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La France ne fera pas 21 milliards d'économies budgétaires en 2015

Michel Sapin vient d’annoncer à la surprise générale que la France ne ferait pas les 21 milliards d’économies budgétaires prévues pour l’an prochain. On vient de tirer le signal d'alarme.

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Il prévient les Français mais aussi nos partenaires européens et la Commission de Bruxelles, que contrairement aux engagements que la France avait pris solennellement devant ses partenaires, elle ne fera pas la totalité des économies promises en 2015 et laissera à nouveau s’envoler son déficit public. L’objectif de la France, je vous le rappelle, c’était un déficit de 3,8% en 2014 et de 3% en 2015. Objectif aujourd’hui totalement inatteignable.

Mais comme la croissance a disparu, la France pouvait-elle faire autrement ?

Michel Sapin a effectivement de vrais arguments : l’économie française est en panne, le moteur est à l’arrêt, l’investissement est en berne. Les rentrées fiscales ne sont pas au rendez-vous, pénalisée par une inflation anormalement faible qui change la donne. C’est une calamité. Faire 21 milliards d’économie dans ce contexte, Michel Sapin dit qu’il ne sait pas faire, et dit aussi qu’il ne veut pas faire. Il se garde bien de donner un nouveau chiffre. Et il s’en remet à l’Europe.

 A-t-il raison, et est-ce que nos partenaires européens vont se montrer compréhensifs ?

Il y a deux écoles: Il y a d’abord ceux qui donnent raison à Michel Sapin : ils s’abritent derrière le président de la Banque centrale européenne, qui lui même, a reconnu dans une déclaration qui a fait grand bruit, que dans ce contexte de stagnation et peut-être même demain de déflation, la politique monétaire ne pouvait pas faire de miracle et que les politiques budgétaires des pays de l’euro devaient être moins rigoureuses pour éviter l’embolie générale. Bref, la France aurait ainsi implicitement un feu vert pour différer ses efforts. Mais il y a une autre école et je crains qu’elle soit plus près de la vérité : Ce n’est pas à la France auquel pensait le patron de la banque centrale de l’euro, Mario Draghi quand il évoquait la nécessité de relâcher l’effort budgétaire, mais à des pays comme la Grèce ou l’Espagne, des pays saignés par l’austérité, ou encore à l’Allemagne, qui, pour le coup, a avoir de réelles marges de manœuvre. Non, la France avait obtenu un délai de deux ans pour remettre en ordre ses comptes publics en échange de la promesse de réformes structurelles, d’une diminution de sa dépense publique, bref d’une vraie réforme de l’Etat. Et une fois encore, elle ne tiendra pas parole. C’est sa crédibilité qui est à nouveau abimée.

Mais François Hollande avait promis de réaliser 50 milliards d’économies sur trois ans, d’ici 2017. Va-t-il les faire ?

C’est bien mal parti, en tout cas. La France devait économiser 21 milliards en 2015 sur une dépense totale de 1208 milliards d’euros. Soit une économie bien modeste de 1,75%.

Nos partenaires vont penser que cela ne semblait pas la mer à boire, surtout quand on sait l’ampleur des efforts qu’ils ont, eux, accomplis ces dernières années rétablir leurs comptes publics. On n’aimerait pas être à la place de Michel Sapin dans trois semaines à Bruxelles.

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