, à l’évidence il y a aura au moins des mesures emblématiques et symboliques sur le sujet.

Sa promesse de taxer les produits fabriqués en Chine ou au Mexique est-elle tenable ?

Oui. Durant la primaire du Michigan, Trump avait posé devant une usine de Ford et menacé d'imposer un tarif douanier de 35 % sur toutes les voitures fabriquées au Mexique si Ford y déménageait ses activités. Ce discours a plu aux électeurs de la classe ouvrière. Et lorsque Trump a menacé de contraindre Apple à fabriquer ses iPhone aux États-Unis plutôt qu'en Chine et d’imposer des droits de douane de 45% aux produits chinois, il a aussi marqué des points.Trump peut tout à fait décider d’imposer des taxes vertigineuses aux produits chinois ou mexicains. Au moins à court terme, rien ne l’empêche de mettre ses menaces à exécutions.

Le seul problème, c’est qu’il s’expose aux représailles. C’est la logique même du commerce mondial. Les accords sont négociés, il y a des réciprocités, des compromis pour que les différentes parties en profitent. Si Trump déclare une guerre commerciale à la Chine, les Etats-Unis risquent d'y perdre beaucoup de plumes. C’est tout l’enjeu de la période qui commence : comment Trump peut réussir à réintroduire du rapport de forces dans les négociations internationales, sans se fermer les portes du commerce mondial dont globalement, l’économie américaine a tant profité et profite encore ? Chaque grande zone économique, dont l’Europe, devra serrer les rangs pour se défendre. Et dans tous les cas, la bataille sera rude.

Donald Trump en campagne dans le Michigan, le 31 octobre 2016. 
Donald Trump en campagne dans le Michigan, le 31 octobre 2016.  (JEFF KOWALSKY / AFP)