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L’accueil des migrants en Allemagne : stratégie économique ?

Angela Merkel est en première ligne dans la crise des migrants, l’Allemagne pourrait accueillir cette année quelque 800.000 demandeurs d’asiles. On dit souvent que la générosité allemande s’explique d’abord par des importants besoins de main d’œuvre pour l’économie. Est-ce exact ?

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Résumer l’exceptionnelle politique d’accueil des migrants et réfugiés par l’Allemagne aux seuls intérêts économiques, à une sorte de cynisme économique, serait très exagéré et même assez scandaleux , mais dire qu’il n’y a pas de considérations économiques serait tout simplement mensonger.

La vérité, c’est que l’Allemagne est un pays d’immigration depuis plusieurs décennies, et qu’elle est même devenue depuis 2013 la deuxième destination de l’immigration dans le monde, derrière les Etats-Unis. Il y a dans ce pays une véritable culture de l’accueil, chaque camp politique y a d’ailleurs ajouté sa pierre, et depuis quinze ans, des centaines de mesures ont été prises pour favoriser l’intégration des étrangers, à commencer par la réforme du code de la nationalité, en passant du droit du sang au droit du sol pour faciliter l’acquisition de la nationalité allemande. Il y a en Allemagne des "cours d’intégration" qui passent par l’apprentissage de la langue, et aussi une politique intransigeante et permanente de lutte contre la xénophobie et le racisme. 

Reste que l’Allemagne vit une sérieuse crise démographique…

Oui, c’est tout à fait exact. L’Allemagne est aujourd’hui peuplé de plus de 80 millions d’habitants, soit une quinzaine de millions de plus que la France, mais la dénatalité va entrainer une baisse rapide et importante de la population et un vieillissement nettement plus prononcé qu’en France. D’ici 2060, l’Allemagne pourrait même perdre 15 millions d’habitants. Cette situation pose de multiples défis : si les Allemands veulent garder leur niveau de vie, financer leurs retraites et les dettes du pays, maintenir la capacité productive et la puissance de leur économie, ils vont avoir besoin de bras et de têtes bien faites. Dans un pays où le chômage est à son plus bas, en dessous de 5%, plus d’une entreprise sur cinq embauche déjà de la main d’œuvre par delà les frontières, des ingénieurs, des médecins, des informaticiens, des personnels soignants. Berlin a même dressé une liste de 18 secteurs pour lesquels l’accès est facilité, notamment dans les métiers de l’industrie comme la mécanique, ou la chimie et mène des campagnes publicitaires à l’étranger pour vanter les mérites de l’Allemagne et de son économie.

L’Allemagne a donc développé une politique d’immigration choisie…

Oui, ça ne l’empêche pas de se montrer généreuse dans l’accueil des réfugiés, mais l’Allemagne assume chercher des profils précis et souvent qualifiés. Plus de la moitié d’entre eux viennent d’ailleurs des pays de l’union européenne. Et cette cause nationale est assez largement consensuelle en Allemagne, le grand quotidien populaire, la Bild Zeitung, mène par exemple campagne pour l’accueil de réfugiés et dans les stades de football, sur les banderoles de supporters, on a pu lire ce week end des mots chaleureux d’accueil pour les réfugiés. Il y a même dans ce pays des concours pour récompenser les meilleures entreprises créées par des migrants. L’Allemagne, Si loin, si proche… disait dans l’un de ses merveilleux films, le cinéaste Wim Wenders.

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