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Régionales 2021 : l'union de la gauche dans les Hauts-de-France, une épine dans le pied pour Xavier Bertrand et En marche

La liste unique emmenée par l'écologiste Karima Delli oblige Xavier Bertrand (LR) et Laurent Pietraszewski (LREM) à clarifier leur stratégie de deuxième tour. Comme une dernière répétition avant la présidentielle.

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Xavier Betrand en décembre 2020.
Xavier Betrand en décembre 2020. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Dans les Hauts-de-France, les différents partis de gauche sont parvenus à s’unir pour présenter une liste unique. Cela complique la tâche au sortant Xavier Bertrand… mais c’est aussi une épine dans le pied d’En marche. En novembre, un sondage donnait Xavier Bertrand en tête au premier tour des régionales de juin, suivi dans l’ordre du Rassemblement national et d’En marche. Et En marche devait arrêter sa stratégie de second tour : se maintenir ou se désister dans l’entre-deux tours pour faire barrage au RN. La balance penchait plutôt, ces dernières semaines, vers cette dernière option.

Et puis la semaine dernière, il y a eu cette annonce : la gauche, qui était hors jeu dans les sondaghes parce qu'elle partait en rangs dispersés, trouve à un accord. Elle présentera finalement une liste unique derrière l'écologiste Karima Delli. Et ça, ça veut dire qu’au soir du premier tour, elle peut ravir la troisième place à En marche. Auquel cas, la question qui se posera à Laurent Pietraszewski, le candidat marcheur, ce n’est plus : "Est-ce qu’il faut faire barrage au RN ?" mais : "Avec qui faire barrage au RN ? Avec Xavier Bertrand, ou avec la gauche ?" 

Quatre hypothèses pour le deuxième tour

Et à cette question il y a presque autant de réponses que d’interlocuteurs à ce stade… Pour un ministre de la région, “il faudra indifféremment appeler à voter pour la gauche ou pour Xavier Bertrand, celui qui incarne le mieux le barrage au RN.” L’un des stratèges de la Macronie considère quant à lui qu’il y a un plus grand intérêt à soutenir Xavier Bertrand que Karima Delli. Je cite ce stratège : “C’est peut-être plus cynique et plus malin que Bertrand nous doive sa victoire que sa défaite”. Troisième source, dans la majorité : “La question se posera en réalité à Bertrand. Il faudra qu’il montre qu’il est capable de rassembler la région, lui qui prétend vouloir rassembler le pays.” Si on reformule, cela veut dire qu’En marche ne l’appuiera que si lui-même officialise une alliance. Et donc torpille sa candidature à la présidentielle. Et puis quatrième son de cloche, dans le parti présidentiel : “La question du soutien ne se posera que si le Rassemblement national est en position de gagner les Hauts-de-France et ça, ça veut dire qu’En marche pourra se maintenir sans soutenir personne."

Ces divergences illustrent que les régionales sont la dernière répétition avant la présidentielle. Et que même si la majorité dit déjà qu’aucun enseignement national ne pourra être tiré de cette élection, les choix d’alliance ou de ralliement seront lourds de symboles. Comment justifier un soutien ou un ralliement à une liste régionale d’union de gauche, où figurent des Insoumis, alors qu’une partie de la majorité les qualifiait d’islamo-gauchistes  il y a encore quelques semaines ? Comment faire vivre le fameux “en même temps” si En marche se rallie ou soutient partout les listes de droite ? C’est ces interrogations stratégiques qui doivent être éclaircies dans les prochaines semaines.

Xavier Betrand en décembre 2020.
Xavier Betrand en décembre 2020. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)