Le club des correspondants, France info

Le taux de natalité inquiète en Italie, aux États-Unis et en Inde

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction Rome, Washington et New-Delhi où le nombre de naissances est un enjeu politique, sociétal ou économique.

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Une maternité dans un hôpital de Calcutta (Inde), en 2010.
Une maternité dans un hôpital de Calcutta (Inde), en 2010. (DESHAKALYAN CHOWDHURY / AFP)

La crise du Covid-19 semble avoir eu un impact sur le désir d'enfant en France. Le nombre de nouveau-nés était, en janvier, à son plus bas niveau depuis 1945. Cette baisse des naissances préoccupe d'autres pays dans le monde. Le club des correspondants nous emmène en Italie, aux États-Unis et en Inde.

Les allocations familiales, révolution en Italie

L'Italie, inquiète pour son avenir démographique, ouvre vendredi 14 mai les premiers États généraux de la natalité. L'événement se déroule à Rome en présence du pape François et du président du Conseil Mario Draghi. L'objectif est de relancer la natalité dans le pays européen qui fait le moins d'enfants avec l'Espagne.

Jamais l'Italie n'a vu si peu de nouveau-nés : 400 000 naissances par an. Le taux de fécondité s'élève à 1,24 enfant par femme. Pour Mario Draghi, le président du Conseil, pas question de baisser les bras : "Une Italie sans enfant est une Italie qui finit lentement d'exister. Pour le gouvernement c'est donc une priorité et il s'engage sur de nombreux fronts pour aider les couples et les jeunes femmes avec plus de 21 milliards d'euros. L'allocation unique est une mesure historique sur laquelle on ne revient pas l'année suivante."

Cette allocation unique, qui rappelle les allocations familiales françaises, est une révolution en Italie. Elle est très appréciée notamment par le Vatican, encore influent sur la politique italienne. Le pape a ainsi partagé la scène avec Mario Draghi qu'il a remercié avant d'encourager lui aussi la natalité : "Je pense avec tristesse aux femmes qui à leur travail sont découragées d'avoir des enfants ou qui doivent cacher leur ventre."

Comment est-il possible qu'une femme se sente honteuse du plus beau cadeau que la vie puisse offrir ? Ce n'est pas la femme, mais la société qui devrait avoir honte ! Les enfants sont l'espoir qui fait renaitre un peuple !.

Le pape François

à franceinfo

Le directeur de l'Insee italienne, l'Istat, n'a lui pas beaucoup d'espoir dans l'immédiat. Il y a trois scénarios pour l'avenir. Un optimiste, un intermédiaire et un pessimiste. Et nous nous dirigeons vers la voie la plus pessimiste selon lui avec 350 000 naissances dans un pays de 60 millions d'habitants. La France a vu naître 740 000 enfants l'an dernier.

La natalité, enjeu politique aux États-Unis

Les États-Unis sont également confrontés à un problème de renouvellement de sa population. Les résultats du dernier recensement - réalisé tous les dix ans - publié le mois dernier en attestent. Le pays compte officiellement un peu plus de 331 millions d’habitants. En dix ans, la croissance de la population a nettement ralenti : + 7,4% seulement, on est vraiment sur une tendance à la baisse. Plusieurs facteurs expliquent cela : une baisse de la natalité importante, une hausse de la mortalité due notamment à la pandémie de Covid-19 et un coup d’arrêt à l’immigration sous l’administration Trump. Tout ceci mêlé fait qu’on assiste à un vieillissement de la population aux États-Unis. Et le nombre de naissance a chuté en 2020 de 4%. Apparemment la pandémie et le confinement n’ont pas poussé les américains à faire plus de bébés.

Cette réalité démographique a, à 18 mois des prochaines élections de mi-mandat, des conséquences politiques. Chaque État américain dispose d’un nombre d’élus à la Chambre des représentants proportionnel à sa population. Ainsi quand un État voit sa population baisser, il perd du poids politique. C’est le cas par exemple de la Californie et de l’État de New York. Apres les résultats du dernier recensement, tous deux ont perdu un élu à la Chambre. En revanche le Texas, plus attractif et qui voit sa population augmenter, gagne deux sièges au collège électoral. La Floride, la Caroline du nord, le Colorado, le Montana et l’Oregon, des États plutôt républicains, gagnent chacun un siège. Cette nouvelle donne n’aurait pas changé le résultat de la présidentielle de 2020 et n’aurait pas donné la victoire à Donald Trump mais elle bouge un peu les lignes pour les élections parlementaires de novembre 2021.

L'Inde en compétition avec la Chine

L’Inde connaît un ralentissement progressif de sa natalité mais bien moins rapide que d’autres. Elle est sur le point de devenir le pays le plus peuplé du monde, devant la Chine. L’inde compte près d’1,4 milliard d’habitants et une croissance de 1% par an depuis cinq ans. Soit un rythme deux fois plus rapide que la Chine. L’écart démographique entre les deux géants se rétrécit, et va disparaître bientôt. Dans cinq ans, l’Inde devrait passer devant la Chine et devenir le pays le plus peuplé du monde.

Le taux de fertilité nationale est de 2,2 enfants par femme, la population continue donc à croître à l'échelle nationale, mais de manière inégale selon les régions. Dans les États les plus pauvres, comme le Bihar, au nord-est, on compte en moyenne trois enfants par foyer, une situation proche des pays d’Afrique australe. Alors que dans les régions les plus riches, a l’instar du Kérala, les familles n’ont que 1,8 enfant en moyenne, comme en Europe.

Qui dit population en croissance dit population jeune. La moitié de la population indienne a moins de 25 ans. Ce qui peut représenter une force car cela constitue une énorme réserve de main d’oeuvre. Plus de 10 millions de jeunes diplômés arrivent tous les ans sur le marché de l’emploi. Cependant, l’Inde est incapable de créer assez d’emplois. Le pays n’a pas, comme la Chine, une industrie pourvoyeuse de suffisamment d'emplois. Le pays souffre d’un chômage de masse et de sous emploi. La situation ne fait qu’empirer avec l’effondrement de l’économie provoqué par la crise sanitaire. Dans ces conditions, la force démographique de l’Inde pourrait vite devenir un énorme fardeau.

Une maternité dans un hôpital de Calcutta (Inde), en 2010.
Une maternité dans un hôpital de Calcutta (Inde), en 2010. (DESHAKALYAN CHOWDHURY / AFP)