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Le décryptage éco. Brexit : pourquoi le divorce sera "hard"

Revoilà le  "Brexit", la première ministre britannique Theresa May va participer aujourd’hui à son premier sommet européen. Sait-on ce qu’elle dira à ses partenaires ?

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Theresa May, Premier ministre britannique devant le 10 Downing Street à Londres le 19 octobre 2016.
Theresa May, Premier ministre britannique devant le 10 Downing Street à Londres le 19 octobre 2016. (JUSTIN TALLIS / AFP)

L’échéance est capitale. On sait déjà que Theresa May est attendue de pied ferme par les 27. Les positions des uns et des autres se sont véritablement durcies ces derniers jours. Le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne aura bien lieu, la négociation commencera officiellement au plus tard à la fin du mois de mars, c’est à ce moment là que Theresa May a indiqué vouloir déclencher le fameux article 50 qui lancera donc la procédure de sortie de l’Union. Et tout indique qu’on s’oriente désormais vers un  " Hard Brexit ", c’est à dire un divorce dur, par opposition à un  " soft Brexit , une sorte de séparation minimale en douceur et à l’amiable qui était espérée par beaucoup à Bruxelles, en Allemagne dans l’entourage d’Angela Merkel et aussi il faut bien le dire par les milieux économiques et notamment les entreprises. Vous vous souvenez sans doute que Paris et Berlin n’étaient pas sur la même longueur d’ondes au lendemain du vote surprise des Britanniques. Paris campait sur une ligne dure, et ne cessait d’invoquer des lignes rouges, tandis que Berlin se montrait plus conciliant. Et bien Angela Merkel a désormais totalement rallié le point de vue des Français, et tant pis si le Royaume Uni est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Allemagne.
" Nous allons vers une rupture nette avec le Royaume Uni ", confiait hier un diplomate.

Concrètement comment cela pourrait-il se concrétiser ?

La grande question, c’était de savoir si le Royaume-Uni pouvait à la fois sortir de l’Union tout en gardant un accès libre au grand marché unique européen. Autant ce scénario a été un temps envisagé, sans doute parce qu’il était le plus raisonnable pour les deux parties en terme économique. Mais tout le monde ou presque considère aujourd’hui que les Britanniques ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beure : c’est à dire le divorce, la fin de la liberté de circulation pour les ressortissants européens et, l’accès au grand marché. On ne peut pas découper le projet européen, en prendre que les avantages, en renier l’un des piliers et profiter du grand marché, sinon ce serait ouvrir la voie à d’autres divorces potentiels et véritablement saborder définitivement le projet européen. Comme a dit Donald Tusk, le président du conseil, " Non il n’y aura pas de brexit heureux " et  " Le Brexit sera une perte pour tout le monde ".

Tout ceux qui avaient prévu un énorme choc économique au Royaume-Uni au lendemain du Brexit se sont trompés

Au moins jusqu’ici, l’économie britannique n’est pas entrée en récession, elle résiste même plutôt bien. De toutes les grandes places boursières mondiales, celle de Londres affiche même la plus forte hausse depuis le début de l’année, + 12% à comparer par exemple avec les - 3% de Paris. Mais attention, le plus dur est à venir. Et les ménages britanniques commencent à le voir venir. D’abord la livre s’est effondrée, elle est à son plus bas niveau par rapport au dollar depuis 31 ans. Du coup, tout ce qu’achètent aujourd’hui les Britanniques à l’étranger leur coûtent plus cher, du coup les prix augmentent, et l’inflation fait son retour en force et ça ce n’est pas bon, bien sûr, pour le consommateur. Et si pour les entreprises britanniques, l’accès au marché unique n’était plus libre et gratuit si j’ose dire, alors ce sera un handicap majeur. Il faudra tout renégocier, les droits, les tarifs, les taxes, écrire un nouvel accord, un nouveau deal commercial entre l’Europe et le Royaume-Uni. Autant dire que ce n’est pas seulement un casse-tête mais un énorme défi pour toutes les parties prenantes. Chacun fourbit ses armes. Comme dans un divorce qui tourne mal, en quelque sorte. Et chacun à l’évidence y laissera des plumes.

Theresa May, Premier ministre britannique devant le 10 Downing Street à Londres le 19 octobre 2016.
Theresa May, Premier ministre britannique devant le 10 Downing Street à Londres le 19 octobre 2016. (JUSTIN TALLIS / AFP)