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La France a du mal à réduire ses déficits

Michel Sapin vient de confirmer sur notre antenne l’envolée du déficit public. Pourquoi la France semble avoir tant de mal à réduire ses déficits alors que la plupart de nos voisins y parviennent ?

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C’est une question qui taraude tous nos partenaires européens ; dès hier, les propos de Michel Sapin ont d’ailleurs provoqué un tollé à Bruxelles, la Commission exigeant que la France, je cite, prenne «des mesures crédibles», sous-entendus, celles annoncées ne le sont pas. Ça fait des mois que Bruxelles et nos partenaires doutent de la volonté de la France de tenir ses engagements. Pour réduire un déficit, La Palice aurait dit une vérité toute simple : il faut moins dépenser.

Michel Sapin a confirmé ce matin que le gouvernement irait jusqu’au bout des 50 milliards d’économies promis par François Hollande d’ici 2017, à commencer par les 21 milliards prévus en 2015. Il a raison de dire que c’est à la fois un effort historique : jamais un gouvernement, même de droite, sous la Vème république n’a engagé de telles coupes dans les dépenses publiques, et il faut en même temps constater que l’effort demeure bien modeste, rapporté aux 1208 milliards d’euros que l’Etat va dépenser en 2014.

Mais ça fait plusieurs décennies que les gouvernements, en France, promettent de réduire la dépense publique par des réformes de l’Etat ?

En parole, oui, beaucoup s’y sont essayé, tous se sont cassés les dents. A droite, quand Alain Juppé avait voulu réformer d’un même élan, le système de retraites et la Sécurité sociale, il avait du capituler sous la pression de la rue. A gauche, c’est Michel Rocard qui fut à la fois le plus lucide et le plus précoce dans le diagnostic et le plus ambitieux. Premier ministre de François Mitterrand, il annonce le 24 février 1989 – c’était il y a 25 ans - « un immense chantier », qu’il veut mener tambours battants en 30 mois pour « déverrouiller la France » : il affirmait que « la fonction publique était le grand blocage de la société française ». Et puis patatra, le grand projet de Michel Rocard s’est effondré. En cause : la résistance des fonctionnaires, le double jeu de François Mitterrand et la renaissance de sa propre ambition présidentielle. Dix ans plus tard, Dominique Strauss-Kahn a semblé vouloir reprendre le flambeau : alors ministre des finances de Lionel Jospin, il déplore l’affaiblissement de l’Etat. Et dans un discours à Bercy que j’ai exhumé, DSK dit ceci à ses hauts fonctionnaires : « Voir disparaître petit à petit cette capacité de l’Etat à être efficace serait, j’en suis sûr, pour nous tous, une manière de nous effondrer en nous mêmes ». Quelques mois plus tard, DSK, mis en cause dans l’affaire de la Mnef doit démissionner et la réforme de l’Etat disparaît de l’agenda de Lionel Jospin : rétrospectivement, on peut penser que ce fut une énorme occasion manquée et une faute politique : la croissance était alors florissante, c’était le moment où la réforme aurait été plus facile et moins douloureuse.

Certains responsables politiques avaient donc diagnostiqué le problème, ils ne l’ont pas résolu, mais les Français ont aussi beaucoup résisté à cette évolution

Oui. Pour une raison sans doute très profonde, qui tient à l’histoire et à la manière dont la France s’est constituée autour de son Etat. Toucher à l’Etat, c’est toucher à la représentation que les Français se font d’eux même. C’est cette singularité aussi qui a empêché la France de faire les réformes que tous les grands Etats modernes dans le monde, ont réalisé avant nous.

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