Afrique : la présence militaire française est remise en question au Tchad et au Sénégal

Sur la base de plusieurs sources anonymes, l'AFP a annoncé une réduction drastique de la présence militaire française en Afrique. Si le Tchad reste une place forte de l'armée française, le Sénégal, l'une des grandes bases encore existantes, devrait voir ses effectifs diminuer.
Article rédigé par franceinfo - Amaury Hauchard ; Juliette Dubois
Radio France
Publié Mis à jour
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Un militaire français au Mali en 2022. (photo d'illustration). (TANGUY VABATTE / MAXPPP)

Si la France réduit drastiquement sa présence militaire en Afrique, comme l'annonce l'AFP, il s'agirait d'un revirement important. En effet, les militaires sont encore présents au Tchad et le Sénégal, quant à lui, héberge encore une grande base, mais ses effectifs devraient passer de 350 à une centaine. 

Le Tchad héberge les derniers soldats de Barkhane

Ils sont 1 000 soldats français à être positionnés, en grande majorité dans la base aérienne de la capitale, mais aussi dans des camps dans deux villes du pays, à Abéché à l'Est et à Faya-Largeau au Nord. Si les informations publiées par l'AFP sont confirmées, leur nombre passerait à 300, une manière d'être moins visible, explique un diplomate.

Le Tchad est le dernier pays du Sahel où des soldats français de l'ancienne opération Barkhane ont été repositionnés après s'être fait chasser du Mali, du Burkina Faso ou du Niger. Dans ces trois pays, les militaires qui ont pris le pouvoir ont changé d'alliés et ont demandé aux Français de plier bagage en faisant appel aux mercenaires pro-russes de Wagner.

Au Tchad, il n'y a pas de présence avérée de ces nouveaux partenaires militaire, même si les rumeurs vont bon train, notamment à la suite du dégourdissement récent des liens entre N'Djamena et Moscou. Cependant, il y a dans la capitale tchadienne, comme ailleurs au Sahel, un sentiment diffus dans la société, qu'il faudrait repenser profondément cette présence militaire française, voire tout simplement pour certains y mettre un terme.

Une large partie de la population est jeune et ne voit pas bien l'intérêt d'avoir des soldats français dans leur pays. C'est pour répondre à ce sentiment de plus en plus répandu, qu'Emmanuel Macron a nommé il y a quatre mois, l'ancien ministre de la coopération Jean-Marie Bockel, pour discuter avec les pays concernés, y compris le Tchad.

La venue de Jean-Marie Bockel n'est pas passée inaperçue à N'Djamena, puisqu'après un tête-à-tête avec le président Mahamat Idriss Déby Itno, l'ancien ministre français a déclaré à la presse que "la France doit rester".

Depuis l'indépendance du Tchad en 1960, Paris a maintenu une présence militaire de façon presque ininterrompue. Elle a toujours été doublée d'un soutien jusque-là inexorable aux régimes successifs tchadiens. De son côté, N'Djamena a toujours soutenu l'effort de guerre français au Sahel.

Le nouveau régime sénégalais souhaite voir les militaires partir

L'une des grandes bases française encore existantes en Afrique de l'Ouest se trouve à Dakar, au Sénégal depuis 2011, même s'il y en a eu plusieurs autres depuis 1974 dans le pays. Officiellement, ils sont encore 350 militaires basés à Dakar. Ces soldats sont appelés les EFS, pour éléments français au Sénégal. Contrairement à Bakhane, il ne s'agit pas de combattants, mais de formateurs.

Leur mission est d'être un "pôle opérationnel de coopération" à vocation régionale. En clair, les EFS font de la formation pour les soldats du Sénégal, avec qui ils organisent des exercices d'entraînement conjoints, mais aussi pour les autres armées de la région, dans une dizaine de pays, comme la Guinée-Bissau, le Bénin ou encore la Mauritanie.

Ces formations s'adressent aux armées de terre, de l'air, mais aussi aux soldats déployés en mer pour soutenir la lutte conte la piraterie et le terrorisme dans le golfe de Guinée. Le tout dans une logique d'appui aux armées nationales plutôt qu'une lutte directe contre les groupes terroristes. Selon les informations de l'AFP, ils ne seraient donc plus qu'une centaine à terme, mais le calendrier précis n'est pas connu et les EFS n'ont pas répondu à nos demandes de précisions.

Depuis leur arrivée au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye et surtout son Premier ministre Ousmane Sonko ont exprimé à plusieurs reprises leur souhait de revoir le partenariat avec la France, à commencer par cette présence militaire française sur leur sol.

Ousmane Sonko a expliqué vouloir que le Sénégal dispose de ses bases militaires et lors d'une conférence avec Jean-Luc Mélenchon en mai à Dakar, il a questionné "l'impact de cette présence sur notre souveraineté nationale et notre autonomie stratégique". Mais il ne s'agit pas d'une rupture franche comme dans les pays voisins et le Premier ministre a précisé ne pas remettre en question les accords de défense bilatéraux, mais aucun calendrier n'a été avancé, côté sénégalais pour le départ des soldats français.

Il faut cependant rappeler que le débat sur la réduction des bases françaises en Afrique date d'avant l'élection de Bassirou Diomaye Faye, puisqu'Emmanuel Macron l'avait mise sur la table dès février 2023. Les EFS, qui étaient encore 500 début 2023, avaient déjà prévu de réduire leur voilure de moitié pour l'été 2024 en passant à 260.

Une source à la présidence sénégalaise confirme que ce départ partiel des forces françaises ne s'est pas fait sur injonction du nouveau régime. En tout cas, le président Diomaye Faye est attendu à Paris le 20 juin, où il rencontrera pour la première fois son homologue Emmanuel Macron et le sujet sera probablement sur la table.

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