REPORTAGE. "On finit par croire à une malédiction" : les agriculteurs des Pyrénées-Orientales désarmés face à la sécheresse

Il n'y a pas eu de pluies significatives dans ce département depuis presque deux ans. Certains vignerons et agriculteurs tentent de s'adapter en diversifiant leurs cultures.
Article rédigé par Guillaume Farriol
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Des abricotiers morts à cause de la sécheresse (GUILLAUME FARRIOL / FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Le soleil tape implacablement sur les vergers de Denis Basserie, producteur d'abricots a Rivesaltes, au nord de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Il fait plus de quinze degrés en ce matin de février. L'herbe est calcinée et les abricotiers sont morts sur cette parcelle bio. "Toute la parcelle est condamnée à être arrachée, déplore le producteur. Mais je ne veux pas le faire cette année parce que déjà, je me suis tordu l'estomac à arracher plusieurs hectares de l'autre côté".

Les réserves d'eau du département sont presque toutes au plus bas des nappes phréatiques. "On ne s'y attendait pas, c'est comme se prendre un mur en pleine face, dit Denis Basserie. "Que le réseau d'irrigation sous pression ne fonctionne pas, jamais on aurait pu l'imaginer". Au barrage de Vinça en passant par le mont Canigou, quasi privé de neige, il est tombé 245 millimètres de pluie l'an dernier à Perpignan, 60% de moins que la normale. "Ça fait un an que je suis devenu très spirituel, ironise Denis Basserie. J'espère que le bon Dieu va se dévouer à vouloir nous donner quelque chose. De toute manière, à part croire en quelque chose. Qu'est-ce qu'on peut avoir comme optimisme ? Tout agriculteur est accroché à la météo en permanence. Mais plus personne ne la regarde maintenant. Il y a une semaine, on voit qu'il va y avoir de la pluie et le jour J, plus rien. Donc on finit par croire à une malédiction". 

Un vigneron plante des pistachiers

Face au désespoir partagé par nombre de producteurs, certains tentent de trouver des solutions pour s’adapter à ce climat quasi désertique. C'est le cas de Léo Hemmer Bury, vigneron à Maury. "Quand je teste la texture de mon sol, on est exactement sur ce qu'on a normalement aux vendanges, donc à peu près au mois d'août", constate-t-il. Mais ce jeune vigneron compte bien s'adapter et se diversifier. Il a planté sur l'une de ses parcelles une centaine de pistachiers habitués au climat désertique, très cultivés au Moyen-Orient.

"On s'est installés en tant que vigneron, explique-t-il. De plus en plus, je me définis comme agriculteur, c’est-à-dire que je ne me ferme pas à cultiver d'autre chose et je pense qu'il faut être vraiment dans un état d'esprit d'ouverture et être prêt à dire 'ça se faisait pas ici avant, donc on ne le fera pas'. Les exploitations vont avoir ce besoin essentiel de se diversifier pour un peu diluer le risque. C'est une manière de tester ce qui ne marche plus et ce qui marchera dans le futur". 

Des pistachiers viennent d'être plantés sur une des parcelles de Léo Hemmer Bury, vigneron à Maury. (GUILLAUME FARRIOL / FRANCE INFO / RADIOFRANCE)

Pourquoi ne pas planter aussi des guayules, les arbres latex venus du Mexique ou des jujubiers pour produire de petites dattes rouges. Dans cette expérimentation, ce producteur, comme une cinquantaine d'autres, est accompagné par l'APARM (Avenir productions agricoles résilientes méditerranéennes), une association locale. "Il faut trouver des solutions et il faut faire vite, alerte Myriam Levalois-Bazer, la coordinatrice de l'APARM.  L'idée, c'est de faire de la recherche agronomique en parallèle pour savoir si ça peut pousser ou pas. Le deuxième volet, qui est hyper important, c'est de trouver des filières économiques".

"L'idée n'est pas de dire aux agriculteurs de planter mais que derrière, on n'ait pas la filière pour vendre."

Myriam Levalois-Bazer, coordinatrice de l'APARM

à franceinfo

Pour l'instant, 1 800 pistachiers ont été plantés dans le département, mais il faudra six ans avant de voir apparaître les premières pistaches, ce qui laisse du temps pour trouver de futurs acheteurs. Voilà donc un exemple de réponse à moyen terme. Mais que faire immédiatement ?

"Là, ça commence à être inquiétant. Il faut s'alarmer", répond sans hésiter Henri Got, hydrogéologue. Il regarde, inquiets, le lac de Villeneuve de la Raho avec un niveau d'eau au plus bas. L'eau a reculé d'une bonne quinzaine de mètres en quelques mois.

"Il faut qu'il pleuve" 

L'ancien président de l'université de Perpignan ne voit aucune solution miracle. "Il y a des solutions, mais elles sont temporaires, dit-il. À Barcelone ils acheminent l'eau potable depuis Valence par tanker. Mais ce n'est pas gratuit", prévient-il. Et à ce moment-là, qui paie ? Est-ce que c'est l'agriculteur qui va payer son eau à cinq, six, sept euros le mètre cube ? Ils ont aussi une usine de dessalement. Ceci dit, là aussi le dessalement a un coût. Alors on parle beaucoup des retenues collinaires, c'est bien, mais à condition qu'on les remplisse".

Face à ce cercle vicieux décrit par l'hydrogéologue, "c'est simple, il faut qu'il pleuve", assène-t-il. Il est tombé ce jour-là un à deux millimètres de pluie par endroits sur le département, rares averses chassées rapidement par la tramontane. Pour recharger les réserves, il faudrait un mois de pluie sans interruption sur les Pyrénées-Orientales. 

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