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La Catalogne incarne la reprise de l’économie espagnole

Victoire des indépendantistes catalans hier soir, ils obtiennent la majorité des sièges au Parlement régional. Est-ce qu’une indépendance de la Catalogne aurait du sens économiquement ?

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En fait, l’économie a été vraiment au cœur de la campagne des différents partis, et particulièrement des deux partis indépendantistes. D’abord, il fait dire le poids économique de la Catalogne, c’est la région la plus riche et la plus puissante d’Espagne, elle pèse presque 20% du Pib national. Elle a beaucoup mieux résisté à la crise que les autres régions. Elle est forte de ses industries automobile, chimique, agroalimentaire. C’est aussi la première destination touristique du pays. Et aujourd’hui, la Catalogne incarne la nette reprise de l’économie espagnole dont la croissance est de plus de 3% cette année. Mais justement, la Catalogne estime avoir trop payé pour les autres, les autres c’est à dire les régions les plus pauvres ou les plus fragiles comme l’Andalousie par exemple. Les indépendantistes avaient fait leurs calculs, si la Catalogne avait été indépendante, elle aurait bénéficié de seize milliards de plus dans son budget, en refusant les transferts vers les autres régions, et les impôts qu’elle paye à l’Etat, elle aurait ainsi pu éviter l’austérité de ces dernières années, augmenter même les retraites de 10% et rembourser sa dette en quatre ans. Bref, la Catalogne serait une sorte de Suisse en Europe.

Mais ces chiffres sont crédibles ? 

Ils sont pour le moins contestables. Il faut bien reconnaître qu’il y a eu beaucoup de démagogie pendant cette campagne. Ces 16 milliards de plus sont très approximatifs et un peu sortis de nulle part. Et surtout, les indépendantistes n’ont pas inclus dans leurs calculs, tout ce que coûterait la création d’un véritable Etat, et plus encore, ce que coûterait une éventuelle sortie de l’euro. Plusieurs chefs d’entreprise catalans sont d’ailleurs sortis de leur silence pendant la campagne pour dire le danger pour leurs entreprises, pour leurs salariés, pour l’emploi et pour le financement de l’Etat providence qu’entraînerait une telle sécession.

Mais on le sent bien, il y a en Europe, une tentation de sécession de régions parmi les plus riches de l’Union…

Oui, et c’est doute l’un des paradoxes de la mondialisation. La tentation du repli sur soi gagne les régions les plus riches. La Catalogne, l’Ecosse, l’Italie du Nord ou le pays basque espagnol. Même en Allemagne, les landers les plus riches, comme la Bavière et la Hesse, estiment payer trop pour les autres et veulent revoir les mécanismes de transferts. Même les systèmes fédéraux craquent. Il y a comme une fragmentation des nations, un nouvel égoïsme, les régions les plus riches rechignent à jouer le jeu de la nation. Les liens se délitent avec une nouvelle idéologie du local, du "Small is beautiful", de l’autonomie, et d’un consentement à l’impôt qui s’est abîmé un peu partout. Aux traditionnelles aspirations identitaires bien connues s’agrègent désormais des revendications économiques et surtout financières. C’est un autre des défis qui pèsent sur l’Europe, qui n’en manquent pas dans cette période de tensions. Nous assistons à un malaise grandissant entre les territoires et les nations. Et c’est très préoccupant.

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