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Le décryptage éco. Après l’échec des négociations sur l’assurance chômage, à quoi les demandeurs d’emploi doivent-ils s’attendre ?

Patronat et syndicats n’ont pas réussi à se mettre d’accord mercredi sur la réforme de l’assurance chômage. Le gouvernement va reprendre la main. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Syndicats et patronat se sont réunis au Medef à Paris en vue des négociations sur la convention d\'assurance chomage, le 20 février 2018.
Syndicats et patronat se sont réunis au Medef à Paris en vue des négociations sur la convention d'assurance chomage, le 20 février 2018. (MAXPPP)

Après l'échec des négociations mercredi 20 février entre le Medef et les syndicats sur la réforme de l'assurance chômage, beaucoup craignent de voir les droits des chômeurs rognés. Le gouvernement veut réformer le système, le rendre plus efficace, mieux aider les demandeurs d’emploi à retrouver un job. Mais il ne s’en cache pas, il veut aussi faire des économies : plus d’un milliard d’euros par an.

Du coup, il faut s’attendre à des changements importants dans les règles d’indemnisation. Par exemple, des modalités plus strictes pour les deux millions de d’inscrits à Pôle emploi qui cumulent indemnité chômage et travail à temps partiel, mais aussi le plafonnement des allocations chômage de ceux qui ont des hauts salaires. Le système français est un des plus généreux au monde. En coulisses, plusieurs membres du gouvernement ne cachent pas leur agacement de voir des cadres au chômage toucher plus de 6 000 euros mensuels alors que pour eux, c’est le quasi plein emploi.

Il y a aussi des changements potentiels du côté des ruptures conventionnelles, ce système de séparation à l’amiable. Des députés de la majorité estiment qu’elles sont dévoyées et qu’elles pèsent sur l’assurance chômage. Il faut aussi s’attendre à plus de contrôles des chômeurs. Bref, les pistes sont nombreuses. 

Les contrats courts au cœur du débat

Le gouvernement veut pousser les entreprises à embaucher plus en CDI qu’en CDD. La précarité excessive du marché du travail pèse jusqu’à huit milliards d’euros par an sur le système. Aujourd’hui, un tiers des CDD ne dépasse pas une journée. Le problème : c’est sur la façon de limiter l’utilisation de ces contrats courts que, précisément, les syndicats et le patronat ont buté mercredi. Les employeurs ne veulent pas d’un "bonus malus" sur les contrats qui consiste à appliquer des cotisations élevées pour les entreprises qui embauchent en contrats courts et, au contraire, récompenser celles qui signent surtout des CDI.

Le gouvernement pourrait mettre en place ce bonus malus. Emmanuel Macron l’a promis et c’était même un engagement de campagne. Va-t-il l’appliquer et risquer de se mettre le patronat à dos ? Risquer de freiner la baisse du chômage, car les employeurs expliquent que le bonus malus va limiter les embauches et pénaliser des secteurs entiers de l’économie ? En pleine crise des "gilets jaunes", jusqu’ou va-t-il durcir des droits des chômeurs sans risquer d’aggraver la contestation sociale ? L’exécutif a décidé de se laisser un peu de temps avant de dévoiler sa réforme. En attendant, les règles actuelles de l’assurance chômage s’appliquent encore jusqu’à juin 2020. 

Syndicats et patronat se sont réunis au Medef à Paris en vue des négociations sur la convention d\'assurance chomage, le 20 février 2018.
Syndicats et patronat se sont réunis au Medef à Paris en vue des négociations sur la convention d'assurance chomage, le 20 février 2018. (MAXPPP)