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Baisse des impôts : Hollande fait-il le bon choix ?

François Hollande devrait faire connaître ce jeudi son arbitrage sur un geste fiscal. La mesure devrait concerner l’impôt sur le revenu.

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Quand on parle de la baisse des impôts, trois questions se posent. Elles portent sur ses effets pour les Français, son financement et l’opportunité en termes de justice.

La réduction des impôts sera-t-elle bien reçue ?

C’est une bonne idée de baisser les impôts. En France, il y a longtemps eu un consensus très large, une acceptation sociale d’impôts plus élevés que chez nos voisins pour financer en retour, un Etat et un Etat providence plus puissant et bien plus généreux qu’ailleurs et auquel nous restons très attachés. Mais ce consensus est en train de se lézarder.

La crise et les choix qui ont été faits ont fortement abîmé le civisme fiscal. Selon les derniers chiffres de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), et pour ne parler que des ménages, les impôts ont augmenté de 47 milliards entre 2012 et 2017. Sur ces  47 milliards, 12 sont imputables à la présidence de Nicolas Sarkozy et 35 à celle de François Hollande. Depuis, toutes les enquêtes d’opinion montrent que globalement les Français considèrent qu’on est allés trop loin. Donc il est temps aujourd’hui d’amorcer une décrue fiscale.

La France a-t-elle les moyens de financer un geste fiscal ?

Tout dépend du cas de figure. La France a peu de marge de manœuvre, si elle veut, cette fois, tenir ses engagements en matière de déficits publics. Le chef de l’Etat avait évoqué une enveloppe maximale de deux milliards d’euros à consacrer à cette baisse des impôts, à la condition que la croissance en 2017 se monte au moins à 1,7%.

On sait depuis que la croissance et donc les revenus que l’Etat en retire seront moindres. On s’oriente donc vers une baisse, une petite baisse qui coûtera 1 milliard d’euros, c’est un peu l’épaisseur du trait. C'est toujours finançable mais il faudra faire des choix.  

L'impôt sur le revenu est-il le bon levier ?

Ce point-là se discute vraiment. Le choix du président, on le sait, c’est effectivement d’accorder une réduction d’impôt forfaitaire sur les revenus 2016.  Pour des raisons limpides : l’impôt sur le revenu n’est pas le plus important, mais c’est celui qui a la charge symbolique la plus forte pour les Français. C’est d’ailleurs déjà cet impôt qui avait été ciblé par les précédentes réductions faites par le gouvernement Valls.

Cette fois, le geste doit concerner les classes moyennes, ou plutôt une petite partie de classe moyenne. L’arrière-pensée électorale à l’approche de l’élection présidentielle est évidente. Mais au-delà, retoucher une fois de plus à l’impôt sur le revenu pose des vraies questions : moins d’un ménage sur deux l’acquitte aujourd’hui, son assiette est donc très faible. Il faut ajouter à cela que 10% seulement des ménages en payent les deux tiers. Et 1% des contribuables les plus aisés abondent le dernier tiers. Cette ultra-concentration n’est pas une bonne chose ni pour le civisme fiscal, ni en terme d’efficacité.

Le bilan de la politique fiscale de François Hollande est très contestable. C'est d’ailleurs un organisme rattaché au Premier ministre, France Stratégie, qui a porté ce jugement implacable : "Notre système fiscal apparaît toujours aussi complexe, illisible, peu cohérent et il nuit à l’attractivité du pays". Ce sont les termes utilisés par les économistes tout à fait sérieux de France Stratégie.