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Décryptage éco. Le bras de fer entre les géants du net et Bruno Le Maire est engagé

Google a assuré mercredi que ses pratiques commerciales étaient "conformes à la législation française", après avoir été mis en cause avec Apple par le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire. 

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Emmanuel Macron et Sundar Pichai, le PDG de Google, à Versailles, le 22 janvier 2018.
Emmanuel Macron et Sundar Pichai, le PDG de Google, à Versailles, le 22 janvier 2018. (THIBAULT CAMUS / POOL / AP POOL)

La guerre serait-elle déclarée entre la France et les géants du net ? Le bras de fer, à tout le moins, est engagé. Apple et Google répliquent à Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, qui veut les traîner en justice. D’un côté, le ministre de l’Économie reproche sévèrement à Google et Apple d’avoir des "pratiques commerciales abusives" à l’égard des start-ups françaises, de l’autre, les géants du net disent être en conformité avec la législation française, prêts à aller devant les tribunaux. Et Apple assure même que, grâce à leur présence en France, les start-ups françaises ont "gagné un milliard d'euros". Pour rappel, le litige part d’une enquête de la direction de la répression des fraudes, sorte de gendarme de la concurrence, rattachée à Bercy, qui estime que les entreprises françaises se voient "imposer des tarifs", ou plutôt des barèmes de prix, par Apple et Google quand elles utilisent leurs magasins virtuels (Google Play et App Store) pour vendre leurs applications aux clients.

Les rapports sont effectivement déséquilibrés

Pour autant, la France peut-elle se permettre de défier les géants du net ? En tout cas, elle prend le risque. Car dans ce dossier, les deux parties ont raison : il est vrai que les rapports entre éditeurs d’applications et les plateformes gérées par Google et Apple sont déséquilibrés. Mais il est par ailleurs vrai aussi que ceux qu’on appelle les Gafam – Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft - ont permis à tout un écosystème de start-ups françaises de se développer, et de vivre. D’ailleurs, Emmanuel Macron le sait bien : le 22 janvier dernier il a accueilli en grandes pompes à Versailles les patrons de la plupart de ces mastodontes du net pour les inciter à investir en France. À cette occasion, Google ou encore Facebook ont d’ailleurs annoncé leur intention de renforcer leur présence dans l’Hexagone, via la création de centaines d’embauches, l’ouverture de centres de recherche etc.

La démarche de Bruno Le Maire pourrait aboutir

Il est envisageable que la démarche de Bruno Le Maire puisse aboutir, même si le dossier est très technique. Reste que l’amende réclamée - deux millions d’euros - est une goutte d’eau pour ces entreprises milliardaires. Mais il s’agit là d’un signal la France montre qu’elle ne veut plus subir la domination de ces Gafam devenus tellement puissants. Mounir Majoubi le secrétaire d’Etat au numérique les qualifie souvent de "prisons dorées". La France veut réguler et imposer des règles. Ce faisant, elle s’inscrit dans la position de l’Europe, qui veut gagner du terrain sur les Gafam. L’OCDE rend d’ailleurs vendredi même un pré-rapport avec des propositions pour les taxer. La Commission européenne présentera la semaine prochaine des mesures sur la fiscalité du numérique, une taxe sur ces groupes est dans les tuyaux. On parle d’un prélèvement entre 2% et 5% sur les revenus générés par l'exploitation d'activités numériques.

Le chiffre du jour

Cinq milliards d’euros, soit le déficit de la Sécurité sociale l’année dernière, soit le niveau le plus bas depuis 2002. C’est la preuve que la situation s’améliore progressivement. Cela tient à une maîtrise des dépenses, combinée à des rentrées de recettes liées à la croissance.

Emmanuel Macron et Sundar Pichai, le PDG de Google, à Versailles, le 22 janvier 2018.
Emmanuel Macron et Sundar Pichai, le PDG de Google, à Versailles, le 22 janvier 2018. (THIBAULT CAMUS / POOL / AP POOL)