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Etats-Unis : la fin du cycle libéral ?

Petite révolution dans l’Etat de Californie : les élus locaux et responsables syndicaux ont annoncé hier une augmentation de 50% du SMIC, qui va passer de 10 à 15 dollars de l’heure. Et c’est un mouvement qui pourrait suivre dans d’autres Etats.

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S’il fallait un nouveau signe qu’il se passe bien quelque chose de très intéressant aux Etats-Unis, le voici ! Ce pays est désormais taraudé par les inégalités, beaucoup d’Américains se plaignent d’une très longue stagnation de leur pouvoir d’achat, pendant même plusieurs décennies, et de la persistance de travailleurs pauvres, et cela malgré le rebond de la croissance et le quasi plein emploi et alors que la fortune des très très riches, elle, n’a cessé d’augmenté. Du coup, les syndicats de l’Etat de Californie ont mis la pression sur les pouvoirs publics et menacé d’organiser un référendum sur cette forte hausse du smic, avec un résultat très prévisible. Les autorités ont senti le vent de la menace, et ont donc préféré négocier : cette hausse de 50% sera certes étalée jusqu’en 2022, mais certaines villes pourront aller plus vite. San Francisco sera ainsi la première ville américaine où le salaire minimum de 15 dollars entrera en vigueur dès le 1er juillet 2018.

Cette victoire est aussi à mettre en relation avec les succès de ces derniers jours de Bernie Sanders, à la primaire démocrate…

Oui, s’il est un candidat qui fait vraiment campagne contre le scandale des inégalités, c’est le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, le challenger d’Hillary Clinton. Peu avaient parié sur la solidité de Sanders, âgé 72 ans et qui se définie lui-même comme "socialiste", dans un pays où ce mot est a priori un véritable épouvantail. Mais Sanders est toujours dans la course et vient de remporter les trois Caucus de l’Alaska, d’Hawaï et de l’Etat de Washington. L’écart se resserre donc entre les deux postulants démocrates, même si Hillary Clinton conserve encore une belle longueur d’avance.

Cette hausse sensible du smic, comme ces victoires de Sanders, s’expliquent par un mouvement de fond, qui monte depuis plusieurs années et annonce le retournement d’un grand cycle politico-économique. Le fond de l’air est tout d’un coup beaucoup plus favorable à l’intervention de l’Etat, qu’il soit local ou fédéral pour corriger les excès, protéger les plus faibles, lutter contre la pauvreté, mieux réguler la finance, taxer les plus riches, bref pour remettre un peu plus d’égalité et d’équité dans le système américain. Cette aspiration d’une partie importante de la population est très nette parmi les jeunes générations, où Sanders est même souvent majoritaire. Ces Américains-là veulent refermer un long cycle ouvert avec Ronald Reagan, un cycle libéral, de dérégulation tous azimut de l’économie et de la finance. Un long cycle de près de 40 ans, où les Américains ont fait une confiance un peu aveugle au seul marché, à l’hyper concurrence, à l’unique responsabilité individuelle. C’est donc un retour du balancier idéologique qui est à l’œuvre dans une partie au moins de l’Amérique. Ce mouvement n’a d’ailleurs pas échappé à Donald Trump qui prône lui aussi, à sa manière, un interventionnisme certes foutraque, mais tous azimuts. Sur la longue durée, les Américains auront donc alterné de longues périodes où le rôle de l’Etat dans l’économie s’est imposé, élargi et renouvelé, avec des cycles contraires de fortes dérégulations. C’est aussi cette histoire là qui se trame derrière les élections américaines beaucoup plus passionnantes qu’il n’y paraît parfois.

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