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L'Asie sous la menace d'une crise boursière

Mercredi noir sur les marchés asiatiques, on a l’impression que le spectre de la crise financière hante à nouveau les places boursières. Pourquoi y a-t-il tant de nervosité ?

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Vincent GiretRadio France

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 Alors qu’en Europe, nous étions obnubilés par cette crise grecque qui n’en finit plus, on découvre qu’il souffle comme un vent de panique sur les marchés asiatiques. Toutes les bourses ont dévissé à l’ouverture des marchés, dans la nuit de mardi à mercredi : -4% à Hong-Kong, -4% à Shanghai, -2% à Tokyo. 1.300 compagnies ont même suspendu leurs cotations, près de la moitié de la cote à Shanghai. Cette extrême nervosité a en fait commencé il y a quelques semaines : la bourse de Shanghai a ainsi perdu le quart de sa valeur depuis la mi-juin. Ca commence à ressembler à un krach.

Et ce qui inquiète plus encore, c’est que cette baisse continue en dépit d’une réplique au bazooka du gouvernement chinois, qui a décrété une suspension des introductions en bourse, multiplié les baisses de taux en quelques jours et mène une politique "ultra-commandante", comme disent les banquiers : la banque centrale chinoise injecte massivement de l’argent pour tenter de sauver les marchés d’action de Shanghai. La Chine a même mis en place un fonds souverain de stabilisation boursière, c’est dire si la menace de l’explosion d’une bulle est prise au sérieux. Il faut rappeler qu’on nage en plein irrationnel : la bourse de Shanghai avait progressé de 150% en un an.

Sur le fond, d’où vient ce vent de panique ?

Il vient des déséquilibres profonds et structurels de l’économie chinoise. La deuxième économie mondiale a carburé à folle allure pendant de longues années avec un taux de croissance autour de 10%, mais cette phase de fou rattrapage est terminée. Le grand tournant s’est effectué en 2012, et depuis la Chine tourne autour de 7% de croissance, elle ralentit donc brutalement et surtout, elle change de modèle de développement, désormais plus axé sur la consommation. Elle ne veut plus être seulement l’atelier du monde, mais s’affirmer comme le grand marché du monde. Cette ambition ne s’accomplira pas en un jour, ni sans soubresaut.

Les marchés anticipent un ralentissement plus fort qu’annoncé. Sous la pression de la hausse des salaires, la compétitivité s’est déjà dégradée. Certains secteurs se retournent clairement, comme la construction qui avait dopé l’activité pendant des années au point qu’une gigantesque bulle financière s’était développée, alimentée par une dette colossale avec des prêts très risqués. Cela ressemble un peu aux subprimes américains.

Ces déséquilibres en Chine peuvent-ils avoir un impact sur la croissance mondiale ?

Certainement, d’ailleurs c’est déjà fait. La contribution de la Chine au commerce mondial a déjà diminué, et comme la demande est moins forte, les marchés de matières premières, très dépendants de l’appétit chinois décrochent également.

Est-ce-que tout ça peut déboucher sur une nouvelle crise financière mondiale ? La plupart des experts, bien qu’inquiets du niveau de la dette chinoise, s’accordent à penser que cet immense pays a encore assez de ressources pour piloter le ralentissement de son économie. Cependant, ça peut, ça va même tanguer sérieusement.

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