Gender queer, trans non-binaire, gender-fluid... qui sont-iels ? Rencontre avec des non-binaires

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"Iel" est un pronom employé par les personnes non-binaires, qui ne s'identifient ni strictement homme, ni strictement femme.

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Radio France
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Camille, Lisbeth, Léana, Mahé. (JEROME JADOT / RADIO FRANCE)

Mercredi 17 novembre, Le Robert a ajouté le pronom "iel" à son édition en ligne et provoqué une polémique. Iel est le pronom employé pour se désigner par les personnes qui se considèrent comme non-binaires, c’est-à-dire qui ne s'identifient ni strictement homme, ni strictement femme, mais entre les deux, un mélange des deux, ou aucun des deux.. Cela concerne 22 % des 18-30 ans, selon un sondage Ifop en ligne réalisé en novembre 2020 auprès de 1 006 personnes.

On croise ces non-binaires facilement à la fac à Paris, Champs-sur-Marne ou à Caen. Camille, Mahé, Lisbeth, Karol et Léana… Tous se considèrent non-binaires, et chacun à leur manière. "Je dirais qu’en fait, je suis un être humain. Il y a des jours où je me sens homme, des jours où je me sens femme, des jours où je ne me sens aucun des deux", définit Camille. "Je me considère comme gender queer, c’est une part de la non-binarité", explique Mahé. Lisbeth se considère comme "trans non-binaire. Je ne me reconnais pas dans les catégories sociales homme et femme. Ce sont des catégories qui enferment", dit-iel. "Je suis gender fluid. Mon genre fluidifie entre le genre féminin et le genre neutre", précise Karol. Léana dit se considère "plutôt agenre."

Une question qui se pose dès l'enfance

Agenre, de genre neutre, ni homme ni femme, mi-homme mi-femme… Les nuances sont nombreuses avec un point commun chez celles et ceux que nous avons rencontrés : cette non-binarité a été ressentie dès l’enfance. "Depuis la primaire, déjà, je me posais pas mal de questions vis-à-vis de ça. On me faisait beaucoup de commentaires sur ma manière de m’habiller, on m’a déjà beaucoup confondue avec un garçon quand j’étais petite, explique Mahé, 20 ans. Au début, ça ne me travaillait pas. C’est à partir du moment où, quand je voulais faire des choses, on m’entravait parce que j’étais née fille, jouer au football avec les garçons, faire des tournois de ping-pong quand j’étais au collège… C’est à partir de là que je me suis dit : non, là, il y a un problème."

Mahé, 20 ans, en licence de lettres à la Sorbonne, se définit comme "gender queer" une forme de non-binarité. (JEROME JADOT / RADIO FRANCE)

Un sentiment de discrimination, de ne pas "rentrer dans les cases"… Mahé découvre au lycée le mot non-binaire via un ami, puis les réseaux sociaux. Elle s’y retrouve et y voit aussi une portée politique. "La société a imposé des codes extrêmement restreints et précis qui mettraient les femmes du côté des faibles et les hommes du côté des forts. Sauf que ce n’est pas du tout comme ça que je perçois la vie, constate Mahé. Tous ces codes-là, si on les abolissait tous un à un, il n’y aurait plus ce problème de 'tu es femme', 'tu es homme', 'tu es non-binaire'. Je pense qu’il n’y aurait même plus besoin de dire qu’on est non-binaire."

Sexualité et genre, deux questions déconnectées

La non-binarité s’exprime de différentes façons. Mahé, par exemple, entretient soigneusement un look androgyne, cheveux courts et brassière compressive pour atténuer sa poitrine, mais aussi maquillage et bijoux. Certains ont changé de prénom, optant pour des dénominations moins genrées à leurs yeux comme Lisbeth, Karol et Mahé, qui fait attention aussi au reste du langage. "Quand je me présente à quelqu’un, explique Mahé, cette personne me demande mes pronoms. Je dis que ça va être il, elle et iel. Quand je parle de moi, je parle au neutre. La petite technique, c’est de dire : 'Je suis une personne qui', donc on accorde l’adjectif avec 'personne', ou 'quelqu’un'. C’est-à-dire qu’il va être accordé au masculin ou au féminin en fonction de ce mot-là et pas par rapport à nous".

Beaucoup de ces jeunes non-binaires déconnectent cette question de leur genre et celle de leur orientation sexuelle. La plupart de ceux que nous avons interrogés se disent bi ou pansexuels. C’est le cas de Lisbeth, 25 ans : "Je ne suis pas attiré par des organes génitaux ou l’apparence physique d’une personne mais par la personne en elle-même. Je pourrais être amené à entretenir une relation romantique ou sexuelle avec ces personnes si le feeling passe." Si Lisbeth s’interroge sur l’opportunité d’un traitement hormonal, ce n’est pas vraiment un sujet pour les autres. 

Lisbeth, 25 ans, transgenre et non-binaire, a fait des études de sociologie. (JEROME JADOT / RADIO FRANCE)

Dans leur entourage, leur non-binarité est plutôt perçue avec bienveillance, racontent ces jeunes, notamment par leurs amis. À la fac, beaucoup de profs acceptent aussi leur prénom d’usage. Mais c’est souvent plus compliqué avec les parents, expliquent Camille et Léana. "Pour leur faire accepter mon orientation sexuelle, j’ai passé cinq ans à base de rejet, 'c’est contre-nature', etc. confie Camille. Alors, la non-binarité, ce n’est vraiment pas possible. Pour eux c’est nouveau, c’est une lubie de jeunes." "Ma famille est très ouverte sur la transidentité, partage Léana. Mais j’ai l’impression que la non-binarité, c’est un sujet au-dessus, et je ne suis pas sûre qu’ils comprendraient".

Camille et Léana, en couple, étudient à l'université de Champs sur Marne. (JEROME JADOT / RADIO FRANCE)

Crainte de l’incompréhension, d’un fossé générationnel sur cette question… Pour Karol, en licence de lettres, une reconnaissance de l’État faciliterait les choses. "Ça me donnerait plus confiance en moi, ça me permettrait de dire que mon existence, mon identité est légitime aux yeux de la société et de la loi. Ça aiderait aussi les gens à faire comprendre à leur famille plus facilement. Par exemple, une mention 'neutre' sur la carte d’identité, ça serait génial." Ce genre neutre est déjà reconnu en Australie, en Inde ou encore à New-York. En Belgique, le gouvernement vient d’annoncer vouloir supprimer les mentions 'masculin' ou 'féminin' sur les cartes d’identité, comme c’est déjà le cas en Allemagne. 

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