"On aura plus de poids" : les chauffeurs VTC et livreurs élisent pour la première fois leurs représentants syndicaux

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Jusqu'au 16 mai, les chauffeurs VTC et livreurs de repas élisent pour la première fois leurs représentants syndicaux. Le dialogue social avec les plateformes, comme Uber ou Deliveroo, visent à améliorer leurs conditions de travail et leur rémunération.

Article rédigé par
Thomas Giraudeau - franceinfo
Radio France
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Ludovic et Mohamed, syndiqués CGT, apprennent à leurs collègues livreurs l'existence des élections professionnelles.  (THOMAS GIRAUDEAU / FRANCEINFO)

C'est inédit dans le secteur des plateformes numériques. À partir du lundi 9 mai et jusqu'au 16 mai, les chauffeurs VTC et livreurs de repas élisent pour la première fois leurs représentants syndicaux. Uber, Deliveroo, Bolt...  120 000 travailleurs, en comptant 39 000 chauffeurs et 84 000 livreurs, vont de fait pouvoir voter en ligne lors de ces élections professionnelles organisées par l'Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi (Arpe) crée par le gouvernement en 2021.

>> Livreurs de repas et chauffeurs VTC : "il y a urgence à agir" sur leurs conditions de travail

L'Arpe encadrera également le dialogue social qui va se mettre en place à la suite de ces élections, à l'automne 2022. Cela ne changera pas leur statut et ces chauffeurs resteront indépendants. Cependant, le dialogue social avec les plateformes vise à améliorer leurs conditions de travail et leur rémunération.

Vers une hausse du prix des courses ?

Le prix des courses est le point de négociation le plus important. Ali Lemmouchi, chauffeur VTC, a par exemple vu son budget carburant augmenter de 500 euros. Pour lui, négocier un meilleur prix des courses avec les applications est urgent. Il a donc décidé de faire campagne pour l'Union-Indépendants, un syndicat candidat proche de la CFDT. "Est-ce que les prix ont augmenté avec la hausse des carburants ? Non, car il n'y a pas de dialogue, explique Ali Lemmouchi. Désormais, grâce à un dialogue avec un syndicat, on aura plus de poids."

Fabian Tosolini tracte aux côtés d'Ali Lemmouchi pour Union-Indépendants. "Cette élection est importante puisqu'on va pouvoir mettre en place une négociation sectorielle qui s'appliquera sur la totalité des plateformes. Plus aucune plateforme ne pourra réduire le prix par rapport à celui établi pour tous.

"On trime 12 heures par jour, pour 70 euros. Ca revient à combien ? Même pas le Smic"

Yacine, livreur de repas

à franceinfo

Fixer un tarif plancher des courses est un enjeu encore plus fondamental du côté des livreurs à vélo. Le prix de leurs courses ne fait que baisser. Le forfais était de sept euros minimum à l'arrivée de Deliveroo en France, en 2015. Il est aujourd'hui d'à peine deux à quatre euros. Yacine, un livreur, père de famille, ne gagne que 70 euros par jour pour 12 heures de travail : "J'ai pas de congès, pas de week-end. Je travaille 7 jours sur 7. J'aimerais être payé plus, que le temps d'attente soit rémunéré, qu'il y ait les primes, congès maladie, et assurance accident."

La participation s'annonce faible 

Mohamed tracte lui pour la CGT : "Ces élections, c'est le seul moyen pour revendiquer nos problèmes, avance-t-il. D'abord celui de la rémunération. Nous devons gagner plus pour qu'on puisse cotiser à une assurance, une mutuelle, pour la retraite aussi."  Mohamed, justement, hésite à arrêter le métier à cause de la précarité du statut d'autoentrepreneur indépendant. Il y a par ailleurs un turn-over massif dans le secteur qui complique la tâche des militants syndicaux.

Comment sensibiliser à ces élections professionnelles ? "Les livreurs indépendants sont plus difficiles d'accès que dans une boîte où tout le monde bosse au même endroit, a le même type de contrat", explique Ludovic Rioux, livreur syndiqué CGT à Lyon. Dans ce contexte, la participation s'annonce très faible. Le président de l'Arpe espère au moins 5% de votants. Sept syndicats et associations se présentent du côté des VTC, neuf côté livreurs.

Ali Lemmouchi, chauffeur VTC et militant pour Union-Indépendants veut négocier une hausse du prix des courses, pour compenser l'explosion du coût de l'essence.   (THOMAS GIRAUDEAU / RADIO FRANCE)

La CGT aurait pu en être absente, sceptique sur le fait que ces négociations puissent véritablement aboutir à des avancées, alors que les plateformes n'auront pas l'obligation de conclure des accords avec les représentants des livreurs, notamment sur la rémunération. Cependant, "on ne pouvait pas jouer la politique de la chaise vide, alors que des accords moins-disants pour les travailleurs pourraient y être signés", explique Ludovic Rioux.

Finalement, est-ce que les plateformes ont les moyens de répondre aux revendications, de mieux payer les chauffeurs VTC et les livreurs ? La question demeure au regard des résultats financiers des deux géants du secteur : Uber et Deliveroo. Depuis leur lancement, il y a dix ans, ils n'ont jamais dégagé de bénéfices, avec même 350 millions d'euros de pertes pour Deliveroo l'an dernier, 500 millions de pertes pour Uber.

"Les plateformes trouveront l'argent" 

Ce déficit est dû à leurs investissements massifs dans la publicité et dans la technologie. "Malgré cela, si les plateformes veulent augmenter les rémunérations, elles le pourront et trouveront l'argent, assure Laëtitia Dablanc, spécialiste de la logistique et des plateformes de livraison à l'université Gustave Eiffel. Aujourd'hui, la nécessité c'est de re-développer l'attractivité pour avoir de nouveaux livreurs et de bons livreurs. Compte tenu également de la mauvaise image qu'elles ont acquis en termes de conditions de travail, il va falloir qu'elles évoluent." Cependant, en 2021, Deliveroo et Uber ont continué de multiplier leurs dépenses publicitaires : 5 milliards de dollars pour Uber, contre 3,5 en 2020, et 630 millions de livres pour Deliveroo, soit presque deux fois plus que l'année précédente.

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