Le fléau de la corruption en Afrique du Sud, au Liban et au Mexique

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction l'Afrique du Sud, le Liban et le Mexique où la corruption atteint des niveaux désastreux.

Article rédigé par
Romain Chanson, Aurélien Colly et Gwendolina Duval - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min.
L'ancien président sud-africain Jacob Zuma, accusé de corruption, parle à ses avocats dans un tribunal en Afrique du Sud, le 31 janvier 2022. (JEROME DELAY / POOL / AFP)

Selon l'ONG Transparency international, la France a un score de 71 sur son indice de perception de la corruption en 2021. Ce qui la classe à la 22e place derrière des pays comme le Danemark (1er du classement avec un score de 88), l'Allemagne (80) ou le Japon (73), mais loin devant d'autres pays où la corruption est endémique. Direction l'Afrique du Sud (44), le Liban (24) et le Mexique (31).

En Afrique du sud, un niveau de corruption dévastateur

Les rapports détaillant des enquêtes anti-corruption font régulièrement l'actualité dans ce pays d'Afrique. Le dernier a été remis vendredi 29 avril et montre comment Eskom, la compagnie publique d'électricité, a été pillée. Avec pour résultat des coupures de courant de plus en plus nombreuses qui font enrager les Sud-Africains. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres puisque les années 2010 ont été marquées par un niveau de corruption dévastateur. Elles correspondent aux deux mandats de l'ancien président Jacob Zuma entre 2009 et 2018, qualifiés par son successeur de "neuf années gâchées".

Jacob Zuma est soupçonné d'avoir permis à un groupe d'individus d'infiltrer les administrations et les entreprises publiques pour en détourner le fonctionnement et les ressources. On parle ici de capture d'État. Le mot n'est pas trop fort quand on voit que le fisc sud-africain, la compagnie aérienne nationale, ou encore le gestionnaire des ports, sont tombés sous le quasi contrôle des frères Gupta. Les Gupta c'est une fratrie d'origine indienne, des businessmen, proches du président Zuma et qui ont fui le pays pour échapper à la justice.

Ces différents scandales ont provoqué la mise en place d'une commission anti-corruption qui remet actuellement ses rapports d'enquêtes. Le président Cyril Ramaphosa promet de s'adresser aux parlementaires d'ici la fin du mois de juin et de dire ce qu'il fera des recommandations contenues dans les rapports. "Plus jamais ça", a plusieurs fois répété Ramaphosa, dont le parti au pouvoir, l'ANC est lourdement mis en cause. S'il soutient ce grand déballage, pas sûr que Ramaphosa soit prêt au grand ménage qui impliquerait de s'attaquer à l'ancien président Zuma.

Au Liban, une corruption jusque dans la vie quotidienne

Le pays traverse la pire crise économique et financière de son histoire. L’une des raisons de cette crise majeure, c’est la corruption endémique au Liban. L’ONG Transparency International met le Liban à la 154e place dans le classement des pays les plus corrompus sur 180. La corruption est partout au Liban, avec des partis politiques communautaires, confessionnels, qui sont d’anciennes milices de la guerre civile reconverties et qui se partagent le pouvoir depuis trente ans. On devrait dire plutôt "qui se partage le gâteau", parce que l’État libanais a été littéralement pillé par ces forces politiques, alliées à l’élite économique et financière. Au point qu’il est quasiment en faillite, en banqueroute. Un exemple, comme en Afrique du Sud, la compagnie d’électricité du Liban, qui plombe les comptes de l’État depuis une décennie, qui est aujourd’hui incapable d’assurer plus de quatre heures de courant par jour aux Libanais. Électricité du Liban est connu pour être une vache à lait : détournement de fonds, commissions, emplois fictifs, etc. Un exemple mais il y en a bien d‘autres au Liban.

Cette corruption, les Libanais lambda y sont aussi confrontés, dans leur vie quotidienne. Il y a un mot qui le résume : "Wasta". La "Wasta", c’est le piston, le népotisme. Il s'agit du recours à des relations personnelles pour accéder à des emplois, des positions, des services que l’Etat est censé offrir. La pratique est répandue dans le monde arabe mais qui a pris des proportions délirantes au Liban, à cause du système confessionnel, de la mainmise des partis communautaires. Pour une inscription à l’université, pour une formalité administrative, pour un permis de construire, pour ouvrir un commerce, pour accéder à des soins spécifiques ou des médicaments devenues rares. Si vous connaissez quelqu’un, si vous avez une connexion personnelle, vous vous en sortez mieux, beaucoup mieux que ceux qui n’en n’ont pas. Il s'agit d'une forme de corruption parce que la "Wasta" s’accompagne le plus souvent d’une rétribution financière ou d’une allégeance politique.

Au Mexique, la corruption gangrène la vie publique

Le pays est classé au 124e rang sur 180 selon l’indice de perception de la corruption par l’organisation Transparency International avec une note qui ne s’élève pas plus haut que 31/100. Au Mexique, la corruption gangrène de nombreuses sphères de la vie publique. C'est sans doute à l’échelle locale que la corruption est la plus visible au quotidien que ce soit dans des démarches administratives ou bien lors de la réalisation de chantiers publics. Les conséquences peuvent s’avérer très graves. Par exemple, cet accident de métro qui s’est effondré et a coûté la vie à 26 personnes à Mexico il y a un an. L’affaire est toujours en cours devant la justice, et plusieurs sources ont dénoncé des irrégularités de construction liées à la corruption de fonctionnaires de la ville.
La police est également très souvent mise en cause. Un récent rapport du gouvernement américain dénonce l’implication d’agents officiels dans de nombreux meurtres. Et dans le cas des disparitions forcées, souligne le même document, les autorités locales sont trop souvent de mèche avec les groupes criminels.

Le Président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador s’est pourtant fait élire sur un programme anti-corruption et il en a fait du sujet son cheval de bataille depuis trois ans. Sur la question, il assure que son gouvernement avance beaucoup. Mais malgré une forte rhétorique d’assainissement de la vie publique de la part du président qui parle de la 4e grande transformation du Mexique, la corruption reste importante. Un sondage montre qu’une majorité de Mexicains critique Obrador sur ce point. Il faut dire que les scandales de corruption n’ont pas épargné la classe politique mexicaine, éclaboussant de nombreuses personnalités parfois proches du gouvernement. Mais aucune de ces affaires ne mène jamais à la moindre sanction C’est finalement cette impunité générale qui est l’un des grands problèmes. Que ce soit dans les affaires politiques, financières ou pénales, la poursuite des coupables se heurte à la faiblesse de la justice mexicaine et 95% des délits et crimes demeurent impunis.

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