Face à l'influence chinoise en Asie, le Japon et l'Australie signent un accord de défense bilatérale

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Dans le club des correspondants, franceinfo revient sur un accord de défense conclu samedi 22 octobre entre le Japon et l'Australie, soucieux de montrer les muscles face aux ambitions du tout puissant président Xi Jinping, reconduit à la tête du Parti Communiste Chinois (PCC).

Article rédigé par
Karyn Nishimura et Grégory Plesse - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le Premier ministre japonais, Fumio Kishida (à gauche) et le Premier ministre australien, Anthony Albanese (à droite) à Perth, en Australie le 22 octobre 2022. (Kyodo/MAXPPP)

 Xi Jinping a obtenu dimanche 23 octobre un troisième sacre à la tête du PCC. Le président chinois, 69 ans, s'arroge les pleins pouvoirs, et a été reconduit dans la foulée chef des armées. L'occasion de se pencher sur la sphére d'influence de Pékin en Asie, notamment avec l'Australie et le Japon. Deux partenaires commerciaux qui restent sur leur garde sur le plan militaire.

En Australie, renforcer la coopération militaires avec ses alliés

Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a signé samedi 22 octobre avec son homologue japonais, Fumio Kishida, un pacte de sécurité. L'accord porte pour l’instant sur des échanges de renseignements issus de leurs réseaux respectifs de satellites d’écoute électronique. Les deux pays se sont également engagés à renforcer leur coopération militaire.

Un signal fort envoyé à la région indopacifique d’après Anthony Albanese, qui a déjà rencontré Fumio Kishida quatre fois depuis son élection en mai dernier et qui confirme d’après lui l’alignement stratégique entre les deux pays. L’Australie confirme avec ce pacte sa volonté de renforcer sa coopération militaire avec ses alliés. L’an dernier déjà, elle s’était engagée dans l’alliance Aukus, avec les Etats Unis et le Royaume-Uni. 

En paralléle, l'arrivée en mai dernier du nouveau Premier ministre australien, issu du Parti travailliste, a amélioré quelque peu les relations avec Pékin. Le contact a été rétabli entre les deux gouvernements. Du temps de Scott Morrison, les Chinois ne répondaient même plus aux appels des Australiens. Cela n’est plus le cas aujourd’hui, et c’est dû essentiellement à la volonté du Premier ministre de calmer le jeu. Contrairement à son prédécesseur, il ne pas parle pas de menace, ou de danger, à chaque fois qu’il évoque la Chine.

Ce changement de ton a été remarqué par Pékin, et il est apprécié. Du moins en surface, car sur le fond, rien n’a changé. La Chine n’a fait aucun geste. Les sanctions commerciales imposées il y a deux ans à différents produits d’exportation australiens n’ont toujours pas été levées et Canberra est toujours sans nouvelle de la journaliste sino-australienne Cheng Lei, arrêtée il y a deux ans pour de supposés faits d’espionnage.

Au Japon, se détacher du soutien militaire américain

Les relations nouées entre le Japon et l’Australie, sur les plans économiques et militaires, s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie d’alliances multilatérales plus large que le Japon appuie fortement depuis 2016 dans le but de garantir une zone Indo-Pacifique libre et ouverte. Un espace dans lequel le transport de marchandise et d’énergie peut s’exercer sans entrave et où personne ne s’arroge des droits particuliers. Garantir la sûreté de la région pour des raisons économiques, ce sont les deux principaux points. 

Derrière cela, on lit évidemment une volonté de freiner l’expansion de la Chine, qui a tendance à s’approprier des espaces maritimes, par exemple en construisant des îles artificielles en Mer de Chine méridionale. Une chine dont le Japon redoute aussi les activités à proximité de ses îlots inhabités Senkaku revendiquées par Pékin, sans compter bien entendu la menace sur Taïwan.

L'ensemble de ces points doit être mis en perspective avec l’octroi d’un troisième mandat à Xi Jinping à la tête du PCC. Le Japon et la Chine ont célébré il y a quelques jours les 50 ans de la normalisation de leurs relations diplomatiques. Ce qui apparait clairement ces dernières années, et plus encore ces derniers mois, c’est que le découplage entre des relations politiques difficiles et des relations économiques étroites n'est sur le long qu'une illusion. 

Il est clair que le Japon n’est pas rassuré. L'archipel nippon se sent réellement coincé entre trois menaces: celle de la Chine, celle de la Russie et celle de la Corée du Nord. De ce fait, et malgré une constitution qui bride ses prérogatives militaires, le Japon veut renforcer sa défense. Cette dernière est surtout dépendante du bon vouloir de l’allié et protecteur américain. Le Premier ministre Kishida avait annoncé cet été qu’il allait augmenter de façon substantielle le budget de la Défense. Une décision si soudaine d’ailleurs que les fonctionnaires du ministère en question ont été pris de court et ne savent pour le moment pas trop comment dépenser les montants qu’on leur octroie.

Il faudra suivre ce qu’il en est à l’avenir de cette augmentation, mais il faut garder en tête qu’une bonne partie de la population nippone n’est guère rassurée par la surenchère de moyens armés qui se joue actuellement en Asie.

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