Les témoignages de victimes du GHB explosent avec le retour des soirées étudiantes : "On a peur d'aller au bar"

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Partout en France des centaines d'étudiantes disent avoir été droguées à leur insu ces derniers mois avec du GHB, dite "drogue du violeur". Des enquêtes difficiles à mener.

Article rédigé par
Boris Loumagne - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Deux victimes droguées à leur insu avec du GHB à Reims. (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

La "drogue du violeur" est-elle en train d'envahir les soirées étudiantes ? Des centaines de personnes, des femmes en majorité, disent avoir été droguées à leur insu ces derniers mois avec du GHB, l'acide gamma-hydroxybutyrique. Un puissant psychotrope inodore versé en douce dans le verre des victimes qui provoque des malaises, des vomissements et surtout des pertes de connaissance. La plupart des grandes villes françaises sont concernées par ce problème du GHB.

Besançon, Grenoble, Strasbourg, Paris, Tours... des dizaines de témoignages affluent dans chacune de ces villes. À Reims également où Mia et Clara, 23 et 20 ans, deux amies, deux victimes lors d'une soirée dans un bar qui s'est mal terminée : "Quand je suis rentrée, j'ai commencé à tomber", raconte Clara. "J'ai commencé à ne plus être moi", complète Mia. "Je ne maîtrisais rien, en fait", poursuit-elle.

"Je ne pouvais plus bouger, je ne tenais pas debout, je pouvais à peine parler, je pouvais à peine ouvrir les yeux, je vomissais beaucoup, j'avais des hallucinations."

Mia, droguée à son insu avec du GHB

à franceinfo

"Quand je suis rentrée chez moi, j'ai perdu quatre fois connaissance", détaille Clara. La jeune femme passera la nuit aux urgences. "Je n'arrivais pas à m'exprimer, à l'hôpital ils ont juste pensé que j'avais trop bu et ils n'ont rien pu pour moi."

Mia, elle, sera raccompagnée chez des amis. "Tant mieux parce qu'il aurait pu se passer plein de choses si j'étais rentrée toute seule chez moi", dit-elle. Le lendemain, Mia se rend chez son médecin traitant. Lui comprend tout de suite, il lui fait faire un test urinaire. Il est positif. Mia a bien été droguée au GHB à son insu. Depuis, les deux amies sont sur le qui-vive. "On se pose plein de questions, on n'ose pas ressortir, on a peur d'aller au bar", explique Clara. "C'est fatiguant de toujours devoir être à l'affût", complète Mia.

L'usage du GHB démocratisé

Des centaines de témoignages comme ceux de Mia et Clara déferlent ces derniers mois. Difficile de dire si ces tentatives de soumission chimique au GHB augmentent par rapport aux années précédentes. Le ministère de l'intérieur ne note pas pour le moment d'augmentation du nombre de plaintes liées au GHB. Mais de toute façon, dans l'immense majorité des cas, les victimes ne portent pas plainte. Ce qui est sûr, c'est que l'usage du GHB comme drogue récréative se démocratise. Ce n'est pas cher, trouvable facilement. Et à faible dose, cela permet de s'enivrer rapidement. 

Autre certitude, le nombre de témoignages de victimes explose. Surtout depuis la rentrée de septembre. À Montpellier, par exemple, 50 témoignages ont été reçus en quelques semaines par l'association générale des étudiants montpelliérains (Agem). Edgar Bruel en est le président. "On sent que les étudiants ont un peu envie de rattraper le temps perdu avec le Covid. Il y a une vraie reprise de la vie étudiante et cette reprise, cette année, s'est accompagnée de ce problème d'étudiantes qui ont été droguées, explique-t-il. Ce dont on se rend compte dans les témoignages, c'est qu'elles ont été droguées mais la soirée s'est globalement bien terminée, dans le sens où il n'y a pas eu de violences sexuelles, elles n'ont pas été dépouillées, parce qu'elles étaient bien accompagnées par des amis." Effectivement, il n'y a pas de passage à l'acte des agresseurs dans la grande majorité des témoignages consultés par franceinfo.

Des investigations difficiles à mener

Du côté des enquêteurs, difficile de mener à bout les investigations. Il faut d'abord prouver que les victimes ont bien absorbé du GHB à leur insu. Éric Vaillant, le procureur de la République de Grenoble, a ouvert une enquête fin octobre après plusieurs signalements d'étudiantes d'une école de commerce. Selon lui, "la principale difficulté de l'enquête va être d'établir qu'il y a bien eu usage de GHB à un moment ou à un autre." En effet, "le GHB est une drogue assez volatile qui disparaît dans le sang en 6 à 8 heures et après 8 à 12 heures dans les urines. Donc il faut faire des prélèvements de sang ou d'urine assez rapidement pour pouvoir établir la présence de cette drogue."

Le procureur conseille donc aux victimes de porter plainte très rapidement afin qu'un test soit effectué dans les plus brefs délais.

Pour faire face à ce phénomène, des patrons de bar se mobilisent également. À Reims, Bastien Erpelding, le patron du bar Le Cochon à plumes, vient de commander des capuchons en silicone à enfiler sur son verre. Impossible de verser du GHB. Il n'y a qu'un trou pour mettre une paille. "Le risque zéro n'existe pas mais au moins, ça permet de dissuader certaines personnes mal intentionnées. Si elles voient que tous les clients ont ce capuchon sur leur verre, c'est dissuasif", juge-t-il. Ces capuchons anti-GHB, peuvent également être achetés en quelques clics sur internet.

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