Dérèglement climatique : sécheresse ou au contraire pluies diluviennes... Les catastrophes naturelles se multiplient en Afrique

écouter (5min)

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction l'Afrique ou une partie du continent se trouve confronté à la sécheresse alors que l'autre subit des inondations dévastatrices.

Article rédigé par
Charlotte Simonart, - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Une femme va chercher de l'eau dans un puits de la région de Loiyangalani où sont hébergées des familles touchées par la sécheresse prolongée, dans le village de Parapul, à Marsabit, dans le nord du Kenya, le 11 juillet 2022. (SIMON MAINA / AFP)

Le dérèglement climatique se ressent aussi sur le contient Africain. Depuis plusieurs années les catastrophes naturelles se multiplient avec des phénomènes très différents d'un pays à l'autre. Si dans l'Est du continent, la Corne de l'Afrique doit de plus en plus faire face à des saisons des pluies sans précipitations ou presque, dans l'Ouest, des pays comme la Côte d'Ivoire, le Niger ou le Cameroun se retrouvent confrontés à des inondations qui engendrent de grandes difficultés. 

>> "À l'heure où le climat s'emballe", des journalistes lancent une charte pour un traitement médiatique "à la hauteur de l'urgence écologique" 

En Afrique de l'Est, des pluies insuffisantes pour régénérer les nappes phréatiques

L’Afrique de l’Est est gravement touchée par les phénomènes de sécheresse qui se multiplient. La région de Nairobi au Kenya est l’une des régions les plus touchées au monde par le manque d’eau. C’est la conséquence de l’échec de quatre saisons des pluies consécutives, sans pluie ou presque. La pire sécheresse depuis 40 ans dans cette région d’Afrique de l’Est, selon les spécialistes. La Corne de l’Afrique, plus particulièrement, a déjà souffert de sécheresses dans le passé mais avant, ces phénomènes survenaient à quelques années d’intervalle. Désormais, cela fait trois ans que les saisons des pluies sont insuffisantes et ne permettent pas de régénérer les nappes phréatiques. Ces régions regroupent des communautés pastorales qui vivent de leur bétail et de leurs cultures. Elles assistent à l’hécatombe de leurs troupeaux, ce qui engendre de grandes difficultés pour nourrir les enfants de moins de cinq ans, privés de lait. Ils sont les premières victimes aujourd’hui. Plus 10 millions d’enfants souffrent de la sécheresse dans la Corne de l’Afrique.

>> Réchauffement climatique : "On n'avait jamais vu de girafes mourir à cause de la sécheresse" : l'image qui a choqué le monde   

À ce stade, 22 millions de personnes sont menacées par la faim, essentiellement dans trois pays : la Somalie, l’Ethiopie et le Kenya. L’ONU est en passe de déclarer la famine en Somalie. Pour déclarer la famine dans un pays, il faut que plus d’un tiers des enfants souffrent de malnutrition aiguë, que plus de deux personnes sur 10.000 meurent chaque jour et que la population n’ait pas accès à de la nourriture. Et bien nous y sommes quasiment à ce stade en Somalie. Autre exemple, au Kenya, pays qui a toujours été relativement épargné jusqu’ici : 800.000 enfants kényans souffrent de malnutrition aujourd’hui, ce qui était impensable pour ce pays il y a encore quelques années.      

Cette sécheresse s’ajoute à un contexte économique mondial déjà en crise. Il y a eu aussi dans cette région l’invasion de criquets pèlerins l’année dernière qui ont ravagé des milliers d'hectares de plantation. Ajoutez à cela, la crise du covid-19 et la flambée des prix liée à la guerre en Ukraine. C’est véritablement un cocktail catastrophique que subissent depuis plusieurs mois les pays d’Afrique de l’Est. L’insécurité alimentaire atteint des niveaux dramatiques.  

 L’Afrique de l’Ouest, particulièrement touchée par des pluies diluviennes 

  

Les pays africains les plus touchés par les inondations se trouvent en grand majorité en Afrique de l’Ouest, huit sur 12 au total. Selon les données du NatCat service, basé en Allemagne, les catastrophes liées aux pluies intenses augmentent fortement depuis 2006. Si l'indice pluviométrique annuel ne progresse pas, les épisodes de très fortes pluies, concentrés sur quelques jours, eux, augmentent significativement et font davantage de dégâts. C’est ce que les experts appellent le "paradoxe hydrologique". Chaque année les populations sont gravement affectées par ces phénomènes climatiques. En 2010, les inondations liées à la saison des pluies ont provoqué d’importants dégâts dans la sous-région. Au moins 377 morts, et 1 million et demi de personnes affectées. Ces catastrophes naturelles se font de plus en plus fréquentes : 2018, puis 2020 en Côte d’Ivoire, au Burkina, en Guinée et au Cameroun et enfin en 2022, cette année, le Niger, pourtant connu pour son climat sec,a été particulièrement touché par le phénomène. Le bilan est terrible avec 159 morts et  plus de 225 000 sinistrés. C’est l’une des saisons des pluies les plus meurtrières de l'histoire du Niger.  Et comme un problème ne vient jamais seul, ces intempéries ont aussi favorisé l'apparition d'insectes "ravageurs" de cultures, dans un pays qui traverse déjà une grave crise alimentaire : plus de quatre millions de personnes sont en insécurité alimentaire "sévère", soit 20% de la population.

Partout dans la sous-région, ces inondations provoquent de vives tensions dans la société. Les États sont régulièrement accusés de ne pas en faire assez pour les prévenir. En raison de l’urbanisation galopante, les inondations provoquent d’importants dégâts dans les grandes villes. En 2021, le gouvernement ivoirien a lancé un certain nombre de travaux dans la capitale économique Abidjan, comme le Projet d'assainissement et de résilience urbaine (PARU), qui vise à un meilleur drainage des eaux, ainsi qu’une amélioration de la gestion des déchets qui bloquent les caniveaux et les évacuations. D’autres mesures, sont beaucoup plus critiquées et soulèvent l’ire des habitants, comme l’expulsion - sans proposition de relogement - d’environ 25 000 personnes vivant dans des zones à risque. Mais les experts s’accordent pour dire que ces initiatives ne seront pas suffisantes sans un meilleur respect des règles d’urbanisme et de construction, sans une amélioration de la qualité des sols -  en favorisant l’agroforesterie - et surtout, sans une action globale de réduction des émissions de gaz à effet de serre, afin de ralentir le processus de réchauffement climatique.  

Le servicemétéo
évolue  et s’enrichit

découvrir les nouveautés

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.