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Le décryptage éco. Affaire Cambridge Analytica : Facebook dans la tourmente

La société britannique Cambridge Analytica est accusée d'avoir récupéré les données personnelles de 30 à 50 millions d'utilisateurs de Facebook. Le décryptage de Fanny Guinochet.

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Une photographie du logo Facebook prise le 21 novembre 2016.
Une photographie du logo Facebook prise le 21 novembre 2016. (JUSTIN TALLIS / AFP)

Une nouvelle affaire met dans l'embarras Facebook. La société britannique Cambridge Analytica est soupçonnée d'avoir récupéré les données d'utilisateurs du réseau social. Entre 30 et 50 millions d'utilisateurs de Facebook seraient concernés, sur les 2 milliards que compte le réseau social. L’enquête est réalisée par le New York Times et The Observer. Elle a révélé que l'entreprise Cambridge Analytica, société privée de communication stratégique et d'analyse de données, aurait récupéré des données personnelles sur le réseau Facebook sans en avertir les utilisateurs.

L’entreprise s'en serait servi pour élaborer un logiciel dans le but de prédire et d'influencer le vote des électeurs. La collecte se serait faite via une application proposée sur Facebook , "thisisyourdigitallife", qui proposait un test pour nourrir une étude académique. Ce test était rémunéré et comportait un questionnaire. Conséquence : un très grand nombre d’informations personnelles ont été ainsi récupérées, telles que les contacts des utilisateurs, la localisation, la liste d’amis, les likes, les partages. La société Cambridge Analytica (CA) nie "fermement" ces accusations.    

Des répercussions économiques

La sanction a été immédiate sur le cours de la Bourse. L'action Facebook a chuté de presque 7% , lundi 19 mars à Wall Street, soit une perte estimée à 30 milliards de dollars en quelques heures. La société créée par Mark Zuckerberg dit avoir suspendu Cambridge Analytica. Mais le réseau social perd en crédibilité, alors qu’il avait déjà été accusé pendant la campagne américaine d’avoir servi les intérêts de Moscou. L’affaire Cambridge Analytica pourrait entraîner une baisse de trafic. Pour l’instant, les annonceurs qui font vivre Facebook, n’ont pas réagi mais il est possible qu’ils retirent leurs publicités sur le réseau et qu’ils revoient leurs investissements.  

Les réseaux sociaux décrédibilisés

Pour le moment, seul le réseau social Facebook est accusé. Mais cette affaire affecte déjà d’autres réseaux sociaux – Facebook entraîne dans son sillage Twitter et Snapchat – ou encore Google et Amazon. Eux aussi ont perdu de la valeur à Wall Street. L’effet domino se fait déjà sentir. Les bourses européennes ont fortement dévissé lundi 19 mars. Cela entache le sérieux et la capacité de ces réseaux sociaux à sauvegarder des données personnelles. Le risque pour ces entreprises est que les régulateurs institutionnels renforcent leur surveillance.

Des incidences politiques

Cette histoire a également des conséquences politiques. Cambridge Analytica est une entreprise britannique financée en partie par le milliardaire américain ultra-conservateur Robert Mercer. C’est l'un des principaux donateurs du Parti républicain. Selon The Observer, l'entreprise a même été dirigée par Steve Bannon, un des proches conseillers de Donald Trump, considéré comme l'artisan de la victoire électorale du candidat républicain récemment évincé de la Maison Blanche.

Cambridge Analytica est aussi connue pour avoir fourni, pendant la campagne du groupe pro-Brexit, Leave.EU, des solutions de collectes de données et de ciblage d'audience. Lundi, plusieurs démocrates américains, membres du congrès ont demandé des comptes à Facebook. L'Union européenne a également demandé des clarifications.    

Une photographie du logo Facebook prise le 21 novembre 2016.
Une photographie du logo Facebook prise le 21 novembre 2016. (JUSTIN TALLIS / AFP)