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La descente aux enfers du Brésil

Tension maximum au Brésil, c’est demain que la chambre des députés commencera à voter sur la destitution de la présidente Dilma Rousseff, sur fond de chaos économique…

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Le Brésil vit une histoire absolument dramatique. C’est toute une espérance, celle d’une vie meilleure pour les 204 millions de Brésiliens qui est en passe de partir en fumée. Pour bien comprendre la nature du drame qui se joue là-bas, il faut se souvenir de ce qu’était la situation du Brésil il y a seulement cinq ans. Après un cycle exceptionnel de développement, le Brésil s’affirmait comme une nouvelle grande puissance. Il était devenu l’exemple même de ce que la mondialisation peut faire de mieux : comme dans un rêve, 26 millions de Brésiliens étaient sortis de la pauvreté, une forte classe moyenne de plus de 100 millions de personne émergeait enfin, la croissance était arrogante, chacun pouvait espérer et même constater que sa situation personnelle s’améliorait d’année en année. Le Brésil était devenu un cas d’école, expliqué dans tous les cénacles de la mondialisation. Oui, on pouvait sortir de la pauvreté, oui, une ouverture bien comprise au commerce international et aux investissements étrangers pouvait participer au décollage économique d’un grand pays. Le Brésil avait aussi son héros charismatique, son mythe de la gauche latino, Lula da Silva, l’ancien ouvrier métallurgiste, le fondateur du parti des travailleurs, devenu président de la République. Au moment où Lula quitte le pouvoir, sous les applaudissements, le Brésil rêve même à voix haute d’un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, une place parmi les plus grandes puissances du monde.

Pourquoi tout cela n’a pas tenu ?

Pour de multiples raisons. D’abord, les vents sont devenus moins favorables : il faut d’ailleurs dire, même si on ébrèche ainsi la légende, que Lula avait largement profité de la politique de son prédécesseur libéral et d’une période bénie pour l’économie brésilienne. Avec l’arrivée au pouvoir de sa protégée Dilma Rousseff commence une tout autre histoire. La chute mondial des prix des matières premières, la dégradation des finances publiques et le dérapage de l’inflation contraignent la présidente à mener une politique d’austérité très mal pilotée. La classe moyenne déchante, au moment même où les scandales de corruption éclaboussent presque toutes les élites brésiliennes et tout particulièrement le parti de Dilma Rousseff, jusqu’à Lula lui même. Le consensus vole en éclat, les investisseurs prennent peur, la devise nationale s’effondre. Et c’est la descente aux enfers.

Aujourd’hui que peut-il se passer ?

Quelque soit le résultat du vote sur la destitution de la présidente, , tous les experts disent qu’il faudra au moins cinq ans au Brésil pour se sortir de ce drame économique et politique. Je ne veux pas vous assommer de chiffres à une heure pareille, mais tous les indicateurs que j’ai regardés sont dans le rouge : la récession s’aggrave, l’inflation galope, la consommation est en berne. Pire : le fameux coefficient « Gini » qui mesure les inégalités est remonté pour la première fois depuis quinze ans. Cet indicateur est à lui seul le symbole du chaos économique et politique que subit la neuvième économie mondiale. Au début du XXème siècle, Georges Clémenceau avait eu cette prédiction cruelle "Le Brésil est un pays d'avenir qui le restera". Les faits sont en train de lui donner raison.

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