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Covid-19 : la vaccination à l'échelle de la planète, l'arme fatale contre le virus et ses variants

Pour le coronavirus, la mutation est un atout énorme pour se propager. Pour les humains, la vaccination est l'arme la plus efficace pour s'en protéger. À condition de l'utiliser partout dans le monde. 

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Un soignant s\'occupe d\'un patient atteint du Covid-19 à l\'hôpital Lyon-Sud à Pierre-Benite, près de Lyon, le 7 avril 2021. Photo d\'illustration.
Un soignant s'occupe d'un patient atteint du Covid-19 à l'hôpital Lyon-Sud à Pierre-Benite, près de Lyon, le 7 avril 2021. Photo d'illustration. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Ils sont britannique, sud-africain ou brésilien. Depuis ces derniers mois, les variants perturbent la lutte contre le Covid-19 car dans cette bataille contre la pandémie, la capacité d’un virus à muter est un énorme atout pour lui, une arme à multiples tranchants.

Ces mutations se déroulent dans nos cellules, quand le virus y pénètre. Il s’y réplique, se multiplie mais il arrive que ce processus ait des ratés et que la copie ne soit pas conforme. Le phénomène est connu et aléatoire. Ces erreurs modifient, réécrivent le code génétique du virus et cela donne un variant. Dans la majorité des cas, ces erreurs ne changent pas grand-chose aux propriétés du virus. Mais parfois, cela peut lui donner un avantage comme davantage de facilité à pénétrer cette cellule, à contourner certaines défenses immunitaires, ces barrières établies par notre corps.

Des variants plus contagieux

Au début, il y a un an, le corps humain ne connaissait pas grand-chose à ce virus, et la porte était donc grand ouverte, pas besoin pour le virus de trop affûter ses armes. Cela correspond à la première partie de l’épidémie de Covid-19 avec ce bilan que l’on connaît : des millions de personnes infectées, près de trois millions de morts dans le monde à la date d'aujourd'hui.

Du coup, la défense a commencé à s’organiser. De façon naturelle chez les personnes infectées qui ont développé une immunité. Et de façon mécanique, à plus large échelle, avec l'instauration des gestes barrières : masques, lavage des mains, distanciation physique. Et c’est là que la mutation entre en jeu. "Il faut bien comprendre que ce n’est pas le virus qui mute parce qu’il est sous contrainte, mais c’est que l’environnement dans lequel il se propage favorise ou défavorise certains traits", explique Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier. "Quand vous avez un ensemble de mesures sanitaires qui sont de nature à freiner la propagation, vous allez nécessairement filtrer les mutants, qui eux ont des propriétés les rendant plus contagieux, c’est le cas du variant britannique”, poursuit le maître de conférence. Voilà donc la situation visible au cours de l’hiver, d’abord en Grande-Bretagne, et ensuite en France, par proximité géographique : les gestes barrières ont stoppé peu à peu la version originelle du virus, laissant le champ libre à sa version dite britannique.

Concernant les autres variants, on a peu utilisé les gestes barrières au Brésil. Du coup, la population a été largement infectée mais pas suffisamment pour établir une immunité totale donc on a laissé la place à un autre variant, capable de contourner cette barrière immunitaire : le variant brésilien. C’est schématiquement ce qui s’est passé aussi en Afrique du Sud.

L'enjeu de l'immunité collective mondiale

Désormais, face à ce virus et ces variants on dispose d’une nouvelle arme redoutable : la vaccination. Mais tout dépend des conditions. Globalement, les vaccins actuels fonctionnent mais si on veut que cela fonctionne parfaitement, il faut vacciner suffisamment de monde. Il s’agit de l’enjeu de l’immunité collective. C’est d’ailleurs ce qu’a expliqué cette semaine l’Institut Pasteur : si on ne vaccine que les adultes, on laisse la possibilité au virus de poursuivre son œuvre chez les enfants, avec le risque de favoriser, là aussi, de nouveaux variants.

Face à une épidémie mondiale, il faut réfléchir à une vaccination à l’échelle de la planète. "C’est pour ça que le problème est gravement épineux et ne concerne pas que la France, explique Mircea Sofonea. Évidemment en accélérant la vaccination en France, cela permettrait d’éviter l’émergence d’un variant préoccupant sur notre sol. Si un variant apparaissait sur un autre continent, il ne faudrait pas longtemps avant qu’il arrive en France. De plus, ce n’est pas dit qu’on les détecte facilement là où ils émergent."

"Il faut coordonner les efforts de vaccination et de contrôle de l’épidémie à l’échelle mondiale."

Mircea Sofonea, épidémiologiste

à franceinfo

On est loin de vacciner à l’échelle mondiale et rapidement. D’après des chercheurs d’un institut britannique, au rythme actuel, cette vaccination totale n’interviendra pas avant 2023. Mais attention, rien ne dit que si on n’agit pas assez vite, on pourrait voir émerger encore de nouveaux variants résistants aux vaccins. Le pire n'est jamais sûr, comme le souligne Sylvain Gandon, biologiste de l’évolution et directeur de recherche au CNRS : "Peut-être que cela va s’arrêter parce qu’au bout d’un certain temps, il y aura une impasse évolutive dans laquelle le virus ne sera plus capable d’échapper aux nouveaux vaccins ou aux nouvelles stratégies thérapeutiques. Donc ce serait une bonne nouvelle mais pour l’instant, il est trop tôt pour le dire." 

Une réponse qui montre qu’on est encore loin de tout savoir aujourd’hui sur ce coronavirus, malgré les plus de 120 000 publications scientifiques parues depuis l’apparition du Covid-19.

Un soignant s\'occupe d\'un patient atteint du Covid-19 à l\'hôpital Lyon-Sud à Pierre-Benite, près de Lyon, le 7 avril 2021. Photo d\'illustration.
Un soignant s'occupe d'un patient atteint du Covid-19 à l'hôpital Lyon-Sud à Pierre-Benite, près de Lyon, le 7 avril 2021. Photo d'illustration. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)