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La Russie vend son gaz aux enchères

Il est question de Gazprom, le gazier russe qui vend son gaz aux enchères depuis lundi, et pour la première fois de son histoire.

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Gazprom , l’arme diplomatique de Poutine , le fournisseur d’un tiers du gaz européen a cassé ses propres codes. Depuis trois jours, l’entreprise vend une partie de sa production aux enchères. Au lieu des contrats à long terme qu’elle avait l’habitude de passer comme au bon vieux de l’URSS, Gazprom créé donc un embryon de bourse russe du gaz où elle vend un peu plus de trois milliards de m3 , moins de 1 % de ce qu’elle exporte dans le monde et qui sont destinés à notre marché ouest européen. C’est un début. Presqu’un test. Alors, des bourses du gaz il y en a d’autres, notamment en Europe, comme il y a déjà des bourses de l’électricité. Mais le fait que l’entreprise change de stratégie montre qu’elle est a un tournant de son histoire et face à un choix : devenir poids lourd mondial ou rester le bras armé du pouvoir russe.

Ca montre aussi que dans le domaine de l’énergie la concurrence est rude

Et que gazprom perd des part de marché. Au premier trimestre de cette année, en l’europe de l’ouest et en volume vendu, le russe s’est fait doubler par la Norvège qui a aussi récupéré ses marchés en Ukraine depuis le gel des livraisons russes. Ça ne gaze plus si fort  chez Gazprom. Tout joue contre le géant russe. Le prix du pétrole sur lequel étaient indexés ses contrats à long terme et le rouble dégringolent ont divisé son bénéfice par sept ans en un an. Deux de ses chantiers sont en sommeil , un chantier de production dans l’extrême orient russe et le gazoduc Turkstream. Gazprom doit aussi faire face à la montée en puissance des énergies renouvelables, du gaz liquide qui se transporte par camion ou bateau et sans gazoduc, et faire face à l’explosion du gaz de schiste américain qui bouleverse le marché de l’énergie. Bref, l’entreprise à la papa, c’est fini, faut bouger.

Gazprom a besoin du marché européen mais avec Bruxelles les relations sont mauvaises

Ben oui, l’Europe qui a bloqué le projet de gazoduc vers le sud dans le cadre des sanctions dans la crise ukrainienne, accuse aussi Gazprom d’abus de position dominante. L’entreprise risque une amende de neuf milliards d’euros, 10 % de son chiffre d’affaire. Moins agile que google, le mastodonte n’a pas encore pris l’initiative de séparer ses activités. Cela dit, l’avenir est encore serein pour l’entreprise russe, la demande de gaz est en augmentation dans le monde, il reste la conquête du marché asiatique et l’Europe ne peut pas encore se passer de son gaz. Malgré les tensions russo-européennes, Gazprom vient de s’associer avec les principaux fournisseurs d’énergie de l’Union pour renforcer le gazoduc Nordstrean sous la Baltique. Mais, avant la crise de 2008, Gazprom pesait 300 milliards de dollars en Bourse et visait très haut, elle ne vaut aujourd’hui que 50 petits milliards. Alors question, est-ce l’amorce du déclin ? A suivre.

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